Début prometteur : Stéphanie Pitre-Champagnat

Elle développe une gamma-caméra compacte pour la chirurgie

Partager

TESTEZ GRATUITEMENT L'ABONNEMENT À L'USINE NOUVELLE

15 jours gratuits et sans engagement

Début prometteur : Stéphanie Pitre-Champagnat

L'instrument tient dans la main et peut être utilisé par un chirurgien pendant une opération. Sa mise au point est allée de paire avec une étude clinique réalisée par une équipe mixte de médecin et de physiciens.

Stéphanie Pitre-Champagnat a eu la révélation de sa discipline de future chercheuse lors d'un stage à l'université. Ce sera l'instrumentation. Egalement intéressée par la médecine, la jeune femme, aujourd'hui âgée de 32 ans, réussit à concilier les deux domaines lors de sa thèse soutenue en 2002. Son travail de doctorat, effectué à l'Institut de Physique Nucléaire d'Orsay (unité mixte CNRS, université Paris 11), porte sur le développement de POCI, un imageur gamma compact pour la cancérologie. Destiné aux chirurgiens, c'est un nouvel outil d'imagerie médicale utilisable en bloc opératoire pour localiser les lésions tumorales préalablement radio-marquées. Mais la jeune chercheuse ne s'arrête pas au développement de la caméra. Promue responsable scientifique de POCI dès le protoype dans sa version clinique réalisé en 2003, elle met en place une équipe inédite. Elle réunit pour la première fois des physiciens, des médecins et des méthodologistes de l'Assistance publique des hôpitaux de Paris. Un travail collectif pas évident à organiser mais qui lui apporte une vive satisfaction. « Les gens ont rapidement adhéré au projet, se souvient-elle. Et l'ouverture aux médecins est très enrichissante, intellectuellement et humainement ». En collaboration avec l'hôpital Tenon (Paris) elle co-écrit le protocole clinique pour tester l'appareil en conditions réelles. Puis suivent les différentes demandes d'agréments nécessaires pour démarrer les essais. Un investissement récompensé puisque depuis bientôt deux ans, l'imageur est en phase d'évaluation clinique.

D'ici la fin du mois de février 2008, la petite gamma-caméra va être testée sur 200 patientes atteintes de cancer du sein. Elle aidera médecins et chirurgiens à rechercher les ganglions dits sentinelles, les premiers à contenir des métastases en cas d'envahissement.

Stéphanie Pitre-Champagnat

  • 32 ans
  • Doctorat en Physique Nucléaire
  • Chargée de recherche au Laboratoire Imagerie et Modélisation en Neurobiologie et Cancérologie

Ce sont eux que le chirurgien prélève lors de la biopsie. Jusqu'à présents, ils sont localisés par scintigraphie, un examen généralement réalisé la veille de l'intervention chirurgicale et qui utilise un appareil de la taille d'un scanner. Dans ce contexte médical bien défini, Stéphanie Pitre-Champagnat a démontré lors de sa thèse que l'utilisation de sa gamma-caméra miniature pouvait amener des informations supplémentaires dans 50% des cas. Avec un champ de vue de 40 mm et une résolution spatiale de 2,2 mm (contre 6 mm pour les appareils habituels), POCI offre en effet une qualité au moins égale à celle obtenue par les gamma caméras traditionnelles, mais ne pèse que 1,2kg. Grâce à lui, l'examen serait réalisable même dans des structures non dotées de service de médecine nucléaire, plus rapide, et surtout les chirurgiens peuvent utiliser la caméra en salle d'opération pour vérifier que l'ablation des ganglions touchés s'est bien déroulée. « Des avantages qui permettraient de développer le protocole de biopsie du ganglion sentinelle, un acte médical important dans le traitement du cancer du sein » explique-t-elle. Les premiers résultats obtenus après des essais sur 130 patientes sont d'ailleurs déjà encourageants. Médecins et chirurgiens apprécient l'usage de cet imageur. « C'est le fruit de la recherche fondamentale qui a permit d'aboutir à de telles propriétés dans un appareil si compact », souligne la chercheuse. L'électronique et le détecteur de l'appareil sont en effet directement issus des recherches en physique des particules et physique nucléaire.

Désormais chargée de recherche au Laboratoire Imagerie et Modélisation en Neurobiologie et Cancérologie (unité mixte CNRS, universités de Paris 7 et Paris 11), Stéphanie Pitre-Champagnat continue de suivre l'avancement de POCI, et se lance dans de nouveaux projets. Scientifiques d'une part, avec le démarrage de recherches sur un nouvel imageur qui utilisera des technologies très différentes. Et personnels puisque la naissance prochaine de son premier enfant ne devrait pas tarder.


Sonia Pignet

Partager

PARCOURIR LE DOSSIER
LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS