Des centraliens "made in Pékin" : un challenge culturel

L’Ecole centrale de Pékin diplôme ses 75 premiers étudiants chinois ce samedi 7 janvier. Les heureux élus ont suivi un parcours de six années qui leur a surtout appris une autre pédagogie, très différente de la leur.

Partager
Des centraliens

On ne change pas une culture plusieurs fois millénaire en quelques années… En Chine, les étudiants chinois qui depuis six ans intègrent l’Ecole centrale de Pékin sont parfois déconcertés par une manière d’apprendre totalement différente de celle qu’ils connaissent. "Ils possèdent une mémoire hallucinante, mais ont peu appris à développer un raisonnement", précise Hervé Biausser, directeur de Centrale Paris et vice-président de Centrale Pékin.

Exemple : en physique, habituellement, on leur donne un sujet, mais aussi le déroulé menant à la solution, le but étant d’apprendre par cœur toutes les situations… "Autant dire qu’ils sont décontenancés par la notion même de problème à résoudre et de raisonnement à trouver que nous leur proposons, poursuit le directeur. Mais ceux qui découvrent le raisonnement, vu leur bagage technique, sont excellents." D’autres abandonnent en cours de route, butant sur la démarche, sur la langue. 20% des étudiants chinois admis à Centrale Pékin ne vont pas jusqu’à la fin.

Autre source de surprise, pour les étudiants chinois : l’approche par projet, habituelle dans les écoles d’ingénieurs françaises. En Chine, les études d’ingénieurs durent six ans, quatre pour obtenir un bachelor, puis deux pour décrocher un Master of engineering. "Dans les universités chinoises, beaucoup d’enseignants restent assis derrière un bureau, et lisent un polycopié à des étudiants qui prennent des notes, raconte Patrick Chedmail, directeur de Centrale Nantes. Les étudiants ont l’habitude d’être passifs, nous leur demandons d’être actifs."

Travail d'équipe

Encore plus dur, culturellement : le travail en groupe. "Les Chinois sont très individualistes, note Philippe Dépincé, directeur des études de Centrale Nantes. Les faire travailler en équipe a été difficile, et évaluer un travail collectif, était quasiment impensable !". La culture du concours est très forte en Chine, habituant les jeunes à une très forte concurrence. Le GaoKao, équivalent du bac, donne par exemple lieu à un ranking à l’échelle du pays, qui détermine l’orientation future. A Centrale Pékin, la première année de soutenance de travaux collectifs, il a fallu faire deux sessions, l’une pour l’évaluation collective, l’autre pour une note individuelle.

Dernier problème : les stages, pratique très française. Quand les Chinois en ont, ce sont les jeunes qui paient pour pouvoir y aller ! Autant dire que les entreprises chinoises ne se précipitent pas pour accueillir les stagiaires de Centrale Pékin, plutôt pris sous leur aile par des groupes français, en France ou en Chine.

Mais ce qui inquiète le plus les futurs diplômés de Pékin, et ils s’en ouvrent à leurs professeurs, c’est le caractère généraliste de la formation centralienne. Dans le système chinois, les masters of engineering proposent des cursus spécialisés. Et ce sont ces profils là qui intéressent, jusqu’ici, les entreprises chinoises. "C’est tout le pari de Centrale Pékin, reconnaît Patrick Chedmail, former des ingénieurs chinois différents." Qui intéresseront d’abord les entreprises françaises, mais aussi celles des autres pays, le monde entier se retrouvant en Chine avec de forts besoins en ingénieurs.

Besoin d'une vision globale

Ce grand saut culturel, c’est la Chine qui l’a voulu. Au début des années 2000, après un poste en France, un vice-ministre chinois en charge de l’Enseignement a souhaité importer dans son pays les formations d’ingénieurs françaises et allemandes. "Les entreprises chinoises ont besoin de cette vision globale d’ingénieurs formés à la française, note Zoubeir Lafhaj, directeur des affaires internationales de Centrale Lille. Elles ne veulent plus se contenter d’être des entreprises de main d’œuvre et souhaitent, elles aussi, passer à un deuxième stade côté innovation."

Demain samedi 7 janvier, après six années d’études - une de français, deux de prépa, trois de cursus ingénieur - 75 étudiants chinois se verront remettre le premier diplôme de l’Ecole centrale de Pékin. Un événement fêté en grandes pompes par le gouvernement chinois, au Palais du peuple de la capitale chinoise, en présence de nombreux officiels. Un acte diplomatique important pour les relations France-Chine, qui devrait être marqué par la présence d’un ministre de la République, Thierry Mariani (Transports). Et pour les jeunes diplômés, dont certains sont déjà embauchés, une porte ouverte sur bien des possibles, dont ne pouvaient même pas rêver leurs parents à leur naissance.

Sujets associés

NEWSLETTER Economie Social et management

Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.

Votre demande d’inscription a bien été prise en compte.

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes...

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes du : Groupe Moniteur Nanterre B 403 080 823, IPD Nanterre 490 727 633, Groupe Industrie Service Info (GISI) Nanterre 442 233 417. Cette société ou toutes sociétés du Groupe Infopro Digital pourront l'utiliser afin de vous proposer pour leur compte ou celui de leurs clients, des produits et/ou services utiles à vos activités professionnelles. Pour exercer vos droits, vous y opposer ou pour en savoir plus : Charte des données personnelles.

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

Tous les événements

LES PODCASTS

A Grasse, un parfum de renouveau

A Grasse, un parfum de renouveau

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, Anne Sophie Bellaiche nous dévoile les coulisses de son reportage dans le berceau français du parfum : Grasse. Elle nous fait découvrir un écosystème résilient, composé essentiellement...

Écouter cet épisode

Les recettes de l'horlogerie suisse

Les recettes de l'horlogerie suisse

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, notre journaliste Gautier Virol nous dévoile les coulisses de son reportage dans le jura suisse au coeur de l'industrie des montres de luxe.

Écouter cet épisode

Le rôle des jeux vidéo dans nos sociétés

Le rôle des jeux vidéo dans nos sociétés

Martin Buthaud est docteur en philosophie à l'Université de Rouen. Il fait partie des rares chercheurs français à se questionner sur le rôle du jeu vidéo dans nos sociétés.

Écouter cet épisode

Les coulisses d'un abattoir qui se robotise

Les coulisses d'un abattoir qui se robotise

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, Nathan Mann nous dévoile les coulisses de son reportage dans l'abattoir Labeyrie de Came, dans les Pyrénées-Atlantiques, qui robotise peu à peu ses installations.

Écouter cet épisode

Tous les podcasts

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

Trouvez les entreprises industrielles qui recrutent des talents

ORANO

Ingénieur Contrôle Commande F/H

ORANO - 09/12/2022 - CDI - La Hague

+ 550 offres d’emploi

Tout voir
Proposé par

Accédez à tous les appels d’offres et détectez vos opportunités d’affaires

60 - Liancourt

Ravalement d'une maison de maître de 5 logements collectifs locatifs, rue des Arts et Métiers

DATE DE REPONSE 15/12/2022

+ de 10.000 avis par jour

Tout voir
Proposé par

ARTICLES LES PLUS LUS