Derrière les trois tiers

Voilà ce qui devrait rester du débat actuel sur le partage des profits: une nouvelle loi sur l'épargne salariale. Révolutionnaire ou pas, après tout, ce ne serait pas si mal.

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Derrière les trois tiers
Quelle audace, de la part de la ministre de l'Economie, de contredire ainsi son patron! « On ne peut pas dire un tiers, un tiers, un tiers, déclarait la semaine dernière Christine Lagarde. Chaque entreprise, c'est une histoire individuelle, chaque entrepreneur, c'est une histoire individuelle, et on ne peut pas avoir une règle mathématique.» La ministre a raison. Etrange idée, en effet, que celle du chef de l'Etat de vouloir couper le profit -puisque c'est de lui qu'il s'agit- en trois parts égales, sans tenir compte du niveau des salaires, du besoin d'investissement, du type d'actionnariat de l'entreprise. Etrange théorie que cette règle des « trois tiers », bien moins inspirée que la bonne vieille règle de trois.

Le président ne l'a pas sortie de son chapeau pour répondre à la crise, comme on l'a écrit ici ou là. S'il a bien commandé un rapport sur ce sujet à l'économiste Jean-Philippe Cotis, juste après la journée d'action du 29 janvier, son principe des trois tiers remonte à janvier... de l'année dernière. Présentant ses voeux pour 2008 aux parlementaires, Nicolas Sarkozy avait formé celui-ci : « Un tiers pour les salaires, un tiers pour le capital, un tiers pour l'investissement. » Dans l'économie compliquée, le chef de l'Etat vient avec des idées simples. Seulement voilà, le constat le plus formel du rapport Cotis, c'est justement la complexité et la diversité des situations, d'un employé à l'autre, d'une entreprise à l'autre. Comment mieux répartir les bénéfices entre capital et travail ? Première solution : limiter la distribution de dividendes. Cela paraît aussi délicat que d'assagir les salaires des dirigeants... Sans compter le risque de nonconformité à la Constitution. Deuxième solution : alourdir leur fiscalité. Pas de contreindication légale, mais le gouvernement écarte pour l'instant toute hausse d'impôt, de même que la remise en cause du bouclier fiscal. Troisième solution : augmenter les salaires. Sauf à changer carrément de régime, l'Etat ne peut fixer les rémunérations que de ses agents. Il pourrait aussi revaloriser le Smic. La mesure est ardemment demandée par la gauche, mais rejetée avec vigueur par le pouvoir. Alors, à quoi peut donc penser le président ?

Pour comprendre ce que Nicolas Sarkozy a en tête, il faut se référer à cemême discours de janvier 2008. Il annonçait aux députés et aux sénateurs une « véritable révolution » enmatière d'intéressement et de participation. Voilà ce qui devrait rester du débat actuel : une nouvelle loi sur l'épargne salariale, que le chef de l'Etat souhaite faire voter avant l'été. Révolutionnaire ou pas, ce ne serait pas si mal. A peine 56% des employés bénéficient aujourd'hui de ces outils de rémunération différée, les PME étant les plus mal loties. Une véritable réforme, au-delà d'une révision des plafonds et desmodes de calcul, serait l'élargissement à tous de l'épargne salariale: intéressement, participation, mais aussi versements volontaires « abondés » par l'employeur.
Depuis une douzaine d'années, droite et gauche ont tenté de réduire le fossé entre grands groupes et petites sociétés. Il faudrait cette fois aller jusqu'au bout, en proposant aux entrepreneurs une formule sans complication, sur le modèle du titre restaurant. Une formule souple et aussi intéressante pour eux que pour leurs salariés. Dans l'économie compliquée, voilà une idée simple qui peut marcher.

Laurent Guez,
Directeur de la rédaction
«L'Usine Nouvelle»

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