Derrière les radars, endommagés ou non, un véritable business

Durant les protestations des Gilets Jaunes, plusieurs actes de vandalisme ont été commis sur des radars fixes. Pour l'Etat, le coût des dégâts est élevé. Dans l'Hexagone, ce sont les entreprises privées qui se partagent ce marché. Parmi elles, les Français Idemia et Cegelec, issus de grands groupes, et l'Allemand Vitronic. 

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Derrière les radars, endommagés ou non, un véritable business
60 % des radars fixes ont été vandalisés selon Christophe Castaner, ministre de l'Intérieur.

Lors de ses vœux à la Gendarmerie nationale le 10 janvier, Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, a indiqué que 60 % des radars fixes, soit environ 2 500 radars présents sur le territoire, avaient été dégradés par le mouvement des Gilets Jaunes, détaille Reuters . En tout, ce sont 4 446 équipements de terrain de contrôle automatisé qui sont présents en France. Depuis l’été dernier, les radars sont aussi la cible de ceux opposés à l’abaissement de la vitesse sur certaines routes de 90 à 80 km/h.

Deux semaines après l'annonce du vandalisme de ces machines, tous les radars ne sont pas encore remis sur pied, reconnaît la Délégation à la sécurité routière (DSR) contactée par L’Usine Nouvelle. Celle-ci n’indique pas avoir mis en place un plan spécifique pour la protection des appareils de contrôle. "Les opérateurs de maintenance font régulièrement le tour des équipements, réparent sur place, effectuent des changements si les radars sont en stock ou les commandent", précise un porte-parole de la DSR.

Durant le mois de décembre, si certains radars étaient endommagés et ne pouvaient prendre de photo, leur fonction "flash" restait opérationnelle : "on constate d'ailleurs en décembre 2018 une augmentation de 20% des flashs émanant de radars dégradés (étant précisé que la photo n’est pas exploitable)", ce qui démontre l’effet dissuasif de l’appareil, selon la DSR.

Idemia, issue notamment de Safran

Ces radars sont conçus par différentes entreprises privées, sélectionnées par appel d’offre national. Dans l'Hexagone, quelques industriels sont prépondérants sur le marché. L’entreprise française Idemia (3 milliards de dollars de chiffre d'affaires pour 14 000 employés), née de la fusion d’Oberthur Technologies et Safran Identity & Technologie (Morpho), assure la construction de plusieurs radars fixes en France. Elle possède plusieurs sites industriels en France : à Meyreuil (Bouches-du-Rhône), Osny (Val-d'Oise), Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) et Vitré (Ille-et-Vilaine).

Idemia construit différents modèles de radars fixes : les "Mesta", capables de contrôler des véhicules allant de 20 à 300 km/h. Le Mesta 2000-2200 a la particularité d’avoir un renforcement "anti-vandalisme" : "à l’épreuve des balles et des tentatives d’effraction, le Mesta 2000-2200 bénéficie également d’un système de fermeture haute sécurité et d’un système d’alarme", indique Idemia. Contactée par L’Usine Nouvelle, l’entreprise n’a pas souhaité donner plus de détails sur ses radars.

Autre acteur majeur, l'allemand Vitronic, une ETI de 1 000 employés au chiffre d'affaires de 170 millions d'euros en 2017. Son site de production principal se situe à Wiesbaden (Hesse). L'entreprise produit pour la France le radar mobile "Enforcement Trailer", équipé d'une alimentation autonome en énergie basée sur des batteries hautes performances, qui permet une mesure ininterrompue pendant cinq jours. Le radar est construit en partenariat avec la société française Cegelec, du groupe Vinci Energies, sur son site de production à Etupes (Doubs). "Nos systèmes sont mobiles donc l'Etat peut les retirer des zones à risques s'il le souhaite", précise Vitronic contacté par L'Usine Nouvelle.

Lourde et coûteuse maintenance

Le Ministère de l'Intérieur français en "a commandé 150 unités, se félicitait l'industriel allemand en août 2015. Le contrat, d’une durée de quatre ans, comprend la fourniture, l'exploitation la maintenance site et la télémaintenance. La France déplore en effet environ 200 accidents par an sur les zones de travaux, responsables de plusieurs morts et d'environ 80 blessés."

La dégradation légère d'un radar est passible d'une amende de 3 750 euros assortie d'une peine de travaux d'intérêt général tandis qu’une dégradation lourde peut atteindre les 30 000 à 75 000 euros d’amende en fonction des circonstances. Vient aussi s’ajouter la condamnation pour la réparation du préjudice subi par l’Etat : le coût de la réparation et la perte de recette pendant tout le temps d’indisponibilité du radar. Ces réparations ont un coût particulièrement élevé pour la DSR : de l’ordre de 70 000 euros pour un radar fixe et discriminant, entre 120 000 et 200 000 euros pour un radar à vitesse moyenne (selon l’ampleur des travaux de génie civil requis) et 75 000 euros pour le radar autonome. Le simple vandalisme léger, comme un tag ou une vitre cassée, peut coûter 500 euros à l’Etat.

Des radars plus nombreux à travers l'Hexagone

L’objectif du budget prévu pour 2019 est d’augmenter le nombre de radars à 4 700 d’ici à la fin de l’année. Les appareils ont, selon la Cour des comptes, généré une recette de 1,01 milliard d’euros sur un total des recettes de contraventions de 1,9 milliard en 2017. Le budget prévoit "une augmentation des recettes d’amendes forfaitaires issues du contrôle automatisé à hauteur de + 12 %. Cette évolution est liée à l’augmentation du parc radars ainsi qu’au déploiement de nouveaux dispositifs de contrôle plus performants", indique la Cour.

Si ces dispositifs de contrôle rapportent de l’argent à l’Etat, ils ont aussi un coût non négligeable dont le financement provient des recettes des contraventions. Rien que 67 millions d’euros sont consacrés au maintien en condition opérationnelle du parc. Le remplacement et la mise en place des nouveaux radars est estimé quant à lui à 78 millions d’euros. L’Agence nationale de traitement automatisé des infractions (ANTAI), chargée de piloter la chaîne des contraventions, se voit allouer en 2019 une dotation globale de 92 millions d’euros (+ 10 %).

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