Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

Démineuse de frondeurs

Publié le

À 41 ans, Valérie Rabault (PS) est la première femme à occuper le poste de rapporteur du budget à l’Assemblée nationale. Après une carrière dans le privé, la députée de Tarn-et-Garonne devra convaincre son groupe, mais entend aussi amender le projet de l’exécutif au nom des PME.

Démineuse de frondeurs
À la fin de ma mandature, j’aimerais me dire qu’on a desserré l’étau qui pèse sur les PME.
© Pascal Guittet

une nuit passée dans le train à cause de la grève chez Air France, la galère pour trouver un taxi le lendemain matin… Ces petits tracas n’entament pas la bonne humeur naturelle de Valérie Rabault, en ce lundi de septembre, et malgré une rentrée chargée. Elle arrive du Tarn-et-Garonne et rejoint son bureau de l’Assemblée nationale. À 41 ans, cette ingénieur des Ponts et Chaussées n’a pas « le profil type des jeunes députés socialistes qui font de la politique à plein-temps depuis le lycée », résume Gilles Carrez, le président UMP de la commission des finances. Elle a travaillé quinze ans dans le privé. « J’ai toujours pensé que c’était bien d’avoir un métier », confirme l’intéressée, ex-responsable des risques des marchés chez BNP Paribas, venue à la finance après une première expérience chez Bouygues. La jeune élue n’en a pas moins un parcours éloquent. En 2012, elle décline un poste de secrétaire d’État à Bercy parce qu’on lui refuse le droit de choisir son directeur de cabinet. Depuis, elle est devenue la première femme de la Ve République à être rapporteur du budget. C’est sur celui de 2015 qu’elle va se faire les dents. Un exercice difficile pour la France et pour le Parti socialiste qui compte en son sein un groupe de parlementaires décidés à en découdre.

Pour ce job, il fallait une personnalité en accord avec le cap gouvernemental et capable de dialoguer avec les frondeurs, tenir sur certains amendements et céder sur d’autres. Valérie Rabault peut compter sur deux atouts : son optimisme et son expertise. Christian Sautter, ancien adjoint à l’économie de Paris qui l’a recrutée pour produire des idées sur la première campagne de Bertrand Delanoë, se souvient d’une fille de 28 ans qui avait « le don de voir la bouteille à moitié pleine, plutôt qu’à moitié vide ».

Optimiste et méthodique

Un état d’esprit présent dans les deux livres qu’elle a coécrits avec sa complice, la députée Karine Berger, ancienne camarade de prépa de Louis-le-Grand (où elle a aussi croisé Nathalie Kosciusko-Morizet). Mêlant macro et microéconomie, « Les Trente Glorieuses sont devant nous » (2011) et « La France contre-attaque » (2013) démontrent que les entreprises innovantes qui investissent sont la chance de la France dans la mondialisation. Et que les « les ingénieurs français sont la vraie valeur ajoutée du pays ». « J’en veux au Medef actuel de ne parler que de coûts, lance-t-elle. La première ligne du compte de résultat, c’est le chiffre d’affaires. Mais, bien sûr, il ne faut pas vendre à perte. »

L’optimisme n’exclut pas la méthode. Formée à l’école de l’entreprise, elle s’agace du manque de rigueur qui règne parfois à l’Assemblée. « Dans le privé, avant de prendre des décisions, on fait un business plan, des projections, des scénarios. Quand on étudie une loi de finances, il faut arriver à répondre à la question : à qui cela va profiter et qui va payer. » Elle peste contre le manque de moyens du Parlement et le ministère de l’Économie, qui considère « les données comme sa propriété ». En juin, lassée d’attendre des précisions sur l’impact de la loi de finances rectificative, elle fait une descente inopinée à la direction du Trésor. Le ministre Christian Eckert relativise, expliquant qu’il ne s’agit que de données d’économistes en chambre. « Ça a dû leur plaire à Bercy », s’amuse Valérie Rabault, pas fâchée de son coup d’éclat.

Explorer un sujet sous toutes ses coutures, c’est le fonds de commerce de cette bosseuse. Yann Gérardin, son ancien chef et actuel patron de la banque d’investissement de BNP Paribas, explique : « La mission de Valérie était d’avoir une vision prospective de l’évolution et de la gestion de nos risques dans les métiers de dérivés actions. C’est un sujet central, qu’elle a appréhendé de façon très concrète. Ce n’est pas une intellectuelle déconnectée. » Son combat, ce sont les PME. « À la fin de ma mandature, j’aimerais me dire qu’on a desserré l’étau qui pèse sur elles. » Cette année, elle compte de nouveau déposer un amendement pour que le plafond du CIR s’applique aux groupes consolidés. Une économie, selon elle, de 500 millions d’euros sur les grandes entreprises à rebasculer sur les plus petites. La démineuse part aussi avec sa cartouchière. 

Matheuse : Les mathématiques lui ont appris la liberté de pensée. Elle se réjouit des médailles Fields françaises et se désole du manque de candidat au Capes de maths.

Mondialisée : Elle a travaillé plusieurs années en Allemagne et au Royaume-Uni.

Féministe : Elle trouve l’Assemblée beaucoup plus machiste que tous les milieux professionnels qu’elle a fréquentés.

Bûcheuse : Pendant des années, elle a consacré les trois quarts de ses congés à la politique, notamment pour monter une section PS dans son fief du Tarn-et-Garonne. Elle a écrit ses livres entre 4 et 6 heures du matin.

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle