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Des femmes, pas des superwomen

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Les promoteurs de l’égalité professionnelle misent sur le « rôle modèle » exercé par les femmes qui inspirent leurs consœurs. Elles sont exemplaires à plus d’un titre, sans pour autant avoir le prix Nobel.

Des femmes, pas des superwomen
Isabelle Kocher, la directrice générale d’Engie, a valeur d’exemple pour l’accès des femmes au top management.
© Isabelle Kocher, la directrice générale d’Engie, a valeur d’exemple pour l’accès des femmes au top management.

En créant Femmes du numérique, il y a cinq ans, Viviane Chaine-Ribeiro, l’actuelle présidente de la Fédération Syntec, déclarait : « Les rôles modèles sont notre vitrine et le fil rouge de nos actions. » Ce concept de « rôle modèle », désignant les femmes dont l’exemple peut inspirer, libérer, stimuler d’autres femmes, est au cœur de la démarche de nombre d’associations et d’événements, du Women’s forum à Deauville au Trophées des femmes de l’industrie, dont ce numéro présente la cinquième édition. Mais comment devenir « rôle modèle » ? Faut-il être une personnalité extraordinaire, aux succès planétaires ? Les femmes de l’industrie auraient-elles enfin trouvé celle qui « ferait le job », qui incarnerait ce rôle, en la personne d’Isabelle Kocher, à la tête d’Engie, mettant ainsi fin à la question ? Pas si sûr. Car la route vers la libération des ambitions est longue, et les aspirations diverses.

FIGURES D’INFLUENCE

Marie Donzel, la fondatrice du cabinet en innovation sociale Donzel & Compagnie, rappelle que « le sociologue américain Robert King Merton, qui a développé le concept de “rôles modèles” auprès de jeunes gens dans des quartiers difficiles, ne les présentait pas comme des figures glorieuses, mais comme des figures d’influence ». Elle-même milite en faveur de rôles modèles « qui ne soient pas des figures d’exception, mais des femmes exemplaires ». C’est-à-dire qui témoignent d’une vie professionnelle riche. Car il faut aussi pouvoir s’identifier au modèle afin de se projeter dans l’avenir. Aussi Isabelle Kocher, belle femme, normalienne, ingénieur du Corps des mines, conseillère au cabinet de Lionel Jospin, directrice générale d’une entreprise de 160 000 personnes, mère de cinq enfants, a-t-elle de quoi intimider plus d’une femme. Les figures qui inspirent ne font pas forcément la une des médias. Au contraire. Ce sont parfois un témoignage émouvant, un parcours édifiant, un partage d’expérience qui incitent les jeunes femmes à se lancer sur les traces de leurs aînées. Sandra Le Grand, la fondatrice de l’entreprise Kalidéa, revendue au groupe Up (ex-Chèque Déjeuner), a ainsi eu plusieurs rôles modèles, dont sa mère et la directrice d’une agence d’événements qui l’employait comme hôtesse lorsqu’elle était étudiante. « Je voyais cette femme active, dirigeant son entreprise, présente sur tous les événements, attentive à tout et en même temps extrêmement bienveillante avec nous, ses équipes. Et je me disais qu’à 40 ans, j’aurais bien aimé être comme elle et avoir ma boîte », explique-t-elle. À 34 ans, après onze ans d’une trépidante carrière chez Coca-Cola, elle a quitté le confort de la multinationale pour créer son entreprise. Depuis, elle a transmis sa propre expérience dans deux livres. Le premier, « Entreprendre : un peu, beaucoup, passionnément » (Éditions Télémaque, 2010), raconte son parcours, avec ses joies et ses moments d’abattement, sans masquer l’imbrication de sa vie personnelle et de sa vie professionnelle, les rencontres décisives, la course au cash, les enfants à gérer, le couple qui morfle. Le second, « #Ambition » (Éditions Télémaque), qui sort cette semaine, coécrit avec une autre chef d’entreprise, Évelyne Platnic-Cohen, est un bréviaire pour activer ce ressort qui sommeille en chacun de nous.

D’autres femmes découvrent par hasard qu’elles peuvent être un modèle. C’est le cas de Sylvie Guinard, la présidente de Thimonnier, une PME de machines de packaging, qui compte 70 salariés. Il y a quelques années, elle a participé à une table ronde de la Fédération des industries mécaniques (FIM). Trois ans plus tard, elle s’est rendue à l’EM Lyon Business School pour parler entrepreneuriat. « À la fin de ma présentation, raconte-t-elle, une jeune fille est venue me voir pour m’expliquer que j’avais changé sa vie. J’étais très surprise car je ne la connaissais pas. C’était une jeune ingénieur qui m’avait écoutée lors des Assises de la FIM. Elle m’a confié qu’après m’avoir entendue, elle n’était pas entrée dans un bureau d’études, selon la voie toute tracée, mais qu’elle avait décidé de créer son entreprise. » Sylvie Guinard est la première femme à avoir pris la direction de l’entreprise familiale centenaire, à deux exceptions près, pendant les deux Guerres mondiales. « C’était temporaire. Elles sont gentiment rentrées dans leur foyer après les conflits, pour laisser la place aux hommes. » La patronne de Thimonnier n’était pas venue jouer les « rôles modèles » à la FIM, mais l’enthousiasme avec lequel elle avait parlé des enjeux de son métier avait touché l’ingénieur.

LA FIN DU COMPLEXE DE CENDRILLON

Si les femmes n’ont pas toujours conscience de leur influence, les entreprises, elles, l’ont bien compris, qui les mettent en avant. Lors de ses « Girl’s day », la SNCF fait visiter des sites de maintenance à des collégiennes et lycéennes, organise des sessions de discussion avec des managers femmes de la direction Réseau. « Longtemps, les femmes ont eu le complexe de Cendrillon, souligne Marie Donzel. Elles travaillaient bien, en attendant que le prince charmant vienne les chercher. » Avec de bonnes marraines, elles peuvent avoir la jolie robe, le carrosse, mais aussi appuyer elles-mêmes sur le bouton de l’ascenseur. La marraine n’a pas besoin d’être une superwoman, il suffit qu’elle montre l’exemple par ses choix et son épanouissement professionnel. Les nommées des cinquièmes Trophées des femmes de l’industrie en sont, chacune à leur manière, l’illustration.

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