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Quotidien des Usines

"Défendre l'industrie, c'est défendre l'emploi"

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débat

Défendre l'industrie, c'est défendre l'emploi

Après les présidents de fédération, « L’Usine Nouvelle » organise un débat inédit entre les principaux syndicalistes de l’industrie: CFDT, CGT, FO, CFTC et CFE-CGC. Ils sont de toutes les réunions, dans les grands ministères comme dans les territoires, pour faire entendre leur voix. Leur credo commun? Défendre l’industrie, c’est défendre l’emploi. Et surtout pas s’attaquer bille en tête au coût du travail.

Faut-il une nouvelle politique industrielle de la France?

Henri Catz (CFDT). Une politique industrielle conçue avec une vision européenne est fondamentale. Il faut éviter le dumping social et fiscal à l’intérieur de l’Europe, ce qui demande une solidarité entre les Etats. Cela implique un engagement fort de l’Etat, même si on ne lui demande pas d’être un opérateur industriel. Il y aura des choix difficiles à faire. Surtout, il va falloir recréer une culture industrielle. Par ailleurs, il faut un véritable dialogue au niveau national, mais aussi dans l’entreprise. Les industriels doivent accepter de débattre de leur stratégie avec les institutions représentatives du personnel. C’est ça, un vrai dialogue social!

Jean-Michel Cerdan (CFTC). Il faut initier des régulations sociales entre les différents Etats. Cela implique une politique industrielle concertée et partagée avec les instances de contrôle dans de multiples secteurs comme l’énergie, les NTIC et le développement durable.

Pascal Pavageau (FO). Notre vision est très keynésienne. Le rôle de l’Etat est d’impulser, de coordonner et, le cas échéant, d’être un bouclier face aux aberrations de l’Europe, notamment sur le tout-concurrence, y compris entre les Etats membres. Des projets comme EADS ont de plus en plus de mal à exister! L’Etat a aussi un rôle essentiel à jouer dans l’emploi industriel. Il doit développer et aider les entreprises qui sont en ce moment en difficulté du fait de la crise, mais il doit aussi soutenir, au-delà même de la crise, les entreprises qui sont en phase de démarrage. Les banques ne prêtent plus aujourd’hui, il revient donc à l’Etat d’aider à l’investissement, à la création et à la pérennité d’emplois.

Bernard Devert (CGT). Il y a urgence à avoir une politique industrielle en France et en Europe. La relance passe par l’innovation mais notre recherche est en chute libre. La France est loin d’atteindre l’objectif européen d’investissement de 3% du PIB. Pour cela, il faudrait passer d’un financement de 25 milliards à 33 milliards d’euros. Le budget formation, lui, est en recul par rapport au PIB. Quant à la structuration de notre industrie, la comparaison avec l’Allemagne est révélatrice: l’effectif moyen des PME y est de 450 salariés quand, en France, il tourne autour de 150. Beaucoup de nos PME n’ont pas d’accès aux financements. De plus, les grands groupes se déchargent de plus en plus sur elles. Ils leur demandent d’investir, de financer la recherche… D’être des sous-traitants, mais aussi d’avoir un bureau d’études et des équipements clés en main. Ce qui fait qu’aujourd’hui, Peugeot ou Renault ne paient que 5 à 10% d’une voiture. Il ne faudrait pas laisser les grands groupes faire la politique industrielle des territoires. Autre phénomène, contrairement à l’Allemagne, l’industrie française s’est écroulée sur le marché international. On est tous d’accord sur ce constat, y compris le patronat.

Faut-il agir sur le coût du travail pour éviter le transfert d’une partie de l’industrie à l’étranger?


Pascal Pavageau (FO). Réduire le problème de l’industrie française au coût du travail pour aboutir à la baisse des salaires conduirait à un échec des états généraux de l’industrie et à un casus belli pour nous. Avec les pays émergents ou nos voisins, la concurrence n’est pas que sur les salaires. Il y a aussi la fiscalité. Le rôle de l’Etat, c’est justement de mettre en oeuvre des politiques qui feront que l’on a envie d’investir en France: par le développement des compétences, par de bonnes infrastructures, par une fiscalité attractive. Le débat a été posé avec la taxe professionnelle. Henri Catz (CFDt). Derrière le coût horaire, il y a aussi la productivité. L’Allemagne a prouvé à une certaine époque qu’elle pouvait avoir une industrie forte avec des salaires élevés. Ce qui compte pour un patron, ce n’est pas le coût du travail mais la compétitivité de ses produits au niveau international. Si les produits sont à plus forte valeur ajoutée, on peut y intégrer des compétences qui coûtent plus cher de manière parfaitement justifiée.

