De l’économie linéaire à la voiture circulaire, un moteur d’innovation et de transformation

L’empreinte carbone calculée sur l’ensemble du cycle de vie d’un véhicule sera une réalité demain. Dans cette double tribune, deux experts d’Accenture en France, Thomas Ruaudel, Responsable des activités Développement Durable, et Marc Mechaï, Responsable du secteur Automobile, font le point sur cette révolution verte en marche. Un changement de paradigme soutenu par les évolutions réglementaires, les nouvelles normes et les tendances sociétales, qui mènent à repenser la supply chain, des constructeurs aux utilisateurs en passant par les équipementiers et les fournisseurs.

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De l’économie linéaire à la voiture circulaire, un moteur d’innovation et de transformation

C’est aujourd’hui tout le secteur de l’automobile qui s’apprête à se réinventer. À l’avenir, pour déterminer la performance environnementale d’un véhicule, il faudra prendre en compte l’ensemble du cycle de vie, depuis l’extraction des matières premières jusqu’à sa fin de vie en passant par sa construction et son usage. Et cette révolution est attendue dans un avenir proche. Les réflexions de Bruxelles portent en effet sur 2023. La Commission Européenne évaluera la possibilité de mettre en place, au niveau de l'UE, une méthode commune pour l'évaluation et la communication des émissions générées par les véhicules tout au long de leur cycle de vie et, s'il y a lieu, elle élaborera des mesures de suivi, y compris des propositions législatives.


La loi climat impose d’ores et déjà un degré d’efficacité qui se traduit par des normes WLTP (1) toujours plus drastiques, destinées à mesurer la consommation de carburant et les émissions de CO2 et gaz polluants des véhicules légers, et l’application des indicateurs CAFE (2). L’orientation s’accélère à présent sous les pressions sociétales et des consommateurs. La tendance se traduit déjà dans la communication institutionnelle des constructeurs ou des loueurs. Certains mettent en avant le taux de recyclage de leurs modèles alors que d’autres promettent un arbre planté pour un véhicule électrique loué !


Une analyse globale du cycle de vie


Demain, le cycle de vie de l’automobile sera donc analysé et décrypté dans sa globalité, y compris son mode de financement (achat ou souscription), sa distribution, son usage, son entretien à travers le recours aux pièces d’échange standard ou d’occasion, jusqu’à son recyclage. L’usage d’un véhicule sera aussi étudié pour être optimisé. L’empreinte carbone par utilisateur en sera alors réduite. En matière d’usage, la téléphonie mobile avait montré la voie. L’appropriation d’un objet laisse désormais place à son utilisation, d’où l’émergence des solutions de car-sharing ou de souscription promues par les constructeurs.


Pour agir sur l’ensemble du cycle de vie de l’automobile, tous les acteurs de la chaîne de valeur devront coopérer. Un vrai bouleversement s’opère. Car les OEM (Original Equipment Manufacturer) ont commencé à répercuter aux OES (Original Equipment Supplier) leurs impératifs décarbonés. Ces impératifs impacteront l’ensemble des sous-traitants qui s’ils n’apportent pas de solutions décarbonées seront à terme pénalisés ou écartés. Ainsi, c’est toute la chaîne de valeur en amont qui s’apprête à évoluer. L’ensemble des composants qui entrent dans le cadre de l’assemblage et de la fabrication d’un véhicule sera concerné, qu’il s’agisse des ressources et de l’approvisionnement en matières premières comme l’acier, l’aluminium ou le plastique. Cette sélection d’acteurs circulaires et bas carbone a déjà commencé et les leaders ont d’ores et déjà sécurisé l’approvisionnement de matières et de services à faible intensité carbone qui leur conférera demain un avantage compétitif.


Unifier les mesures d’évaluation


Dès lors, le challenge repose sur la capacité à évaluer, de manière homogène et partagée par l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur, la contribution circulaire et climat de chaque intrant qui entre dans la composition et l’usage d’un véhicule. Unifier et standardiser les mesures, tout en évitant les doubles comptages est un défi à relever. Il sera nécessaire de définir les solutions à même de mesurer les émissions en amont et en aval. Des plateformes collaboratives et l’usage de la blockchain permettront de garantir un partage et la transparence des informations.

L’équation s’annonce complexe. En effet, l’estimation intègre des variables fluctuantes : un véhicule utilisé par un seul conducteur ou plusieurs passagers n’aura forcément pas la même empreinte carbone. L’incidence d’un modèle électrique sera aussi différente selon qu’il est utilisé en France (avec une énergie électrique issue à 72% du nucléaire) ou en Allemagne (dont le mix énergétique est dominé par les combustibles fossiles).


Une étude présentée au World Economic Forum et lors du Movin’On Summit, propose deux indicateurs clés qui permettront d’évaluer la circularité de chaque véhicule : le CO2 par km passager et le poids des matières premières d’origine non-circulaire par km passager.


Les fonctions R&D et Achats feront la mobilité décarbonée de demain


Ressources, technologie, supply chain… La notion d’économie circulaire et de mobilité durable est un sujet connexe. La progression vers une économie circulaire implique de progresser simultanément sur 4 axes d’amélioration que sont la décarbonisation de l’énergie, la circularité des matériaux, l’optimisation du cycle de vie et l’optimisation de l’utilisation. Combinés, ils ont le potentiel de faire baisser de 75% les émissions de CO2 et de 80% l’utilisation de matières premières d’origine non circulaire.


Elle suppose d’actionner de nouvelles fonctions clés. Du côté des constructeurs, l’éco-conception fait désormais partie de la R&D et de l’engineering. En cela, l’économie circulaire constitue un formidable terrain d’innovation pour les entreprises. La gestion des achats constitue un second levier majeur. Les solutions de modélisation des coûts se complètent d’une modélisation des émissions de CO2 permettant aux acheteurs d’identifier le poids carbone de leurs achats.

Car si l’approche opérationnelle et logistique en aval peut encore être optimisée, le véritable enjeu se situe bien sur la partie amont. La R&D, l’engineering et les achats feront la mobilité décarbonée de demain.


Dans ce nouveau prisme, les frugalités en carbone et en ressources doivent être abordés de pair. Elle sera le fruit d’une coopération de l’ensemble de la chaîne de valeur. Sachant qu’il faut une génération, soit environ 25 ans, pour transformer une chaîne de valeur, le temps est compté pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris en 2050.


Thomas Ruaudel, Responsable des activités Développement Durable en France, Accenture
Marc Mechai, Responsable du secteur Automobile en France, Accenture


1- Worldwide Harmonised Light Vehicles Test Procedure
2-L’indicateur européen CAFE (Corporate Average Fuel Economy) évalue les performances des constructeurs en matière de rejets de CO2 calculées sur l’ensemble des ventes de VP.

Contenu proposé par Accenture

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