Démobilisation générale autour des comités de filières

Les onze comités stratégiques de filières devaient être l'une des 23 mesures phares des États généraux de l'industrie. Un an après, force est de constater que le soufflet est retombé et que la mayonnaise ne prend pas.

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Démobilisation générale autour des comités de filières

C'était l'une des grandes idées des États généraux de l'industrie : réunir autour de la table les donneurs d'ordre, les fournisseurs et les salariés des grandes filières industrielles françaises. La mise en place de onze comités stratégiques de filières devait permettre de revoir la mauvaise organisation du tissu industriel français, jugée responsable par l'Élysée des piètres résultats à l'export des grands secteurs français.

Un an après, la création des comités de filières ne suscite plus autant d'enthousiasme. "L'élan des débuts est retombé. C'est un gâchis", juge sévère Pascal Pavageau, le représentant de Force Ouvrière. "C'est une machinerie complexe. Tout est long et un peu lourd. Mais il faut rester optimiste car c'est trop important", reconnaît même le patron du Groupement des fédérations industrielles (GFI), Pierre Gattaz, l'un des plus fervents défenseurs du dispositif.

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Dans les faits, le bilan n'est pas loin d'être… inexistant ! Sur les onze comités, peu se sont déjà mis au travail. Dans le ferroviaire par exemple, la première réunion du comité de pilotage, réunissant une quinzaine de participants, n'a eu lieu que le 8 mars dernier.

Un an pile après l'annonce. "Le temps de constituer les groupes de travail, nous avons vraiment commencé à plancher mi-avril", reconnaît Guy Quiévryn, représentant de la CFDT au sein du comité. Quant à la filière automobile, elle est encore plus en retard. Officiellement lancé en octobre, pendant le Mondial de l'automobile, le comité devait se réunir pour la première fois… fin juin.

Depuis, rien n'a filtré. "On avait des choses plus urgentes à traiter, comme des réunions de travail avec Christine Lagarde sur les surcapacités de la filière", justifie Claude Cham, le vice-président du comité de filière.

Un dialogue difficile

Des excuses qui ne convainquent pas tant ces comités sont nés dans la douleur. Dès le départ, la définition des contours d'une filière a été une épreuve. Le comité naval, par exemple, n'a récupéré le nautisme dans son giron que récemment. Auparavant, il siégeait à la filière chimie-matériaux.

Pourquoi ? Parce que la plupart des coques utilisent des composites ! La Fédération des industries mécaniques (FIM), qui représente bon nombre de fabricants de machines, s'est vu refuser l'accès aux comités de filières aéronautiques et agroalimentaires, deux secteurs pourtant porteurs pour ses adhérents.

Autre écueil : le difficile dialogue entre dirigeants et partenaires sociaux. "Il y a eu quelques loupés. Certains mails envoyés aux syndicats se sont perdus mais on a rattrapé depuis", reconnaît Jean-Claude Andréini, le vice-président du groupe éco-industrie. Dans le luxe, syndicats et entreprises se sont mis autour de la table pour la première fois avec le comité… Bercy n'a pas vraiment accéléré le mouvement. Ni atténué l'impression de cafouillage.

Le 21 février, l'Élysée avait décidé la mise en place d'un douzième - et dernier - comité consacré au nucléaire et piloter par le PDG d'EDF Henri Proglio pour remettre de l'ordre dans la filière tiraillée entre EDF et Areva. Mais il n'a toujours pas été installé par le ministre de l'Industrie, Éric Besson.

Bercy hésite depuis entre une structure centrée sur le nucléaire et une autre incluant toutes les énergies, y compris les renouvelables. "On a perdu presqu'un an sur un sujet pourtant essentiel !", se lamente un syndicaliste. Pour trancher et faire avancer le débat, la Conférence nationale de l'industrie a acté début juin la création d'un treizième comité sur l'énergie, à côté de celui sur le nucléaire.

Résultat, après un an, "quelques comités ont un peu avancé la réflexion. Trois ou quatre sont au point mort encore", assure Henri Catz, le représentant de la CFDT. Parmi les bons élèves, le comité TIC : son avancée principale est la création d'un observatoire du numérique en France.

Une trentaine de projets examinés

Les comités sont toujours en rodage. "Ceux qui ont l'habitude de se rencontrer, comme l'aéronautique n'ont pas eu de mal. Pour les autres, cela a été laborieux", confirme Pierre Gattaz. "Pour déboucher sur du concret, il faut aussi prendre en compte ce qui se passe sur le terrain, dans les régions", juge Jérôme Frantz, le président de la FIM.

