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De l’amiante naturel dans le bitume parisien

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Publié le , mis à jour le 21/06/2016 À 12H36

Une part importante de la voirie de la capitale est polluée par l'actinolite, amiante naturel qui se trouve dans le granulat. Un mauvais tour pour les chantiers actuels et futurs, en attendant de savoir si cette fibre provoque les mêmes dégâts sur la santé que l’amiante industriel. Les exploitants des carrières où sont extraits ces granulats font l'objet d'une vaste campagne de contrôle.

De l’amiante naturel dans le bitume parisien © Phil Beard

Un an de retard pour le chantier d’extension du tramway parisien T3, qui doit être prolongé jusqu’à la porte d’Asnières. La mise en service du tronçon entre la porte de la Chapelle et la porte d’Asnières est repoussée à l’automne 2018. Le coupable : la fibre d’actinolite. Découvert en 2012, cet amiante dit naturel a provoqué un séisme dans le monde des travaux publics et des carrières. Il se trouve naturellement dans les granulats et se disperse lors de travaux sur la voirie.

"La présence d’amiante dans la voirie parisienne est estimée entre 30 et 40% sur l’ensemble des chaussées en bitume, mais 95% de cette amiante est de la fibre d’actinolite, prévient Didier Bailly, directeur de la voirie et des déplacements à Paris. L’amiante industriel provenant de la chrysotile, qui permet d’augmenter la durabilité des enrobés [les revêtements routiers, ndlr], concerne moins de 5% des surfaces amiantées."

En effet, l’amiante industriel très dangereux pour la santé a été utilisé très longtemps, notamment dans le BTP et les travaux publics – pour la voirie sur des carrefours et des axes très fréquentés pour solidifier l’enrobé -, provoquant une véritable crise sanitaire. Son usage est interdit en France depuis le 1er janvier 1997 par le décret n° 96-1133 du 24 décembre 1996 relatif à l'interdiction de l'amiante, pris en application du code du travail et du code de la consommation.

Une facture salée

Et voilà qu’un amiante dit naturel remet le sujet sur la table. L’actinolite a été découvert en 2012 dans les granulats et le principe de précaution s’est appliqué au même titre que pour les autres types d’amiante. "Dès qu’on exerce une action mécanique, il peut y avoir émission de fibre", précise-t-on à la Mairie de Paris. Et donc les règles relatives à l’amiante s’appliquent avec la protection du personnel et des mesures relatives à l’empoussièrement. Aujourd’hui, il est trop tôt pour savoir si l’actinolite est réellement dangereux pour la santé.

La facture est déjà salée, entre les suspensions de travaux, la protection des salariés et l’enfouissement des déchets dans des centres de classe 1 (déchets dangereux). A Paris, la direction de la Voirie estime que les surcoûts engendrés par la découverte d’amiante naturel sur un chantier peuvent en doubler le coût quand il s’agit de changer le tapis dans une rue. Pour le chantier du tram sur le boulevard des Maréchaux, l’incidence est plus diluée en raison de la dimension de l’ouvrage et du montant des investissements (211 millions d’euros en 2012). "Elle renchérit le coût du chantier de 5 à 10%", précise Didier Bailly. Surtout, la découverte de cette fibre étant récente, elle n’a pas été recherchée au départ du chantier, ce qui provoque cet important retard. Depuis, les vérifications sont faites en amont. Et "les techniques de repérage ont permis de bien progresser et d’accélérer la détection pour certains enrobés. Le sujet est maintenant mieux connu", se réjouit Kamel Bahri, chef du Bureau de prévention des risques professionnels.

Des risques même sans amiante

Mais durant la campagne d’identification des zones à risque dans les carrières d’où sont extraits les granulats, accompagnée par le Bureau de recherche géologiques et minières (BRGM), un nouveau problème a surgi : celui de l’identification de cet amiante. Car les fibres d’actinolite ressemblent à s’y méprendre à certains fragments de clivage de leurs homologues non amiantiformes. D’où la multiplication de résultats contradictoires sur la présence d’amiante dans certaines zones. Or la législation française, l’une des plus sévères au monde, ne fixe pas de seuil. Le moindre doute déclenche le protocole amiante

Plus grave, il pourrait y avoir un risque même en l’absence d’amiante. "Il existe actuellement des incertitudes sur la toxicité induite par les fragments de clivage", reconnaît l’Agence nationale de la santé (Anses) dans un avis rendu en décembre. Si les déchets du BTP, qui représentent 70 % des déchets et dont 70 % devront être valorisés d’ici à 2020, voient exploser leur taux d’enfouissement en classe 1, il va falloir progresser vite sur l’élaboration d’un procédé de recyclage des enrobés amiantés.

Olivier Cognasse et Myrtille Delamarche

Pour les carrières, "l’impact économique n’est pas significatif", selon Mathieu Hiblot, secrétaire général de l’Union nationale des producteurs de granulats (UNPG)

Quelles sont à ce jour les obligations réglementaires des exploitants de carrières ?
Depuis 2013, les carrières font l’objet d’une surveillance suite à l’alerte du BRGM. Un protocole a été défini, qui demande aux exploitants de mettre en place une procédure de levée de doute, comprenant différents contrôles. Un travail réalisé par le BRGM a permis de cartographier les zones potentiellement concernées. A ce jour, sur les 2600 carrières produisant des granulats, 50 ont été identifiées, dont 39 font l’objet d’un suivi actinolite.

Quelles sont les conséquences économiques pour le secteur ?
Avec 39 carrières suivies sur 2600 sites, l’impact économique n’est pas significatif. D’autant plus que ces sites sont vastes, qu’il est possible d’isoler la zone à contrôler et de poursuivre l’activité par ailleurs. Parmi celles accompagnées par le réseau de géologues-experts du BRGM, dans un certain nombre de cas les doutes ont été levés, dans d’autres cas des contrôles sont actuellement faits par des laboratoires agréés.

Il y a eu de nombreux résultats négatifs et c’est une bonne nouvelle. Mais y a-t-il eu des résultats positifs ?
A notre connaissance, il y a eu une seule suspension le temps du contrôle, mais l’activité a repris depuis. Ailleurs, les campagnes de 3 mois se succèdent. Les contrôlent avancent au fil de la cartographie du BRGM.

Propos recueillis par Myrtille Delamarche

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