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Quotidien des Usines

Des décodeurs " ouverts " ou " fermés " ?

Publié le

Canal Plus cueille les premiers abonnés à son bouquet de programmes numériques. On comptera bientôt une quinzaine de bouquets concurrents en Europe. Le choix du type de décodeur participe à la bataille. Les industriels souhaitent un accord.

Rebondissements, suspense, trahison, forfaiture..., la naissance de la télévision numérique n'a rien à envier au plus âpre des feuilletons télévisés. Le rythme de cette saga s'est accéléré ces derniers mois. Le décodeur est au coeur de cette bataille sans merci. Le téléspectateur fera-t-il les frais de ces bras de fer, empilant dans son salon les décodeurs au gré des bouquets numériques qu'il souhaite recevoir? Si chacun récuse cette vision, les terrains d'entente semblent se dérober. Trois décodeurs ne sont-ils pas encore en lice sur les marchés français et européen. Cette effervescence s'explique. Grâce au décodeur, le diffuseur prend pied chez l'abonné. Il noue une relation directe avec lui, il le fidélise, et peut alors compter sur une rente de situation sous forme d'une redevance mensuelle. Cette petite boîte noire vaut de l'or. Chaque diffuseur souhaite établir ce lien priviligié, voire mieux, le rendre exclusif. La bataille que se livrent les diffuseurs dans le choix du décodeur est donc cruciale. Canal Plus le sait bien, qui doit son succès dans la télévision analogique à son décodeur propriétaire, et qui a su en une dizaine d'années se constituer un parc d'abonnés de plus de 7 millions en Europe, dont 4millions en France. Avec l'avènement de la télévision numérique, l'heure est à la redistribution des cartes. Enrichissement des offres de programmes, banalisation de la télévision à péage, déréglementation, concurrence accrue, le bouleversement en cours s'accompagne d'une recomposition du paysage des alliances dans l'audiovisuel. Dernier épisode en date de ce "thriller": le renforcement du financier belge Albert Frères au sein de la CLT. Les pionniers sur ces marchés tentent de garder leur avance. Si la France, avec Canal Plus, et l'Angleterre, avec B Sky B, ont leur champion, tel n'est pas le cas en Allemagne, où aucune chaîne cryptée ne peut se prévaloir d'une position dominante. Canal Plus a donc tout fait pour y imposer sa technologie de contrôle d'accès, afin de la transformer en standard de fait en Europe. Et, par là même, protéger au mieux son parc d'abonnés et verrouiller le marché.

