L'Usine Matières premières

Déficit de capacités de traitement des déchets de chantier

Franck Stassi , ,

Publié le

Pour atteindre l’objectif de 70% de valorisation fixé par la Loi de transition énergétique, la filière prend conscience de l'ampleur de la tâche. Entre autres exigences, il faudra réinvestir dans des chaînes de tri, privilégier la déconstruction et innover en matière de réemploi des matériaux.


Au sein de l'usine Paprec Chantiers de Gennevilliers. Photo: Stéphanie Jayet - L'Usine Nouvelle

Les acteurs des déchets du bâtiment et des travaux publics ont encore du chemin à parcourir pour atteindre l’objectif de 70% de valorisation (en poids) d’ici à 2020 fixé par la Loi de transition énergétique, estime Erwan Le Meur, président de la branche BTP de la Fédération des entreprises du recyclage.

"Il y a une décorrélation entre la demande des clients et l'offre des entreprises spécialisées" qui ne peuvent y répondre, "à l’exception de quelques PME. On assiste, depuis cinq à six ans, à une vraie prise de conscience des grands acteurs de la construction, avec une très forte demande de leur part sur les taux de valorisation. En face, les grands acteurs du déchet n’investissent pas forcément dans les outils de tri et sont très timides en la matière", a-t-il lancé jeudi 26 novembre lors d’une conférence organisée par "Le Moniteur"  (édité, comme "L'Usine Nouvelle", par Infopro Digital). L’objectif de 70% de valorisation, dicté par une directive-cadre européenne, était par ailleurs connu dès 2008.

En 2010, date à laquelle remontent les derniers chiffres officiels disponibles, 260 millions de tonnes de déchets du BTP ont été produites en France, essentiellement par les entreprises de travaux publics (221 millions de tonnes). Les déchets inertes (non dangereux et ne subissant pas d’évolution physique ou chimique tels que les tuiles, le carrelage ou les gravats de démolition) ont représenté 215,7 Mt, devant les déchets non dangereux (3,3 Mt de matières plastiques, bois non traités, plâtre, films plastiques, métaux) et les déchets dangereux (1,9 Mt de d’aérosols, huiles, peintures ou emballages souillés, par exemple).

"Entre temps, la crise est passée par là, et ce tonnage pourrait être diminué de 30% à 40%", précise Jean-Yves Burgy, gérant du cabinet spécialisé en économie circulaire Recovering.

Les installations spécialisées manquent

Pour Jean-Yves Burgy, la question des moyens et des pratiques est criante : "le gisement de déchets non-dangereux en mélange nécessite de recourir à des prestataires spécialisés. Or il manque à peu près 80 installations sur le territoire français. Pour le plâtre, on a 8 usines capables de réintégrer des matières premières secondaires."

Mais ouvrir des capacités n'est pas si simple. La création d’unités est soumise à une réglementation stricte, rappelle l’avocate Laurence Estève : "les installations de tri, recyclage et traitement des déchets sont des installations classées. Selon les cas, elles sont soumises à déclaration, enregistrement ou autorisation." L’obligation de reprise des matériaux, produits et équipements de construction par les négoces prévue pour 2017 par la Loi de transition énergétique se heurte notamment à cette contrainte. "On a réussi à obtenir aussi qu’un distributeur puisse répondre à cet article, en passant une convention avec un recycleur dans un rayon de 10 kilomètres", se félicite Erwan Le Meur.

Déconstruire plutôt que détruire

Au-delà de la question des moyens, se pose celle des pratiques. "Sur les travaux de démolition, il est important de veiller à la notion de déconstruction (chaque produit est amené à des entreprises spécialisées) afin de livrer à l’entreprise de démolition une carcasse brute béton, qui peut être bien valorisée. Quand une déconstruction est bien faite, les produits de qualité reprennent une certaine valeur. Aujourd’hui, on peut recycler l’inerte s’il est propre. Le rallongement des travaux a un coût, mais la revente des matériaux peut être financièrement positive", explique le président du Syndicat des recycleurs du BTP, Gilles Nantet. Son organisme a lancé une certification dédiée, "Quali’recycle".

Les débouchés des déchets de BTP sont nombreux. A l’Île-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), la déconstruction des anciens entrepôts du Printemps a ainsi permis d’isoler des flux de métaux et de béton destinés à être réemployés dans les aménagements futurs de l’éco-quartier destiné à y être construit.

La division Route Ouest d’Eiffage a pour sa part développé Recyclean, un procédé de réemploi sur site de matériaux contenant diverses substances polluantes. L’impact environnemental de la rénovation de chaussées routières polluées est ainsi limité, tandis que d’autres entreprises misent également sur la route pour le réemploi de déchets (à l'instar des coproduits de la sidérurgie). "En termes technologiques, je pense qu’on est capable de tout faire : l’iPhone, aller sur la Lune… Pourquoi pas en matière de gestion des déchets ?", demande Jean-Yves Burgy.

Franck Stassi

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