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L'Usine de l'Energie

Des contrôles nucléaires défaillants

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L’usine du Creusot est le symbole des mauvaises pratiques en matière d’assurance qualité. Malgré les contrôles d’EDF, d’Areva et de l’Autorité de sûreté du nucléaire…

Des contrôles nucléaires défaillants
L’audit mené dans l’usine Areva du Creusot (Saône-et-Loire) a révélé des anomalies dans le suivi de la fabrication des pièces. Quelque 400 dossiers sont concernés.

Une crise comme le nucléaire français n’en a jamais connu. Un véritable tremblement de terre ! La première secousse a eu lieu en mai 2015. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) révèle alors la découverte d’une malfaçon sur le fond et le couvercle de la cuve du réacteur EPR d’EDF, en construction à Flamanville (Manche). Des concentrations élevées de carbone dans l’acier pourraient le fragiliser en cas de choc thermique. Dans les mois qui suivent, plusieurs répliques ont lieu… Certaines seront dévastatrices. La première survient après un audit du parc nucléaire d’EDF, mettant en évidence des anomalies semblables sur plusieurs générateurs de vapeur du parc en service. La plupart ont été produits par le forgeron japonais JCFC, fournisseur d’Areva.

Cet audit a conduit à la mise à l’arrêt de 18 des 58 réacteurs du parc d’EDF pour vérification. La seconde réplique est beaucoup plus grave. Une enquête sur les pratiques de l’usine Areva du Creusot (Saône-et-Loire) a mis au jour des dossiers incomplets et des irrégularités sur nombre d’entre eux. Cette découverte a amené l’ASN à soupçonner des falsifications et à saisir le procureur de la République.

Ces irrégularités font froid dans le dos, car elles sont passées entre les fourches caudines des multiples contrôles. Ceux d’EDF, premier garant de la sûreté en tant qu’exploitant, ceux d’Areva, qui s’autocontrôle, et ceux de l’ASN. Lorsque l’audit de l’usine a été lancé, début 2016, l’attention des experts s’est portée sur les « dossiers barrés », qui présentaient des anomalies de méthodologie ou des erreurs de documentation. Sur les 400 documents en question, 260 concernent des équipements nucléaires. Finalement, 87 anomalies ont été retenues, dont une seule réellement sérieuse. Mais lors de cet audit, Areva a également vérifié un petit échantillon parmi les dossiers « non barrés ». D’autres écarts sont apparus. L’entreprise a donc décidé de vérifier un par un les 9 000 dossiers de fabrication issus de son usine, dont 6 000 relatifs à l’industrie nucléaire.

« Opération-vérité »

« Nous avons mis en évidence des pratiques inacceptables en matière d’assurance qualité qui ont duré plusieurs décennies. Des interviews de salariés anciens et actuels ont permis de confirmer ces mauvaises pratiques, à savoir, des omissions ou modifications de valeurs chimiques et mécaniques, des défauts de traçabilité d’opérations de forge, des non-conformités à des spécifications internes non déclarées et non traitées. Il s’agit, dans la majeure partie des cas, de manque de rigueur, et dans quelques cas, de manquements graves à la culture qualité », explique Bernard Fontana, le PDG d’Areva NP.

« Parfois, les forgerons savaient que leurs pièces étaient bonnes, malgré un test non validé, explique un auditeur. Ils décidaient alors de valider la pièce sans refaire d’analyse, pour gagner du temps. » Comment ces pratiques ont-elles pu passer à travers les contrôles ? « Les inspecteurs partent du prérequis que les opérateurs sont de bonne foi. Même s’ils ont un œil critique, ils ne cherchent pas de falsification », explique Rémy Catteau, le directeur des équipements sous pression à l’ASN. « Je ne suis pas sûr que nos systèmes, si nous ne les changeons pas, soient capables de voir ce genre de dérives. Il y a une réflexion de méthode à avoir pour adapter la forme de nos contrôles à des situations où, potentiellement, il peut y avoir des fraudes », remarque Pierre-Franck Chevet, le président de l’ASN. La filière doit-elle changer sa manière de penser au point de remettre en cause la confiance entre ses différents acteurs ? Peut-être. « Nous travaillons sur la surveillance des fabrications qu’il faut visiblement améliorer, juge Dominique Minière, le directeur exécutif d’EDF, chargé du parc nucléaire et thermique. Nous avons demandé à Areva une opération-vérité, quelles qu’en soient les conséquences. » EDF a tout intérêt à faire preuve de fermeté. D’une part, l’entreprise sera la première incriminée en cas d’incident, d’autre part, Areva NP rejoindra l’électricien dans quelques mois.

Pour repenser ses contrôles, le nucléaire français ne part pas de zéro. En 2012, des falsifications avaient été découvertes en Corée du Sud sur plusieurs milliers de composants de centrales nucléaires. Les autorités de sûreté du monde entier avaient été mobilisées. « À l’époque, on ne pouvait pas imaginer qu’une telle situation soit possible en France », se souvient un inspecteur. « Pour détecter ces fraudes, il faut des pouvoirs judiciaires, des pouvoirs de perquisition. Mais je ne vois pas comment une autorité administrative indépendante pourrait se substituer à la police », juge Pierre-Franck Chevet. La solution : remettre en cause la véracité de certains dossiers. L’ASN pourrait imposer à l’exploitant de faire réaliser des essais de certaines pièces par des laboratoires indépendants. L’objectif est d’avoir une surveillance indépendante des lignes hiérarchiques. « Cela donnera des garanties sur la sincérité des contrôles », espère-t-on du côté des inspecteurs. Mais il faudra aussi envisager des surcoûts… 

Qui contrôle le Creusot

EDF, l’exploitant nucléaire, qui reçoit les pièces produites par l’usine Creusot Forge, est le premier garant de la sûreté. L’électricien mène des contrôles réguliers des sites de production de ses fournisseurs. Areva, qui a repris l’usine en 2006, réalise des autocontrôles. Depuis la découverte des anomalies, l’entreprise mène un audit sur les 9 000 pièces produites depuis 1943. L’Autorité de sûreté nucléaire est le gendarme de l’atome en France. Elle réalise 2 000 contrôles, prévus ou inopinés, chaque année dans les centrales nucléaires et les usines de la filière.

Y aura-t-il de l’électricité à Noël ?

Le parc français est ultra-standardisé. Les réacteurs ressemblent les uns aux autres, ce qui présente des avantages importants en matière de sûreté, de maintenance et de compétitivité. Revers de la médaille : en cas d’anomalie générique sur le parc, plusieurs réacteurs peuvent se retrouver simultanément mis à l’arrêt. Après la découverte d’anomalies liée à la concentration de carbone dans des pièces du parc nucléaire, 18 des 58 réacteurs ont été arrêtés pour vérification à la demande de l’Autorité de sûreté nucléaire. Ce manque de disponibilité du parc nucléaire fait craindre des coupures d’électricité en France et en Europe. « Il n’y a pas de risque de pénurie », assure la ministre de l’Environnement Ségolène Royal. EDF a échelonné les arrêts jusqu’à mi-janvier pour garantir l’approvisionnement. Mais le parc n’est pas à l’abri de la découverte de nouvelles anomalies. 

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