Un effort de normalisation

Si de nombreux protagonistes se sont ralliés à sa cause, d'autres ont contrecarré cette ambition. En Allemagne, Kirch a fait sécession et a jeté son dévolu sur un décodeur alternatif D-Box. Surtout, certains, comme la CLT, n'ont jamais abandonné l'idée de chasser sur les propres terres de Canal Plus. Alors que cette dernière a commercialisé son bouquet numérique le 27avril en France, deux autres bouquets devraient venir attaquer sa forteresse. L'un, l'outsider ABSat, sera lancé par la société ABProductions; l'autre, Télévision par satellite (TPS) regroupe TF1, France Télévision, Lyonnaise Communications et la CLT. Et alors qu'AB Productions a choisi le décodeur de France Télécom, le consortium TPS laisse entendre que son coeur balance entre le Mediabox de Canal Plus, le D-Box et le décodeur de France Télécom. Si celle-ci emporte la mise, elle ne se contentera pas de jouer le rôle d'opérateur technique, mais devrait entrer au capital de TPS. Ce serait un véritable retour en force de cette société, qui jouait les seconds rôles dans le film de la télévision numérique. Résultat des courses: trois décodeurs se retrouvent en concurrence en France et en Europe. "Il y a autant de différence entre deux de ces décodeurs qu'entre un PC et un Macintosh", suggère Michel Ayel, directeur des technologies nouvelles de Philips, fournisseur de CanalSatellite. Un louable effort de normalisation a toutefois été réalisé en Europe. "Près de 90% des fonctions sont identiques. Seul le système de contrôle d'accès a échappé à cette normalisation pour des raisons stratégiques", explique Jean-François Latour, directeur des services de l'image de France Télécom. Trois systèmes de contrôle d'accès s'affrontent donc. Le Mediabox de Canal Plus dispose d'un système de contrôle d'accès Mediaguard, dont les droits ont été cédés à la Seca, détenue paritairement par Canal Plus et Bertelsmann. Viaccess, le système de contrôle d'accès prôné par France Télécom, n'est autre que le système Eurocrypt, rebaptisé pour l'occasion. Enfin, le D-Box exploite un système de contrôle d'accès conçu par la société néerlandaise Irdeto. Les décodeurs en lice se distinguent également par leur architecture. On oppose les décodeurs "ouverts" aux décodeurs "fermés". En clair, ceux de Canal Plus ou de France Télécom sont intimement liés à un contrôle d'accès. Ils sont "dédiés" ou "fermés". A l'inverse, le décodeur D-Box est le plus conforme à la technologie Multicrypt et est qualifié d'"ouvert". Pourquoi ? L'approche Multicrypt privilégie une architecture banalisée qui accepte l'un ou l'autre des systèmes de contrôle d'accès. Car le contrôle d'accès n'est plus intégré dans le décodeur, comme c'est le cas pour les décodeurs dédiés, mais est contenu dans un module interchangeable. Celui-ci dispose du lecteur de carte à puce. Le téléspectateur pourrait donc, en théorie bien sûr, s'abonner à différents bouquets sans pour autant empiler les décodeurs. "L'interface avec le module de contrôle d'accès vient à peine d'être normalisée. La solution d'Irdeto s'approche du modèle de décodeur banalisé, en gardant une interface propriétaire", nuance Joseph Blineau, directeur des technologies chez Thomson Multimédia. En attendant, d'autres solutions sont envisagées pour ne pas condamner le téléspectateur à ne recevoir qu'un seul bouquet de programmes. On peut glisser différents systèmes d'accès dans un décodeur fermé, à condition de payer une redevance. France Télécom a, par exemple, fixé un droit de licence de 20francs par terminal pour son système Viaccess. Enfin, si un parc de décodeurs hétérogènes se développe, ce qui risque d'être le cas, les diffuseurs peuvent avoir recours au principe du Simulcrypt. Dans ce cas, deux diffuseurs concurrents signent un accord croisé et envoient vers les décodeurs les deux clés de décryptage. D'où l'idée, pour ceux qui, comme Canal Plus, ont une stratégie offensive, de déployer très rapidement un parc de décodeurs dédiés pour négocier en position de force. Pour sa part, le téléspectateur ne s'abonnera pas pour le plaisir de posséder un terminal numérique, mais bien pour recevoir un bouquet de programmes qui le séduit. Cet état de fait conditionne l'attitude des industriels qui s'intéressent à ce marché. "Le marché des décodeurs n'est pas un marché grand public. Là, nous devons aller très vite. Pour réduire la phase d'apprentissage, Canal Plus a fixé les spécifications du produit et s'est engagé sur un volume d'achat", commente Michel Ayel, de Philips. Ce dernier, tout comme Thomson, Sagem, Sony et Pioneer, a été retenu à la suite de l'appel d'offres lancé par la chaîne cryptée pour une commande de 300000terminaux numériques. "L'analogie avec le service GSM convient parfaitement. Canal Plus, à l'instar d'un opérateur de télécommunications, a tout intérêt, pour lancer le marché et engranger très vite des abonnés, à subventionner les terminaux. Les décodeurs font partie de l'investissement initial consenti par le diffuseur", analyse Michel Ayel. Difficile, dans ces conditions, d'évoquer son prix. "Inacceptable pour la grande distribution dans l'état actuel des choses", assure-t-il. Joseph Blineau est moins catégorique: "Nous bénéficions de notre expérience américaine. On peut estimer que le prix d'un décodeur est de 2000 francs à la sortie des lignes de fabrication." Toutefois, les industriels sont priés de réduire leur coût en accélérant le processus d'intégration électronique. SGS-Thomson vient d'annoncer un jeu de cinq circuits qui couvrent l'ensemble des fonctions d'un décodeur. L'intégration va se poursuivre avec le recours généralisé à la technologie 0,35micron. "A la fin de l'année prochaine, deux composants suffiront", précise Joseph Blineau. Et, la puissance de calcul va croître, les processeurs 16bits actuels cédant la place à des processeurs 32bits à architecture Risc. "Nous allons sortir trois générations de produits en un an", commente Michel Ayel. Mais la réduction des coûts passe obligatoirement par le recours à la production en grande série. Le spectre du morcellement qui freinerait le marché fait donc grincer quelques dents chez les industriels. Certains, prudents, attendent qu'un consensus se dégage pour se lancer. "Nous voyons aujourd'hui beaucoup de "concept car"; combien seront demain des produits de série?", s'interroge Michel Ayel. Aujourd'hui, seuls Thomson et Philips livrent les décodeurs pour le bouquet de Canal Plus. Chez Sagem, on dit attendre juin ou septembre pour dévoiler des décodeurs "plus ouverts". Le groupe de Pierre Faurre prévoit une production de 300000décodeurs cette année et un doublement l'an prochain.

