Economie

Des grands patrons très souples sur l’application de leurs propres règles de rémunération

Anne-Sophie Bellaiche ,

Publié le

2011 est encore un bon millésime pour la rémunération des grands patrons. Au-delà des montants parfois vertigineux, l’étude que le cabinet Proxinvest a sorti le mardi 11 décembre 2012 montre clairement que nombre d’entre eux ont des pratiques qui contreviennent au code de gouvernance Afep-Medef. Un outil établi justement par ces mêmes grandes entreprises pour se réguler.

Des grands patrons très souples sur l’application de leurs propres règles de rémunération © donaldtownsend - Flickr - C.C.

Et pour 2011, les grands gagnants au top cinq des meilleurs rémunérations de dirigeants sont dans l’ordre Maurice Levy de Publicis (19,6 Millions d’euros), Carlos Ghosn de Renault-Nissan (13,3 millions d’euros), Bernard Charlès de Dassault systèmes (10,9 Millions d’euros), Bernard Arnault de LVMH (10,8 Millions d’euros) et Jean-Paul Agon de L’Oréal (7,7 millions d’euros).

La société Proxinvest, qui conseille les investisseurs a recensé, les pratiques des entreprises du CAC 40 et du SBF 120. L’édition de cette année montre des évolutions de rémunérations confortables, en moyenne + 4% sur le CAC 40 alors que son bénéfice net cumulé a baissé de 10% et son indice boursier de 17% sur la même période. Pour la première fois au CAC 40, le fixe moyen dépasse 1 millions d’euros, la rémunération globale moyenne s’établit à  4 236 020 €. La rémunération globale moyenne des patrons du SBF 80 baisse elle légèrement (-2%) pour s’établir à 2 060 459 €.

Les patrons bafouent les principes qu'ils ont érigé

Mais dans cette étude ce n’est pas tant les montants qui surprennent, chacun pourra les trouver justifiés ou très excessifs, que la désinvolture avec laquelle les dirigeants s’assoient sur les principes de rémunération qu’ils ont eux-mêmes acté dans le code de gouvernance Afep-Medef qui est censé encadré leurs pratiques. Car la grande idée des dirigeants est de favoriser l’autorégulation, considérée comme plus efficace que des lois contraignantes et toujours susceptibles d’être inadaptées ou contournées.

Nombres d’entreprises qui affirment suivre ce code (révisé en avril 2010) le bafouent, et en particulier les principes contenues dans les chapitres de la rémunération et de l’information sur la rémunération  des mandataires sociaux. L’entorse la plus classique est de réviser annuellement la partie fixe de la rémunération du dirigeant  et souvent  sur des taux de 4 à 6 % très au-dessus de l’inflation. Le code prévoit à l’inverse de ne la réviser "qu’à échéance relativement longue, par exemple les trois ans et « être lié à des événements affectant l’entreprise". Ce n’est clairement pas dans ce cadre que s’est inscrit la rémunération de Bernard Charlès de Dassault systèmes. "On retrouve cette situation également chez Bouygues, Pernod Ricard, Alstom ou Areva et au total sur plus de 26 sociétés du SBF 120", note Natalia Ponkratova analyste chez Proxinvest. Autres règles du code couramment non respectées : la transparence et l’exhaustivité du respect des critères financiers sur l’attribution des bonus.

Des décalages entre la rémunération et la situation des entreprises

"Dans certains cas, les critères financiers ne sont pas atteint et la part qualitative qui revient au conseil d’administration permet d’atteindre 150% du bonus. Il y a une sorte de pondération de rattrapage très favorable" explique-t-elle. Concernant Carlos Ghosn, Proxinvest estime qu’il  y a une très faible transparence de sa rémunération pour Nissan. Maurice Levy a lui perçu, en  2011, 16 millions qui ont fait grand bruit au printemps dernier. Cette somme correspondait à une sorte de rémunération de performance différée qui courait sur la période 2003-2012. Selon Proxinvest, ce type de mécanisme ne contrevient pas au code sur le principe mais les tableaux de synthèse de ces rémunérations courant sur plusieurs années sont mal renseignés. Proxinvest s’insurge aussi sur un certain décalage entre la rémunération et la situation de l’entreprise. Sur les bonus distribués par exemple en 2011 chez Carrefour, Renault, Dexia, Axa, GDF Suez "au regard des circonstances" de ces entreprises. C’est au nom de la défense des actionnaires que le cabinet réclame une logique de vote en Assemblée générale. Cela n’entame pas les sommets vertigineux de la rémunération comme le montre l’exemple britannique  (soumis à une règle de vote consultatif) et dont les rémunérations sont bien supérieures à celle des patrons français,  mais cela renforce le lien avec les résultats obtenus. "La transparence pousse au dialogue et les conditions de performance sont plus exigeantes" conclue Natalia Ponkratova.

Anne-Sophie Bellaiche

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