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L'Usine Santé

“Derrière le grand âge, il y a une véritable filière industrielle”, selon Michèle Delaunay

Gaëlle Fleitour , , , ,

Publié le

Entretien Arnaud Montebourg et Michèle Delaunay lancent un nouveau comité de filière, dédié à la Silver Economy, ce mercredi 24 avril.  “Le marché des seniors représenterait une opportunité économique pour les industriels” , confie en exclusivité à l’Usine Nouvelle la ministre déléguée chargée des Personnes âgées et de l’Autonomie.

“Derrière le grand âge, il y a une véritable filière industrielle”, selon Michèle Delaunay

Les entreprises citées

L’Usine Nouvelle - Y avait-il vraiment besoin de lancer une filière sur la “Silver Economy” ?

Michèle Delaunay - Je ne souhaitais pas cantonner mon ministère au grand âge, mais l’amener vers l’emploi et la croissance. Les acteurs économiques n’ont pas encore pris conscience que nous avions devant nous une véritable filière industrielle, et qu’il y avait un marché considérable, avec 900 millions de personnes âgées dans le monde (dont 15 millions en France). En sillonnant la France, nous nous sommes aperçus que sous des dénominations différentes – gérontechnologie, e-autonomie, numérique, domotique, etc. -, le champ des possibles était considérable. Avec Arnaud Montebourg, nous avons donc décidé de rassembler tous les acteurs à Bercy, ce mercredi 24 avril. C’est notre rôle de jouer les catalyseurs ! 600 acteurs ont répondu présent : entreprises, mutuelles, pôles de compétitivité, designers, institutionnels, acteurs du médico-social. Nous avons annoncé à cette occasion la création d’un comité de filière. Et nous travaillerons aussi sur le sujet avec Fleur Pellerin et Jean-Pierre Jouyet via la Banque Publique d’Investissement (BPI) et la CDC, et Ségolène Royal, comme porte-parole de la BPI.

En quoi consiste votre plan ?

Nous sommes encore en phase amont, car il ne s’agit pas d’une filière existante, comme l’automobile ou l’aéronautique. Le comité de filière sera donc chargé de dégager un plan d’actions à partir des propositions remises le 24 avril par sept groupes de travail. Ils ont dégagé dix champs créateurs d’emplois — comme la robotique pour l’autonomie -, mais aussi identifié sept freins au développement de la filière.

Avec vous des objectifs chiffrés ?

La Silver Economy pourrait générer 0,25 point de croissance par an, selon une étude d’Accenture. Notre volonté est de faire émerger d’ici cinq à dix ans des ETI sur ce marché. Si on ne le fait pas maintenant, nous perdrons face à la concurrence du Japon, de la Corée du Sud, des États-Unis ou de l’Allemagne.

Des investissements sont-ils prévus ?

Nous espérons pouvoir monter un fonds d’amorçage qui pourrait être abondé par la BPI et des groupes de la protection sociale. Les aides publiques peuvent aussi servir de leviers pour contribuer à solvabiliser la demande, notamment pour la téléassistance. Mais il nous faudra aussi faire la promotion de la filière et de ses objets, et réfléchir à la création d’un label, dont pourrait se charger le Centre National de Référence santé à domicile et autonomie. Cela aiderait le secteur à se structurer, et éviter que dix start-up ne soient positionnées sur la même technologie !

Quelles seront les entreprises chefs de file ?

Legrand, Orange, La Poste, Essilor ou encore le japonais Toshiba sont très mobilisés. Au-delà, ce sont plusieurs centaines de start-up et de PME qui œuvrent dans le champ de la Silver Economy. L’enjeu est de fédérer l’ensemble de ces acteurs. La start-up E-sidor, par exemple, travaille avec Toshiba ou Doro sur sa tablette tactile, accompagnée de software. Elle peut permettre de faire des échanges avec les médecins ou les établissements de santé dans la Creuse ou en Corrèze… C’est un outil particulièrement utile dans les zones de désertification médicale. Dans la maison intelligente que nous avons visitée à Blagnac, un contact direct se fait avec les acteurs de santé : les mesures du pouls, de la tension, leur sont envoyées automatiquement. Il y a vraiment un champ numérique lié à l’autonomie qui émerge.

Cela pourrait d’ailleurs servir aussi à la recherche médicale…

Oui, car les objets d’une start-up comme Withings permettent d’enregistrer la courbe de poids, la masse grasse et la masse maigre, le rythme cardiaque, la tension, l’activité physique grâce à une sorte de podomètre électronique, et bientôt l’apnée du sommeil. Toutes les données récoltées vont être transmises à des équipes de recherche, permettant ainsi de mesurer les facteurs de vieillissement de cohortes de dizaines de millers de personnes, et d’en tirer des conclusions scientifiques considérables.

Où en est le déambulateur que vous aviez commandé à Philippe Starck ?

Il est en train de travailler sur ce sujet, d’autres designers m’ont envoyé les leurs?! Nous avons d’ailleurs réalisé plusieurs réunions avec des designers, et certains se sont mis en relation avec des entreprises du secteur, comme HMS Vilgo, Herdegen, Dupont Medical. Car il faut que ces objets fassent envie pour susciter la demande. C’est l’exemple des objets Withings, vendus dans les Appstores comme des ordinateurs Apple ! Il faut aussi trouver des endroits pour distribuer tous ces produits : distribution spécialisée, grande distribution, pharmacie, ou mutuelles via leur contrat ? On pourrait aussi imaginer des formes de showroom, pour susciter un mouvement positif vers ces objets parce qu’ils sont beaux, utiles, et donnent envie.

Propos recueillis par Gaëlle Fleitour

Ce que prévoit le gouvernement pour l’industrie


Loisirs, aides techniques (prothèses auditives…), BTP, maisons intelligentes (téléassistance, géo assistance, vidéo vigilance, télémédecine, parcours lumineux…), e-autonomie… Le gouvernement ambitionne de constituer une filière industrielle de quelques grands groupes, plusieurs ETI, un nuage de PME et une multitude de startups pour répondre aux besoins des séniors. Mais, reconnaît-il, certains grands groupes ne peuvent faire des économies d’échelle dans le champ des technologies pour l’autonomie, car les marchés sont trop étroits. Tandis que les startups et TPE de ce secteur n’ont pas la taille suffisante pour produire en grande quantité, avec une force de frappe commerciale suffisante, ou consolider leur avance technologique via la R&D. Un nouveau fonds d’amorçage d’environ 30 millions d’euros devrait donc soutenir les petites entreprises. Tandis qu’un fonds de croissance d’environ 80 millions d’euros sur quatre ans permettrait de constituer des ETI et de les développer à l’international. Un pôle de compétitivité devrait aussi voir le jour.

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