Bernard Devert (CGT). Je suis d’accord. D’abord parce que ce n’est pas le taux horaire qui compte, mais le coût horaire unitaire, qui inclut les charges. Cela a été dit clairement dans la commission permanente de l’industrie, à laquelle participent les patrons de fédération. Ensuite, dans l’industrie manufacturière, la part «sociale» représente 20%du produit vendu. Dans l’automobile, elle compte pour 9% en France et pour 11% en Allemagne. Dans l’informatique, c’est 6%. Le coût social n’est pas le vrai problème. Surtout qu’en Chine, il monte. On trouve désormais là-bas des ingénieurs d’Alcatel qui ont le même salaire qu’en France. L’attrait des délocalisations, c’est aussi la fiscalité et l’accès aux fonds publics.ATaïwan, on peut avoir une usine neuve clés en main grâce aux subventions. Dans ce cas-là, le financier 11 prend le dessus sur le social.. Les pouvoirs publics doivent pousser les grands industriels à changer leurs pratiques. Aujourd’hui, ils disposent de 178 milliards de fonds propres alors que les pouvoirs publics distribuent 95 milliards d’exonérations et d’aides à l’emploi. Il faut les responsabiliser.

Jean-Michel Cerdan (CFTC).
Le problème, c’est qu’à la tête de nos champions nationaux, onamis des financiers et pas des industriels. Je pense à EdF, où le corps social ne suit plus. Dans les centrales, seul le rendement comptait, avec parfois des dirigeants totalement ignorants du fonctionnement et des technologies. C’est pour cela que nous militons pour une cogestion avec les salariés. L’actionnariat salarié devrait disposer d’une minorité de blocage.

En quoi l’implication des salariés dans la gouvernance assurerait une meilleure performance de l’industrie ?

Bernard Devert (CGT). Les dirigeants ont leur responsabilité, nous ne la remettons pas en cause mais ils ont besoin d’avoir en direct des gens qui leur parlent de ce qui se passe dans l’entreprise. Car, avec les nouveaux modes de gestion par objectifs, tout le monde ment pour les atteindre. Aujourd’hui, on ne sait plus collaborer, avoir une visionde long terme. Est-ce qu’on aurait encore l’ambition, la capacité, de lancer un grand programme européen comme EADS? C’est là qu’on voit qu’on a laissé tomber une politique industrielle. L’impulsion de l’Etat en lien avec les grands groupes est fondamentale.

Henri Catz (CFDT). Il ne faut pas être trop ambitieux, on ne va pas prendre le pouvoir et changer radicalement les choses, mais on va éviter les décisions brutales.

Réduire le problème de l'industrie française au coût du travail, ce serait un échec des états généraux. Ce serait pour nous un casus belli.

Pascal Pavageau, secrétaire confédéral de FO en charge de l'économie

C’est vrai dans les entreprises et dans les différents instruments publics. Je suis le représentant de ma confédération au conseil d’orientation stratégique du FSI [Fonds stratégique d’investissement, ndlr]. Les partenaires sociaux ont demandé à ce que les investissements soient fondés sur une vision stratégique autour de secteurs structurants pour la nation et avec une politique d’investisseur responsable. Cette vision est encore en cours de construction car il a fallu répondre dans l’urgence. Mais on va dans la bonne direction.

Pascal Pavageau (FO). Il est urgent que l’Etat définisse sa politique industrielle d’avenir. Il n’appartient pas aux organisations syndicales de le faire seul. Mais elles doivent vérifier que les outils la servent bien. Nous demandons une banque nationale pour l’industrie, mais nous ne voulons pas la cogérer. Aujourd’hui, avec le FSI, on a un sentiment de saupoudrage, avec la volonté d’accélérer les prises de participations pour ne pas se faire taper sur les doigts par le président Sarkozy.

Jean-Michel Cerdan (CFTC).
Un seul exemple, le coefficient de disponibilité des centrales nucléaires est inférieur à 77%. Ce n’est pas normal. C’est une situation que nous avions vu venir. Nous avons alerté sur cette dégradation. Nous sommes allés voir la commission Champsaur, les pouvoirs publics, le président d’EdF et les directions managériales de la production. Aujourd’hui on semble s’en étonner et le cap a changé.

Jean Conan (CFE-CGC). L’administrateur, qu’il soit élu par les salariés ou par les actionnaires salariés, est précieux lorsqu’il est inséré dans un collectif de travail ou syndical.

