Démantèlement de Fukushima : des technologies françaises pour extraire le combustible fondu

Le démantèlement de Fukushima nécessitera d’évacuer le combustible fondu du cœur du réacteur. Pour réaliser cette étape critique, les opérateurs du démantèlement vont tester un détecteur de muons et une technologie française de découpe laser.

Partager
Démantèlement de Fukushima : des technologies françaises pour extraire le combustible fondu
Le démantèlement complet de fukushima devrait prendre de 30 à 40 ans.

Quatre ans après la catastrophe de Fukushima, la compagnie gérante de la centrale Tokyo Electric Power (Tepco) doit maintenant parvenir à localiser, découper et récupérer pour l’entreposer dans un endroit sûr le combustible fondu de trois des quatre réacteurs de la centrale. Le retrait de ces débris de combustible, communément appelé corium, constitue une étape critique dans le programme de démantèlement des réacteurs accidentés, dont la durée totale pourrait être de trente à quarante ans. Si la société Tepco estime que le combustible fondu est encore dans l’enceinte en béton, certains experts craignent qu’il ne l’ait déjà traversée.

Des détecteurs de muons pour localiser le combustible fondu

Tepco a annoncé la semaine dernière qu’elle allait prochainement tester un dispositif de localisation du combustible fondu dans les réacteurs au moyen de rayons cosmiques. Les rayons cosmiques sont des flux de particules provenant directement de l’espace parmi lesquels les particules de haute énergie et de charge négative appelées muons. Quoiqu’ils traversent librement de nombreux matériaux, les muons peuvent être stoppés par des substances à haute densité comme le combustible nucléaire.

Les chercheurs vont installer des détecteurs de muons autour du réacteur. A partir de leur trajectoire et de l’énergie qu'ils déposeront dans le détecteur, les chercheurs espèrent pouvoir produire une image de la présence du combustible nucléaire dans le réacteur. L’observation devrait durer deux mois à partir de cinq détecteurs placés autour de la centrale. Au terme de ces mesures, les chercheurs devraient pouvoir localiser précisément le magma métallique et minéral constitué du combustible nucléaire, des éléments de l’assemblage combustible et des divers équipements du cœur, voire de la paroi de la cuve du réacteur. Le dispositif, en cours d’installation, a déjà été utilisé pour localiser le magma dans les volcans, comme lors du projet Diaphane mené par le CNRS sur le volcan de la souffrière en Guadeloupe (photo à gauche).

Une tête laser française à l'étude pour découper le corium

La localisation du combustible et son extraction ont fait l'objet d'un appel d'offre international lancé par le MRI/IRID. Au terme de l’appel d’offre, les opérateurs japonais ont sélectionné une offre française d’étude pour la découpe des débris de combustibles fondus dans les réacteurs accidentés de Fukushima. L’offre est portée par l’association d’Onet Technologies et du CEA. Le premier, un des leaders français de l’industrie nucléaire, a déjà été retenu deux fois depuis 2013 au Japon pour d'autres études techniques de démantèlement. Le second a développé le procédé de découpe.

L’association du CEA et d’Onet Technologies fait suite à leur collaboration sur la réalisation de projets tels que le démantèlement de dissolveurs, dans le cadre du projet de démantèlement de l’usine de traitement de combustibles usés UP1 du site CEA de Marcoule. Onet y intègre plusieurs technologies développées par le CEA : la simulation d’un scénario de démantèlement en salle immersive de réalité virtuelle, le bras robot six axes Maestro à retour d’efforts équipé d’une série d’outils d’intervention et le procédé de découpe laser de forte puissance avec refroidissement à l’air (en photo ci-dessous).

Si la technologie française est définitivement retenue, elle fera intervenir le bras robot Maestro, commercialisé par l’entreprise marseillaise Cybernetix. Le robot sera notamment connecté à une tête laser chargé de découper les matériaux. « Nous avons développé ce procdé dans le cadre du programme de démantèlement français », explique Christine Georges, chef de projet R&D et valorisation de l'assainissement démantèlement au CEA. « Elle présente plusieurs avantages : elle est facilement opérable à distance, permet des coupes franches des matériaux sans qu’ils ne se fissurent et génère moins d’aérosols que les autres techniques disponibles ». Le robot devra parvenir à découper ce magma très compact en morceaux de 10 cm3 qui seront ensuite stockés dans des conteneurs. Une opération d’autant plus difficile que la composition exacte du magma est encore indéterminée.

Avant de procéder à la découpe du combustible, une étude de faisabilité conduite par le CEA et Onet Technologies sera transmise au MRI au mois de mars. Elle permettra de préciser les contraintes spécifiques sur le site et d’adapter la technologie de découpe pour l’optimiser. Par la suite, des essais devraient précéder la découpe proprement dite.

La tête laser au bout du bras Maestro :

SUR LE MÊME SUJET

PARCOURIR LE DOSSIER

Tout le dossier

Sujets associés

NEWSLETTER La Quotidienne

Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.

Votre demande d’inscription a bien été prise en compte.

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes...

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes du : Groupe Moniteur Nanterre B 403 080 823, IPD Nanterre 490 727 633, Groupe Industrie Service Info (GISI) Nanterre 442 233 417. Cette société ou toutes sociétés du Groupe Infopro Digital pourront l'utiliser afin de vous proposer pour leur compte ou celui de leurs clients, des produits et/ou services utiles à vos activités professionnelles. Pour exercer vos droits, vous y opposer ou pour en savoir plus : Charte des données personnelles.

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES PODCASTS

Les recettes de l'horlogerie suisse

Les recettes de l'horlogerie suisse

Nouveau

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, notre journaliste Gautier Virol nous dévoile les coulisses de son reportage dans le jura suisse au coeur de l'industrie des montres de luxe. 

Écouter cet épisode

Le rôle des jeux vidéo dans nos sociétés

Le rôle des jeux vidéo dans nos sociétés

Martin Buthaud est docteur en philosophie à l'Université de Rouen. Il fait partie des rares chercheurs français à se questionner sur le rôle du jeu vidéo dans nos...

Écouter cet épisode

Les coulisses d'un abattoir qui se robotise

Les coulisses d'un abattoir qui se robotise

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, Nathan Mann nous dévoile les coulisses de son reportage dans l'abattoir Labeyrie de Came, dans les Pyrénées-Atlantiques, qui robotise peu à peu...

Écouter cet épisode

La renaissance des montres Kelton

La renaissance des montres Kelton

Le designer Vincent Bergerat donne une nouvelle vie aux montres Kelton. Dans ce nouvel épisode du podcast Inspiration, il explique au micro de Christophe Bys comment il innove et recrée l'identité...

Écouter cet épisode

Tous les podcasts

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

Trouvez les entreprises industrielles qui recrutent des talents

BUREAU VERITAS

Auditeur QSE (F-H-X)

BUREAU VERITAS - 23/06/2022 - CDI - Lille

+ 550 offres d’emploi

Tout voir
Proposé par

Accédez à tous les appels d’offres et détectez vos opportunités d’affaires

77 - Mitry-Mory

Fourniture de colis de Noël pour personnes âgées

DATE DE REPONSE 09/12/2022

+ de 10.000 avis par jour

Tout voir
Proposé par

ARTICLES LES PLUS LUS