Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Agro

Des centaines de dauphins dans les filets français, le sujet difficile qui attend le gouvernement

Simon Chodorge , , , ,

Publié le

Vidéo Ce 22 mars, le ministre de la Transition écologique et solidaire est attendu à La Rochelle (Charente-Maritime). Un sujet complexe attend François de Rugy : la recrudescence des dauphins échoués sur la côte atlantique. Plusieurs organisations dénoncent depuis le début de l'année les dégâts de la pêche sur la population des dauphins. Considérées comme des "prises accidentelles" par les pêcheurs, la filière peine à endiguer le phénomène. 

Des centaines de dauphins dans les filets français, le sujet difficile qui attend le gouvernement
Un dauphin capturé dans des filets de pêche français selon des images transmises par l'ONG Sea Shepherd.
© Tara Lambourne / Sea Shepherd

Si on vous parle des dauphins tués, vous penserez sans doute au Japon ou aux Îles Féroé, des régions tristement célèbres pour les massacres de cétacés. Moins connue dans le domaine, la France ne serait pas en reste. Depuis plusieurs semaines, à coups d’images morbides et de chiffres alarmants, plusieurs organisations alertent sur le nombre de dauphins échoués sur la côte atlantique. Le gouvernement français commence à s’emparer d’un sujet complexe.

Vendredi 22 mars, le ministre de la Transition écologique et solidaire est attendu à La Rochelle (Charente-Maritime) pour s’exprimer sur le sujet. Il devrait également parler des opérations de dépollution après le naufrage du Grande America au large du Finistère.

Un nombre record de dauphins tués début 2019

Rattaché au CNRS (Centre national de la recherche scientifique) et à l’Université de la Rochelle, c’est l’Observatoire Pelagis qui dénombre les dauphins échoués sur la côte atlantique. Entre le 1er janvier et le 18 mars, 1100 petits cétacés ont été retrouvés, dont 90% de dauphins communs. Les départements de Vendée, de Charente-Maritime et de Gironde sont les premiers concernés. Selon l’observatoire, il s’agit d’un “nouvel effectif record d’échouages de petits cétacés sur la série historique (longue de près de 40 ans)”.

La pêche serait de loin la première cause de mortalité de ces dauphins. Selon Pelagis, une très grande majorité des 1100 petits cétacés échoués “présentaient des traces de morts dans les engins de pêche”.

(Un dauphin mort retrouvé par l'ONG Sea Shepherd. Crédit : Tara Lambourne / Sea Shepherd)

Au-delà de ces chiffres, l’ONG Sea Shepherd a renchéri en menant une nouvelle mission dans les eaux françaises. Fondée par Paul Watson, un membre pionnier de Greenpeace, l’association s’est taillée une solide réputation dans la protection de l’environnement en traquant des navires à travers le monde pour documenter les dérives de la pêche ou les actes de braconnage.

Dans une vidéo publiée le 1er mars, les activistes ont ainsi repéré un dauphin piégé dans les filets d’un bateau français. Ce n’est pas la première fois en 2019 que la pêche fait polémique. Début février, les acteurs de la pêche industrielle se défendaient face aux accusations d’une émission de Cash Investigation sur la pêche par concentration.

Quelles solutions sont mises en place ?

Le problème est bien connu des pêcheurs français. Les bars et les merlus recherchés se nourrissent des mêmes proies que les dauphins. “Il en résulte au début de chaque année une interaction spatiale entre les engins de pêche et les dauphins communs”, décrit sur son site le Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM) qui représente 14 000 pêcheurs et 4500 navires sur quatre façades maritimes.

Face aux prises accidentelles de dauphins, la solution des “pingers” est souvent évoquée. Il s’agit de répulsifs sonores qui équipent les navires ou même leur filet pour faire fuir les mammifères marins. L’outil aurait déjà prouvé une certaine efficacité. Entre février et avril 2018, sur six chalutiers équipés de pingers et sur plus de 220 opérations de pêche, le Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM) avait constaté une réduction de 65% des captures accidentelles.

(Un pinger utilisé comme répulsif sonore dans un filet. Crédit : Pêcheurs de Bretagne)

Depuis le 1er décembre 2018 et jusqu’au 30 avril 2019, un plan plus large a été annoncé par le CNPMEM pour endiguer le phénomène. Les navires français pratiquant la pêche “au chalut pélagique” (filet qui n’est pas en contact avec le fond de la mer) sont tous censés être équipés de pingers. Les dauphins rejetés en mer doivent être marqués pour connaître le taux d’échouage.

Des failles dans le plan du CNPMEM

L’Observatoire Pelagis note des tests “encourageants” sur les pingers mais relativise l’efficacité de la solution. Selon lui leur utilisation “n’est pas adaptée à toutes les techniques de pêche” et notamment aux filets maillants. “Cela ne paraît pas concevable sur le plan opérationnel, notamment la quantité de filets à équiper dans le golfe de Gascogne risquerait de générer de très grandes zones d’exclusion pour les cétacés”, détaille-t-il. Le CNPMEM regrette aussi l’absence de partenaires industriels qui empêche la commercialisation des pingers en France.

Surtout, le nombre d’échouages confirme des failles dans le plan du CNPMEM. “De source sûre” et vidéo à l’appui, Sea Shepherd indique que tous les chalutiers ne sont pas équipés de pingers comme cela est prévu par le plan du CNPMEM.

(Le navire Sam Simon de l'ONG Sea Shepherd en opération dans le golfe de Gascogne. Crédit : Tara Lambourne / Sea Shepherd)

L’origine des captures soulève d’autres interrogations. Selon Pelagis, les chaluts pélagiques ne sont pas les seuls impliqués de la filière dans les morts de dauphins. “Nous savons aujourd’hui que d’autres pêcheries sont également impliquées”, a indiqué le 5 mars l’observatoire dans un communiqué. Par ailleurs, les pêcheurs français ne seraient pas les seuls concernés. “Une attention toute particulière devrait également être portée aux grands chalutiers espagnols, opérant sur le plateau continental du golfe de Gascogne”, précise l’organisation.

"Un sentiment d'impunité totale"

Au-delà du cas des dauphins assez symbolique, Sea Shepherd condamne de façon plus générale les dérives de la pêche dans les eaux françaises. “Nous avons pu voir des chalutiers pêcher en plein sur le plateau de Rochebonne pourtant interdit aux chalutiers cette année afin de laisser reposer le milieu”, indique l’ONG qui a déposé plainte contre deux bateaux. “Les deux navires braconnaient en plein plateau de Rochebonne sans même avoir pris la peine d'éteindre leur AIS (système autonome et continu d'identification), illustration du sentiment d'impunité totale qui règne dans le milieu”, concluent les activistes.

(Un bateau de pêche français suivi par les activistes de Sea Shepherd. Crédit : Tara Lambourne / Sea Shepherd)

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle