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Quotidien des Usines

Demain, les granulats vaudront de l'or

Olivier James

Publié le

Indispensables à la construction, les granulats se font rares dans certaines régions françaises. Le nombre de sites d'exploitation ne cesse de se réduire. Ce qui provoque déjà une hausse du prix d'un matériau devenu précieux.

- Consommation totale en France434 millions de tonnes

- Importations 11 millions de tonnes

- Exportations 8 millions de tonnes

- Recyclage du béton15 millions de tonnes

- Granulats marins7 millions de tonnes

SOURCE : UNICEM, CHIFFRES 2008

Peut-on parler d'une situation de pénurie à l'heure actuelle ?

On ne peut pas véritablement parler de situation de pénurie généralisée dans la mesure où les granulats constituent une ressource très abondante. C'est l'accès à cette ressource qui pose problème, notamment dans les grandes villes. Ce qui pourrait provoquer des pénuries locales si le nombre d'autorisations d'ouverture de carrières n'est pas suffisant.

Quelles difficultés rencontrez-vous ?

Les populations ne veulent plus de carrières. Nous constatons une pression forte de la part des associations et des collectivités locales pour limiter les ouvertures de sites. Pour Lafarge, une façon de résister, c'est d'être toujours plus performant, plus vertueux. Nous essayons de diminuer les nuisances sonores, le trafic routier, et de réhabiliter convenablement les carrières. Nous mettons aussi en place des cellules de concertation avec les populations pour que les carrières soient mieux acceptées. Nous avons pris conscience de l'importance de faire connaître nos démarches.

Quelles sont les nouvelles voies d'approvisionnement les plus prometteuses ?

Nous ne voyons pas de logique économique à importer des granulats. Il est plus intéressant de les produire au plus près des besoins. Raison pour laquelle, outre nos projets d'extraction de granulats marins, nous développons le recyclage du béton. L'un de nos programmes de recherche vise à trouver de nouveaux débouchés à ces granulats. Nous travaillons, par exemple, à augmenter leur part dans le béton. Il faut pour cela pouvoir les caractériser. Un travail difficile alors que l'on ne connaît pas toujours leur composition. Il est donc crucial de bien déconstruire les bâtiments. Une des difficultés étant d'assurer la disponibilité d'un béton de déconstruction de bonne qualité.

Êtes-vous inquiet pour l'avenir ?

Je ne crois pas à une transformation complète de notre activité. Concernant les granulats marins, il s'agit de compléments d'approvisionnement qui répondent à une demande locale, précise. Ils resteront toujours une source assez faible. Et pour les matériaux de recyclage, il ne faut pas oublier que l'on déconstruit très peu en France. Il faut bien sûr pousser ces solutions, mais elles ne seront pas à elles seules à la hauteur des besoins.

Construire pourrait coûter de plus en plus cher dans les années à venir. En effet, des hausses de prix sont envisageables pour nombre de matériaux de construction. Outre le prix des granulats, celui de l'acier qui trouve sa place dans la structure des bâtiments sera, à moyen terme, tiré par la forte demande chinoise. Même phénomène, mais à plus long terme, pour le cuivre nécessaire aux fils électriques et l'aluminium utilisé pour les fenêtres et les façades. Une tendance haussière est également probable pour le ciment et le verre : ces produits très énergivores devraient suivre la même courbe que celle du prix de l'énergie en Europe. Quant aux matières plastiques, telles que le PVC utilisé dans les menuiseries, leurs coûts dépendront de plus en plus des capacités de production qui se multiplient au Moyen-Orient.

Halte au gaspillage des cailloux ! Pourquoi ne pas utiliser des résidus de démolition pour... construire. C'est l'idée originale mise en oeuvre à Nantes (Loire-Atlantique) par la société Brémond. Ce maître d'ouvrage et promoteur immobilier réhabilite une ancienne usine de cartouches d'encre pour édifier des immeubles résidentiels. Près du chantier, des tas de gravats attendent d'être concassés pour trouver une deuxième vie dans l'aménagement de la chaussée et des escaliers. Une initiative qui pourrait faire des émules : depuis quelques années, la France est menacée par une pénurie de granulats, ces petits morceaux de roche indispensables à la confection du béton et à la réalisation des routes.

UN CADRE RÉGLEMENTAIRE CONTRAIGNANT

Certaines régions se trouvent déjà en déficit (Île-de-France, Aquitaine, Picardie). Demain, les grandes agglomérations françaises comme Lyon (Rhône) et Toulouse (Haute-Garonne) pourraient être touchées. « Il y a des risques de tensions dans les approvisionnements du fait de la disparition des ressources », assure Nicolas Vuillier, président de l'Union nationale des producteurs de granulats (UNPG). Pourtant, les besoins en sable et autres graviers ne cessent de croître. Augmentation de la population, manque de logements, nouvelles infrastructures... Paradoxe : les granulats sont partout, mais les industriels ont de plus en plus de mal à mettre la main dessus...

Entre 1982 et 2009, le nombre de carrières en France a chuté de 3 500 à 2 300. Dans le secteur, le constat est unanime. En raison d'un cadre réglementaire contraignant (loi sur l'eau, parcs naturels, Grenelle de l'environnement), les demandes d'ouverture et d'extension de carrières se révèlent toujours plus longues, toujours plus chères. À cela s'ajoutent des contestations toujours plus nombreuses des riverains contre les nuisances engendrées par ces installations. Résultat ? Les nouvelles carrières peinent à voir le jour dans les zones urbaines et les sites protégés. Les industriels n'ont plus le choix : ils doivent à tout prix diversifier leurs sources d'approvisionnement.

Déjà, une partie croissante des granulats est issue de pays frontaliers tels que la Belgique et l'Allemagne, mais aussi du Royaume-Uni, d'Irlande, voire de Norvège. « On peut s'attendre à ce que les importations augmentent dans les prochaines années », estime Nicolas Vuillier. Cette option a ses revers : temps de transport trop longs, zone de chalandise limitée à quelques kilomètres autour des grands ports, coûts logistiques non négligeables. Du coup, l'idée d'aller chercher les granulats au fond des océans fait son chemin. « Nous constatons une hausse significative des demandes de prospection et d'extraction de granulats marins depuis deux ans », confirme Claude Augris, au centre Ifremer de Brest (Finistère). Cette production augmentera encore dans les prochaines années. Dans une étude menée conjointement avec le BRGM, l'Ifremer a estimé les ressources disponibles à environ... 250 milliards de tonnes pour la Manche et la façade Loire-Gironde ! Toutes ces ressources ne sont pas exploitables et leurs qualités sont très diverses. La société Matériaux de Baie de Seine (MBS, groupe Vinci) exploite déjà deux gisements situés au large de Dieppe (Seine-Maritime) et de Ouistreham (Calvados). Et cet été, elle a obtenu l'autorisation d'exploiter un gisement au niveau du Havre (Seine-Maritime). « L'avenir est en mer, pas sur terre », résume Jacques-Alain Bernard, responsable d'exploitation chez MBS.

UN FORT IMPACT ENVIRONNEMENTAL

Les grands cimentiers sont sur le coup. GSM (groupe Italcementi) détient une dizaine de gisements sur la côte Atlantique. Le groupe Cemex, qui possède déjà deux installations à Dunkerque (Nord) et au Havre - en partenariat avec les Graves de l'Estuaire -, exploitera des granulats marins au large de Dieppe dès 2011. Lafarge vient de se lancer dans l'aventure avec deux projets d'extraction, à Dieppe et Noirmoutier (Vendée). Ils verront le jour à l'horizon 2017. Une première pour le cimentier français qui jusque-là ne produisait pas de granulats marins. Un précédent projet était resté sans lendemain dans la baie de Quiberon en raison des protestations de la population locale.

La rentabilité de l'exploitation des granulats marins reste à démontrer alors que les investissements nécessaires sont lourds (bateaux de dragage, caméras étanches...). Quant à l'impact sur l'environnement, il est loin d'être négligeable... Ce qui n'est pas le cas des granulats obtenus à partir de béton concassé issu de la démolition. La société Docks de Limeil-Brévannes (DLB) possède quatre centres de recyclage qui produisent chaque année 700 000 tonnes de granulats. « Les matériaux recyclés ont longtemps été mal acceptés en raison de leur image de produits low cost, rappelle François-Régis Mercier, chef d'agence chez DLB.La donne est en train de changer. »

La France compte une centaine de plates-formes de recyclage. Cemex s'est lancé il y a deux ans dans cette activité. Le groupe aura produit 100 000 tonnes de granulats en 2010 via huit plates-formes. Il compte doubler cette production l'an prochain grâce à deux projets en cours, à l'est de Lyon et près d'Orléans (Loiret). De son côté, Lafarge ouvrira en 2011 une sixième plate-forme dans le Var qui pourra traiter 200 000 tonnes de matériaux de déconstruction par an. Pour développer le recyclage, les industriels vont devoir améliorer la collecte, affiner les méthodes de tri et renforcer le maillage de plates-formes.

PRIX DOUBLÉ TOUS LES 50 KM

Surtout, les industriels devront apporter la preuve que ces granulats peuvent être réutilisés dans le béton et ainsi servir à la construction, et non plus seulement aux remblais et aux sous-couches des routes comme c'est le cas aujourd'hui. Seule certitude, « le prix des granulats va augmenter, assure Pierre Fèvre, directeur général des activités granulats chez Cemex France. Les situations de pénurie sont comblées par des solutions qui font venir les granulats de plus loin. » Le coût du transport forme en grande partie le prix de ce matériau, lequel varie, suivant ses caractéristiques mécaniques et le lieu d'extraction, entre 7 et 20 euros la tonne. Sur terre, le prix est multiplié par deux tous les 50 km.

Autre facteur de hausse : les tensions accrues entre régions déficitaires et excédentaires, les nouvelles voies d'approvisionnement risquant de ne pas répondre à tous les besoins. Les trois options pour faire face à la pénurie de granulats ont la fâcheuse tendance de transférer les nuisances. Hausse des trafics maritime et routier, dragage des fonds marins... Autant de facteurs qui entrent en contradiction avec la volonté affichée de l'État de préserver l'environnement.

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