Bercy espère faire remonter au plus tard au début de l'automne les premières propositions concrètes des comités de filière en matière de politique industrielle, d'amélioration des relations donneurs d'ordre-fournisseurs… Une trentaine de projets ont déjà été examinés par les comités, qui disposent d'une enveloppe de 69 millions d'euros pour financer des projets de structuration de filières.

"Les premiers projets labélisés par les comités n'étaient pas très bons. Depuis quelques mois, c'est beaucoup mieux", affirme-t-on chez Oséo. Pour l'instant, un seul projet, présenté par un pôle de compétitivité, a franchi toutes les étapes et doit bientôt être financé.

Mais les comités de filières sont déjà court-circuités. Un exemple ? La guerre ouverte entre les chimistes et plasturgistes ne s'est pas arrêtée, malgré la création d'un groupe de travail dédié au sujet.

Mi-mai, la Fédération de la plasturgie a lancé une campagne dans la presse pour protester contre les ruptures d'approvisionnement subies. "Et on ne regrette pas du tout", reconnaît Bruno Estienne, le président de la fédération, qui préside aussi le groupe de travail pour améliorer les relations chimie-plasturgie. La seconde réunion, fin mai, a été plutôt chaude. Le groupe de travail devrait déboucher sur la mise en place d'indices officiels sur les prix des matières plastiques, dès septembre.

Mais la décision a été prise directement dans le cabinet du ministre de l'Industrie. La faute à qui ? Les industriels, qui participent régulièrement à des groupes de travail pointent du doigt le manque d'empressement de l'État.

"La DGCIS à Bercy n'a affecté qu'une petite équipe et aucun budget. Leur compétence n'est pas en cause, mais ils ne sont pas assez. Avec quatre à cinq groupes de travail dans 11 filières, ces comités sont un gros machin à gérer", regrette Frédéric Grivot, vice-président de la Confédération générale des PME.

Le changement de ministre, avec l'arrivée d'Éric Besson, n'aurait rien arrangé, critique un industriel présent dans plusieurs groupes de travail. "Si les pouvoirs publics ne se mouillent pas, les chefs d'entreprises que l'on mobilise risquent de se décourager très vite. Ils n'ont pas de temps à perdre eux", s'alarme Jérôme Frantz.

Pourtant, les fédérations professionnelles - et plus encore les organisations syndicales - ne veulent pas baisser les bras. "Ces comités de filières, on les a réclamés. Alors on va s'accrocher", jure Henri Catz, qui espère qu'une fois passer les défauts de jeunesse, les douze filières atteindront leur vitesse de croisière.

11 comités stratégiques de filières
- Aéronautique
Création : 16 septembre 2010 - Vice président : Jean-Paul Herteman
Avec une filière déjà vivante, ce comité a été parmi les premiers lancés. Sa bonne situation économique rend les projets plus faciles. Lors de sa dernière réunion au Bourget, il a annoncé son intention d'augmenter de 50 % les alternants et de faciliter leur placement dans les PME à l'issu de leur contrat. Les donneurs d'ordre se sont engagés à se coordonner pour créer une plateforme unique  d'échanges numériques avec les sous-traitants.
- Naval
Création : 23 septembre 2010
Vice-président : Jean-Maris Poimboeuf (GICAN) Premier comité installé, il a réussi à clarifier les liens avec le CORICAN, la plate-forme issue du Grenelle de la mer.Plusieurs ministères étaient concernés.
- Automobile
Création : 5 octobre 2010 - Vice-président : C aude Cham (FIEV)
Le comité doit se réunir d'ici fin juin. Les acteurs de la filière ont préféré se concentrer sur la plate-forme automobile. Les deux instances ne fusionnent pas. Au comité de filière les grandes orientations, à la plateforme la structuration de la filière et les projets concrets
- Énergie

Création : à venir - Vice-président : Henri Proglio (EDF)
Le petit dernier des comités stratégiques de filières, annoncé par Nicolas Sarkozy en février, n'a toujours pas été installé officiellement.
 
Et aussi…
Biens de consommation, agroalimentaire, ferroviaire, automobile,
chimie-matériaux, industries de santé, technologies de l'information, éco-industries et luxe.

 

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