Denis Monneuse : « L’absentéisme est un moyen de prendre d’une main ce qu’on n’a pas eu de l’autre »

Malgré la crise, l’absentéisme a augmenté en 2009. Rien de plus normal explique le sociologue Denis Monneuse. Selon lui, le chômage partiel et la grippe A expliquent partiellement pourquoi les salariés ont été moins présents à leurs postes de travail. Il convient de lutter contre un fléau qui représente chaque année au moins 1 % de la masse salariale.

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Denis Monneuse : « L’absentéisme est un moyen de prendre d’une main ce qu’on n’a pas eu de l’autre »

Denis Monneuse est sociologue. Il travaille pour Entreprise et Personnel. Il a publié un livre sur l’absentéisme au travail : « de l’analyse à l’action » aux éditions Afnor. Il a accepté de commenter les résultats de l’étude menée par Alma Consulting.

Comment analysez-vous la recrudescence de l’absentéisme en période de crise économique ? Etait-elle prévisible ?

Habituellement, on note que l’absentéisme décroît quand le chômage augmente : les salariés craignent de perdre leur emploi, ils sont donc plus présents. La hausse de l’absentéisme et du chômage qu’observe Alma contredit cette intuition. Toutefois, cela ne m’étonne pas beaucoup. En période de crise, toute entreprise a un objectif : remplir les carnets de commande. On est sûrement moins vigilant sur un arrêt maladie peut être injustifié.

Le recours au chômage partiel peut avoir amplifié ce mouvement. En effet, l’entreprise doit payer quand un salarié est au chômage partiel. Quand il est en arrêt maladie, c’est le système de protection sociale qui paie. Le calcul est vite fait.
Le chômage partiel a un second effet : il donne de mauvaises habitudes, comme me le confiait le DRH d’une entreprise industrielle qui y a eu recours. Quand, pendant un semestre, le vendredi a été chômé, les salariés prennent des habitudes, et il est parfois dur de les en faire changer.

Dernier élément à ne pas sous-estimer : l’épidémie de grippe A. Je connais des entreprises qui avaient dans leurs cartons des plans contre l’absentéisme, qu’elles ont remis dans leurs cartons. En effet, quand le discours dominant est « si vous toussez, mieux vaut que vous restiez chez vous que de contaminer vos collègues », il n’est pas simple de mobiliser contre l’absentéisme.

Que pensez-vous de l’explication avancée par Alma Consulting, qui parle du désengagement des salariés ?

D’abord, une précision. Le baromètre réalisé par Alma concerne surtout les grosses PME. Il ne rend pas compte de l’ensemble des situations. Cela ne retire rien à son mérite, mais conduit à être prudent avant de généraliser les conclusions.
Le fossé entre les salariés et l’entreprise se creusent sûrement. Avec la crise, le salaire devient un problème, les politiques de rémunération étant très restrictives. Cela crée vraisemblablement un mécontentement des salariés, qui se « paient » en prenant un jour de temps en temps. L’absentéisme est un moyen de prendre d’une main ce qu’on n’a pas eu de l’autre.

A-t-on une idée du coût de l’absentéisme ?


C’est au minimum 1 % de la masse salariale, si on prend en compte l’ensemble des coûts induits. Cela comprend des coûts directs, ceux supportés pour remplacer l’absent en prenant un intérimaire ou en payant des heures supplémentaires à un collègue. Il faut leur ajouter des coûts indirects : une absence désorganise le travail, à commencer par le temps de formation de celui qui reprend le poste, ou le coût d’image perçue par le client d’un service public qui verra un guichet fermé. Enfin, il ne faut pas oublier les coûts sociaux : l’absentéisme décourage les salariés présents, l’effet de contagion est lion d’être négligeable.

Y’a-t-il des moyens efficaces de lutter contre l’absentéisme ?

Oui, cela passe par l’organisation du travail et par des campagnes de sensibilisation des managers. Le sujet est encore tabou dans beaucoup d’entreprises, on n’ose pas l’aborder car on craint des réactions des salariés ou de leurs représentants. Il faut donc aborder le sujet avec les salariés sans les culpabiliser, leur faire prendre conscience de ce que cela représente pour l’entreprise avec quelques chiffres marquants. Ensuite, ce sont les managers qui ont les solutions pour revoir l’organisation du travail. Car certaines entreprises favorisent l’absentéisme en raison des conditions de travail, de l’ergonomie des postes ou du temps de travail qu’elles mettent en place. Je pense à un hypermarché qui a vu l’absentéisme reculer après être passé à une organisation plus libre des horaires des caissières. Chacun retrouvant une latitude, le temps de travail n’est plus vécu comme une contrainte, auquel on échappe en se faisant porter pâle.

Aujourd’hui, on peut travailler à distance, et les salariés ont plus une obligation de résultat que de moyens. N’est-il pas alors un peu ringard de lutter contre l’absentéisme ?

Ce que vous dites est vrai pour les cadres. Pour les employés ou les salariés, les données sont différentes. Un guichet fermé dans un service public, et les administrés sont mécontents. Une vendeuse absente, et ce sont des ventes qui seront ratées. Sans parler d’un ouvrier ou d’un contremaître sur une chaîne de production.

Entretien réalisé par Christophe Bys

Denis Monneuse consacre un blog au sujet de l’absentéisme. http://labsenteisme.blogspot.com/

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