L'Usine Auto

Depuis quatre mois, Renault monte en pression

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Depuis l'ouverture des négociations, les annonces du groupe montent en intensité chaque semaine selon une stratégie de communication bien huilée. Retour sur quatre mois de négociations avant la prochaine étape la semaine prochaine : les salaires...

Depuis quatre mois, Renault monte en pression © Studio Pons

Si la potion est amère, faites-la avaler en plusieurs fois... Cela semble être la devise adoptée par Renault. Le leader français de l'automobile enchaîne les annonces un peu plus importantes chaque semaine, selon une stratégie de communication qui semble extrêmement bien rodée. Alors que les annonces de PSA en juillet dernier avaient créé une onde de choc importante, le groupe de Carlos Ghosn semble décidé à ménager l'opinion public, tout en mettant de plus en plus de pression sur les syndicats. Retour sur quatre mois d'annonces.

Première étape : le Mondial de l'Auto à Paris, fin septembre. Carlos Tavares, le directeur général délégué du groupe réunit quelques journalistes pour un point presse : "Nous dialoguons avec les partenaires sociaux, mais nous devons reconstruire notre compétitivité en France", annonce-t-il, bientôt relayé dans les médias par Carlos Ghosn. La démarche semble alors relativement ouverte. Le numéro deux de Renault refuse de fixer une feuille de route ou de quelconques objectifs. Aiguillé par l'accord de compétitivité signé fin juillet par son concurrent PSA à Sevelnord, le groupe veut aller vite car Carlos Tavares en est sûr : le groupe ne retrouvera pas les volumes de production d'il y a cinq ans, en 2007, année faste pour l'automobile européenne. Les usines françaises sont parmi les moins compétitives du groupe et doivent désormais regarder au Nord, avec le site Nissan Sunderland (Angleterre) et au Sud avec l'usine Renault de Palencia (Espagne). La négociation doit durer "quelques mois au plus" et la marque au losange met dans la balance l'attribution de nouveaux modèles et la garantie d'aucune fermeture d'usine. Alors que PSA a annoncé trois mois plus tôt la fermeture d'Aulnay, la promesse a un certain poids, d'autant que l'on sait que plusieurs usines, notamment Flins, sont menacées.

Quelques jours plus tard, le 17 octobre, en plein débat sur le rapport Gallois, Carlos Tavares déroule à nouveau son message, quasiment à l'identique, aux Assises de l'industrie organisées par l'Usine nouvelle : "Renault veut des sites français au niveau des meilleurs sites européens". Le coût du travail n'est que la moitié du problème, affirme le numéro deux de Renault. Il y a aussi les question de flexibilité et d'organisation du travail. La compétitivité des fournisseurs est également en jeu. La marque au losange semble déterminée à jouer sur tous les leviers.

Alors que la négociation s'engage entre les partenaires sociaux sur la réforme du marché du travail, la sécurisation de l'emploi, et les accords de compétitivité, après la remise du rapport Gallois le 5 novembre dernier, Renault prend soin de garder une longueur d'avance et les mains sur ses négociations. Il n'hésite pas à mettre la pression sur les syndicats français en annonçant mi-novembre la signature d'un accord de compétitivité... en Espagne. L'accord, que le groupe négociait depuis un mois, court jusqu'en 2016 et prévoit l'augmentation du temps de travail annuel de trois jours, la baisse de 10 % des primes de nuit et un roulement pour que Renault puisse produire sept jours sur sept dans n'importe quelle usine. Le groupe de Carlos Ghosn a également réussi à créer un nouveau type de contrat de 18 mois "équivalant à 72,5% de celui d’un agent de production qualifié". Le groupe, qui invite pour l'occasion le Premier ministre espagnol dans ses usines, garantit dix années de production, l'attribution de deux nouvelles plate-formes et quatre nouveau modèles, ainsi que la création de 1 300 emplois (dont 800 intérimaires passés en CDI). Les Français n'ont qu'à bien se tenir...

Un mois plus tard, mi-décembre, le groupe a déjà enchaîné quatre réunions thématiques avec les syndicats. Il a fait part de sa volonté de mutualiser davantage les fonctions support entre les usines, mais aussi de rendre les salariés plus mobiles afin qu'ils puissent aller renforcer temporairement, au gré des besoins, un autre site de production d'un des deux pôles industriels que le groupe entend créer.

Lors de la quatrième réunion, le groupe annonce qu'il veut plafonner les comptes-épargne temps des salariés. Les syndicats, qui veulent des garanties concrêtes sur des modèles et des volumes de production, n'ont pas l'impression de négocier grand chose. La CGT appelle au débrayage tandis que la direction et les syndicats conviennent de se retrouver début janvier pour une nouvelle négociation.

Entre temps, les chiffes 2012 des ventes françaises et européennes d'automobiles viennent confirmer l'état du marché. Les usines françaises de Renault comme celles de son concurrent PSA tournent au ralenti. Retour à la table des négociations le 9 janvier. Alors qu'il semble que la R&D soit au menu des négociations, on apprend par un communiqué de presse que le groupe veut harmoniser le temps de travail et revenir aux 35 heures, alors que plusieurs sites avaient des accords de réduction du temps de travail de 32 heures. Le temps de travail devrait augmenter globalement de 6,5 %. Et le groupe d'indiquer qu'un accord sur une telle mesure pourrait ramener des volumes de production dans les usines françaises pour la marque Nissan ou pour le partenaire Daimler sur les utilitaires...

Avec la réunion de ce mardi 15 janvier l'ntensité des mesures visées par le groupe sont montées d'un cran. Et il reste encore au moins une réunion sur le thème des salaires... Faut-il là aussi s'attendre à des annonces douloureuses comme par exemple un gel des salaires ? Les négociations doivent se terminer avant la fin janvier et on imagine assez aisément que Carlos Ghosn aimerait finaliser l'accord avant l'annonce de ses résultats annuels le 14 février prochain.

Patrick Déniel

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