Des chercheurs ont maintenu en vie un cerveau de cochon (et cela pose plein de questions)

Après avoir été isolé du corps de l'animal, un cerveau de cochon a été maintenu en vie pendant 36 heures par des chercheurs de l'université de Yale. Cette expérience pose de nombreuses questions éthiques sur la notion de décès.

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Des chercheurs ont maintenu en vie un cerveau de cochon (et cela pose plein de questions)
Un réseau de neurones reproduit à partir d'un modèle humain.

L’expérience questionne les limites entre la vie et la mort. L’équipe de Nenad Sestan, un neuroscientifique de l’université de Yale aux Etats-Unis, s’est lancée dans une série d’expériences sur plus d’une centaine de cerveaux de cochons issus d’un abattoir, rapporte le MIT Technology review. Moins de quatre heures après avoir été abattus, les cerveaux, plongés dans du sang artificiel maintenu à une température proche de celle de l’animal, ont continué à être alimentés grâce à des pompes, durant 36 heures.

Selon les explications de Nenad Sestan lors d’une conférence au National Health Institute fin mars, des milliards de cellules se trouvaient être en bonne santé et capables de fonctionner correctement. Mais rien ne prouve que les cerveaux ont retrouvé une forme de conscience. Les ondes cérébrales enregistrées par l’équipe s’avéraient plutôt semblables à celles d’une personne plongée dans le coma. "Ce cerveau n’a aucune conscience. J’en suis tout à fait convaincu", affirme Nenad Sestan.

L’aspect majeur de cette découverte capitale porte sur la mircro-circulation du sang dans de petites veines profondément enfouies dans le cerveau. "Ces cellules du cerveau sont certes endommagées mais si elles fonctionnent, alors on parle d’un organe vivant", commente Steve Hyman, directeur de recherche en psychiatrie au Broad Institute à Cambridge, dans le Massachusetts. "C’est un savoir-faire de pointe, mais pas si différent des techniques utilisées pour le rein ou le cœur."

Une possible utilisation médicale

Appelé BrainEx, le système utilisé à l’université de Yale comporte un circuit de circulation relié au cerveau, qui permet d’alimenter le tronc cérébral, l’artère cérébrale et les zones profondes du cerveau en oxygène. Pendant sa présentation, le chercheur a précisé que cette technique fonctionnerait probablement sur beaucoup d’espèces, notamment les primates.

Les chercheurs de l’université de Yale avaient pour but de modéliser un atlas des connections entre les cellules du cerveau humain. Selon Nenad Sestan, des cerveaux séparés de leur enveloppe corporelle pourraient devenir des spécimens destinés à tester des traitements contre le cancer ou contre Alzheimer, étant trop dangereux pour être testés sur un patient vivant.

La fin de la mort ?

Le spécialiste insiste toutefois : impossible d’éviter la mort grâce à cette technologie. Transplanter un cerveau humain dans un nouveau corps est "absolument impossible." Les questions éthiques que soulève cette première sont nombreuses. Si un cerveau humain se voyait ainsi maintenu en vie, la personne à laquelle il appartient serait-elle conservée dans un état dépourvu de qualités sensorielles, sans yeux, sans oreilles pour communiquer ? Cette personne conserverait-elle ses souvenirs, son identité ou son statut légal ? Le chercheur préfère couper court à ces questions. "Les gens sont fascinés. Nous devons rester vigilants face à l’ampleur de cette fascination."

Il y a quelques jours, Nenad Sestan et seize autres neuroscientifiques et spécialistes de la bioéthique ont signé une tribune dans le journal Nature, expliquant que les expériences sur le cerveau humain nécessitaient une règlementation spécifique.

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