"Des entreprises françaises s'installent en Afrique grâce à des capitaux chinois"

Thierry Pairault est directeur de recherche au CNRS, spécialiste de l'économie chinoise. Il a dirigé une étude publiée fin janvier intitulée "Chinafrique, avez-vous dit?". Il explique les nouvelles logiques à l'oeuvre sur le continent africain.

Partager

TESTEZ GRATUITEMENT L'ABONNEMENT À L'USINE NOUVELLE

15 jours gratuits et sans engagement

L'Usine Nouvelle - Que cherchent les Chinois en Afrique?
Thierry Pairault - Ils recherchent les mêmes choses que les autres pays. Des matières premières, des marchés... Le comportement chinois n'est pas différent de celui des Etats-Unis ou de l'Europe. La seule différence avec la Chine, c'est la nouveauté de l'arrivée. Mais fondamentalement, quand la Chine vend ou achète à un pays, d'autres essayent.

La Chine n'est pas partout, ses opérations sont aussi aléatoires que les autres. Par exemple au Niger, la participation de la Chine est importante, alors que ce pays est négligé par les autres puissances.

VOS INDICES

source

logo indice & contations

Le contenu des indices est réservé aux abonnés à L’Usine Nouvelle

Je me connecte Je m'abonne

Votre étude présente pourtant les ressources minières comme la premières cible d'investissement chinois...
Dans certains pays, les investissements étrangers sont tous très forts : il y a corrélation d'intérêts. Les pays qui disposent de ressources minières importantes sont des cibles favorisées.

L'Angola en est un exemple typique. Il existe même dans ce pays une structure sino-angolaise, fonctionnant sur des budgets publics, pour promouvoir l'investissement chinois. Cette structure est aujourd'hui dirigée par Pierre Falcone. Les acteurs de la Françafrique sont toujours présents, mais au service de la Chine.

Les intérêts chinois se mélangent à ceux d'autres pays. Certaines sociétés chinoises ont des capitaux français. On a tendance à opposer les différents intérêts, alors qu'il existe des collaborations, la plupart du temps plus discrètes que le recrutement de Pierre Falcone.

Les intérêts français et chinois ne sont donc pas incompatibles?
Non. Il existe plusieurs exemples de collaboration. En Ethiopie, alors qu'ils avaient sélectionné le chinois ZTE pour mettre en place leur réseau, les autorités ont appelé Orange à la rescousse. L'aéroport de Brazzaville a bien été construit par un maître d'oeuvre chinois, mais grâce à des compétences françaises.

Il existe encore chez les Chinois un déficit de qualité et de gestion. La Chine reste un pays non-développé, qui ne dispose pas de la même gamme de services que ses concurrents. Les pays africains ont plusieurs fois été contraints de faire appel à des sociétés occidentales, précisément ce qu'ils espéraient éviter grâce aux Chinois.

Cela va même plus loin. La Société Générale à Pékin fait de la retape auprès des entreprises chinoises qui voudraient partir en Afrique, pour à terme amener des groupes français avec eux. Ces opérations sont souvent subventionnées par le gouvernement chinois. Certaines entreprises françaises se sont donc installées en Afrique grâce à des subventions chinoises.

Nous avons souvent une vision limitée des phénomènes. La situation est plus compliquée qu'elle n'y paraît. Nos économies sont beaucoup plus interdépendantes qu'auparavant.

Peut-on parler de colonisation économique de l'Afrique par la Chine ?
Nous avons un problème d'imagerie à ce sujet. La vraie colonisation économique a débuté juste après l'indépendance des pays africains. La vraie dépendance économique a commencé dans les années 60, quand certains pays ont commencé à travailler exclusivement pour les pays européens. La culture de la cacahuète au Sénégal en est un exemple typique. C'est ça la vraie colonisation, c'est la dépendance économique.

La Chine peut donc participer à ce genre de colonisation. Mais les pratiques d'accaparement de terre, souvent évoquées dans la presse, sont plus discutables. Quand on récapitule le nombre de ces achats de terrain, on réalise qu'ils sont très limités. Sur tous les aspects de la présence chinoise en Afrique, il y a une vraie différence entre la vision qu'on en a et la réalité.

Retrouvez plus de détails sur l'étude menée par Thierry Pairault

Partager

NEWSLETTER Economie Social et management
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.

Recevez directement leurs décryptages et analyses dans votre boîte mail:

Votre demande d’inscription a bien été prise en compte.

L'inscription aux newsletters vaut acceptation des Conditions Générales d'Utilisation. Lire la suite

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes du : Groupe Moniteur Nanterre B 403 080 823, IPD Nanterre 490 727 633, Groupe Industrie Service Info (GISI) Nanterre 442 233 417. Cette société ou toutes sociétés du Groupe Infopro Digital pourront l'utiliser afin de vous proposer pour leur compte ou celui de leurs clients, des produits et/ou services utiles à vos activités professionnelles. Pour exercer vos droits, vous y opposer ou pour en savoir plus : Charte des données personnelles.

Fermer
LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS