Derrière l’Addyi, le fructueux marché de la sexualité féminine

Derrière l’Addyi, le "Viagra féminin" autorisé cette semaine aux Etats-Unis, se cache un marché prometteur aux yeux des laboratoires pharmaceutiques. Avec des médicaments au profil étonnant et des échecs passés sous silence.

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Longtemps méconnue voire négligée par la médecine, la sexualité féminine intéresse grandement l’industrie pharmaceutique. Le buzz médiatique autour de l’Addyi, cette pilule à utiliser quotidiennement pour booster la libido - hâtivement surnommée "Viagra féminin" - le rappelle. Malgré des effets secondaires importants et une efficacité relativement limitée, le médicament devrait finalement faire son entrée sur le marché américain cet automne. Un jalon important bien que tardif, estiment les féministes américaines. L'Addyi vient dix-sept ans après l’introduction pour les hommes de la pilule bleue contre les troubles érectiles.

Du Prozac aux troubles prémenstruels

Pourtant, cela fait longtemps que les plus grands laboratoires planchent sur des traitements destinés à pallier les maux féminins, quitte à transformer ce qui aurait pu rester de l’ordre du symptôme en maladie. Hormones de croissance lorsque la puberté est présumée précoce ou tardive, progestatifs aux premiers troubles des règles, pilule contraceptive aux effets secondaires souvent sous-estimés par les médecins ou utilisée comme anti-acnéique... Jusqu’aux hormones de substitution pour accompagner la "pré-ménopause". Aucun stade de la vie d’une femme n’a été oublié.

Faut-il s’en réjouir ? Pas toujours… Car certains profils de médicaments peuvent interpeller. Ainsi du Sarafem, ce médicament censé lutter contre le syndrome prémenstruel sévère aux Etats-Unis. Un traitement vendu par le laboratoire américain Galen, mais initialement développé par le groupe américain Lilly pour faire face à l’expiration en 2001 du Prozac, antidépresseur le plus prescrit au monde… issu de la même molécule que le Sarafem. En 2007, l’Agréal, un neuroleptique du laboratoire française Sanofi, autorisé depuis 1979 et commercialisé par Grünenthal, voyait sa commercialisation suspendue par l’Agence européenne du médicament. Les risques d’effets indésirables psychiatriques et neurologiques étant jugés trop élevés par rapport à son bénéfice : traiter les bouffées de chaleur survenant lors de la ménopause.

Une association américaine prédit déjà le retrait du marché d’Addyi

Quant aux traitements hormonaux de substitution (THS), initialement lancés par le laboratoire américain Wyeth (racheté par Pfizer, le père du Viagra en 2009) pour atténuer les désagréments de la ménopause, ils sont régulièrement mis en cause par certains chercheurs. En 2002, une vaste étude américaine avait fait s’effondrer les prescriptions en Europe et en Amérique du Nord : les THS étaient accusés d’augmenter le risque de cancer du sein et de ne pas protéger du risque de crise cardiaque. En février dernier, une grande enquête épidémiologique menée auprès de 21 488 femmes et publiée dans The Lancet estimait que celles ayant reçu des THS avaient un risque de développer un cancer de l'ovaire 40% supérieur aux autres femmes.

Les marchés potentiels considérables expliquent l’intérêt toujours renouvelé pour l’industrie de mettre au point de nouveaux traitements. Imaginé à la base comme antidépresseur, le flibanserin, la molécule de l’Addyi, aura-t-elle le même succès que le Viagra, dont les ventes – malgré l’expiration de son brevet – atteignaient encore 1,7 milliard de dollars l’an dernier ? Pour les analystes, Addyi – dont la potentielle approbation en Europe nécessite encore des études complémentaires - pourrait déjà atteindre un pic annuel compris entre 100 et 300 millions de dollars. Mais ses effets secondaires inquiètent Public Citizen, une association de consommateurs américains qui lui prédit un retrait du marché sous quelques années. Le groupe canadien Valeant, qui a annoncé le 20 août le rachat de Sprout Pharmaceuticals, le propriétaire d’Addyi, pour un milliard de dollars, vient de faire le pari inverse.

Gaëlle Fleitour

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