Difficile de faire des prédictions de marché

Faire des prédictions de marché aujourd'hui relève de la gageure. Les industriels se contentent pour l'instant de répondre aux appels d'offres. Le dernier en date, celui de la Générale des eaux, porte sur la fourniture de décodeurs pour lancer des services de télévision numérique sur le câble. La Générale des eaux a retenu le Mediabox de Canal Plus. Les industriels aimeraient bien que la situation se décante pour concevoir leurs propres produits, voire intégrer le décodeur directement dans le téléviseur. Les diffuseurs ont également tout à gagner à ne pas faire durer trop longtemps cette guerre des standards. La clarification de la situation conditionnera le développement de la télévision numérique en Europe. Mais son avenir est, in fine, entre les mains de celui qui tient la télécommande, le téléspectateur. Laurence GIRARD









Trois décodeurs pour une quinzaine de bouquets européens. Et demain ?

Décodeur "fermé"

Un seul système de contrôle d'accès Mediaguard intégré dans le décodeur

Initiateur : Canal Plus

Fabricants : Thomson, Philips, Sagem, Sony, Pioneer

Décodeur "fermé"

Un seul système de contrôle d'accès Viaccess intégré dans le décodeur

Viaccess est le nouveau nom d'Eurocrypt

Initiateur : France Télécom

Fabricants : Thomson, Philips, Sagem

Décodeur "ouvert"

Technologie Multicrypt

Le module de contrôle d'accès est extractible

Système de contrôle d'accès de la société Irdeto

Initiateurs : groupe Kirch, Nethold

Fabricants : Nokia, Echostar (Sagem), Pace, Panasonic

Mediabox

Viaccess



Les autres maillons de la chaîne numérique

Même si le décodeur est l'élément le plus en vue de la chaîne numérique, les industriels ne négligent pas pour autant les autres maillons. Du codeur, qui comprime le signal vidéo au sortir des studios, au multiplexeur, qui regroupe plusieurs chaînes pour constituer le bouquet, en passant par le modulateur satellite, la création d'un bouquet numérique par satellite nécessite de multiples équipements. De même, pour la diffusion de la télévision numérique sur les réseaux câblés. La multiplication du nombre de chaînes et l'arrivée de nouveaux prétendants qui souhaitent bousculer l'ordre établi, sont autant de bonnes nouvelles pour les industriels. Que ce soit Philips, Thomson ou Sagem, chacun d'eux s'intéresse à ce marché professionnel. Toutefois, ils restent très prudents dans l'évocation du chiffre d'affaires réalisé dans le cadre de ces activités. Le groupe Sagem se contente d'annoncer la vente de 450codeurs. De même, Philips dit avoir livré 300 codeurs, dont le prix avoisine les 150000 francs. Surtout, l'industriel néerlandais s'enorgueillit d'avoir réalisé le Centre de diffusion numérique de Canal Plus. Là encore, les deux protagonistes préfèrent taire le montant du contrat. A l'inverse, Thomson Multimédia claironne ses succès américains. Après avoir livré plus de 1 million et demi de décodeurs pour le projet de télévision numérique par satellite DirectTV, elle a signé un contrat de 5milliards de francs avec trois compagnies de téléphones américaines, Bell Atlantic, Nynex et Pacific Telesis. La centaine de chaînes de télévision numériques ne sera cette fois diffusée ni par satellite ni par un réseau câblé, mais par un système de distribution à haute fréquence, dit MMDS. Cette alternative intéresse les acteurs qui ont une ambition locale et qui ne souhaite pas construire un réseau câblé. La maîtrise de la chaîne numérique complète prend ici tout son sens. Thomson livrera un système clés en main, avec 3 millions de décodeurs.

USINE NOUVELLE N°2547
 

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