Avez-vous les compétences pour être à armes égales face au management?

Henri Catz (CFDT). Il est incontestable que nous avons des compétences à acquérir et que nous devons former nos équipes à assumer le dialogue social. Mais il ne faut pas se faire non plus d’illusion sur les compétences des patrons pour déterminer les priorités, on en a vu se tromper lamentablement.

Jean Conan (CFE-CGC).
La stratégie de l’entreprise est un problème absolument central, mais elle ne va pas être faite par les organisations syndicales, c’est clair. En revanche, les organisations syndicales apportent leur vécu, leur connaissance du corps social, une vision que les dirigeants d’entreprise n’ont pas. On peut regretter que cette composante- là soit largement sous estimée aujourd’hui lorsque les entreprises doivent fermer. Peut-on soutenir tous les secteurs, ceux qui sont en perte de vitesse comme les plus technologiques, porteurs d’avenir?

Peut-on soutenir tous les secteurs, ceux qui sont en perte de vitesse comme les plus technologiques, porteurs d'avenir ?

Henri Catz (CFDT). Il ne s’agit pas d’abandonner des secteurs mais, si tout est prioritaire, on va saupoudrer. On peut déterminer des orientations en nombre limité pour y concentrer de la compétitivité. Mais l’emploi est prioritaire, l’aménagement du territoire aussi. Là, l’Etat peut conserver un rôle d’incitateur plus large. Lorsqu’il intervient dans la R&D, via les aides fiscales, ou dans la formation initiale, il n’est pas sur un secteur.

Bernard Devert (CGT).
C’est une question clé et grave. Les choix peuvent avoir des conséquences à long terme. Il faut penser à l’emploi. Dans l’industrie nucléaire, si on vend des bijoux de famille comme Areva T&D, c’est dangereux car les réseaux intelligents de demain, ce sont eux. Chez les sous-traitants, on nous annonce 46000 suppressions d’emploi au nom de surcapacité en Europe mais, à l’intérieur, il y a des niches porteuses d’avenir. On nous a par exemple expliqué que les fonderies en France, c’était obsolète, terminé. Or on vient de découvrir qu’on a besoin de 10000 personnes bien formées en urgence parce que les fonderies ont évolué sur l’usinage. Il faut faire attention dans le choix des priorités: seuls 10% des emplois de l’industrie sont dans la high-tech. Si on considère que les Chinois vont se contenter de faire ce dont on ne veut pas en France, on va se planter. Car lorsque les activités traditionnelles partent, les bureaux d’études suivent, puis ce sont les centres d’intégration et, à la fin, les labos. Une filière c’est l’ensemble de cette chaîne. On est à la veille d’un nouveau mode de développement mondial, avec d’autres formes de spécialisation par pays et par région. L’hyperspécialisation des tâches au nom de la concurrence telle qu’elle se réalise actuellement fragilise notre potentiel.

Jean-Michel Cerdan (CFTC). Je voudrais donner un exemple, le textile. Faire du tissu au kilomètre, les Chinois peuvent le faire. Mais réaliser des tissus ininflammables, c’est différent, c’est de l’innovation. Notre organisation n’acceptera pas que l’on sacrifie des secteurs.

Sur quels éléments pourriez-vous vous retrouver avec le patronat?

Jean Conan (CFE-CGC). Il faudrait d'abord que patronat cesse d’être le plus bête du monde et cesse de réclamer sans cesse la baisse des charges, car baisser le coût du travail n’est pas la vraie question.

Pascal Pavageau (FO). Les représentants du patronat ne sont pas porteurs de vision stratégique, leur seule volonté est de faire la démonstration que l’abaissement des charges est le seul moyen pour eux de survivre demain.

Les industriels doivent accepter de débattre de leur stratégie avec les représentants du personnel. C'est ça, un vrai dialogue social !

Henri Catz, chargé de mission pour la politique industrielle à la CFDT

Il est paradoxal que l’administration, les experts ou les représentants des personnels soient plus porteurs d’idées pour l’avenir de l’industrie que les principaux concernés.

Bernard Devert (CGT). On est en négociation sur la rédaction d’une lettre commune entre partenaires sociaux pour intervenir auprès des états généraux de l’industrie. On est un peu surpris de constater que le patronat partage à 90% ce qu’on dit sur l’état des lieux et les enjeux. En revanche, c’est sur les solutions que les problèmes se posent.

Propos recueillis par Anne-Sophie Bellaiche, Thierry Del Jésus, Laurent Guez et Nathalie Tran


 

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