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DCNS sur la piste de rapprochements européens, mais pas avec STX

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Hervé Morin invite de nouveau le groupe naval de défense à approfondir ses coopérations à l’échelle européenne. Si les discussions avec l’Allemand TKMS n’avancent pas, la donne est plus ouverte avec les Polonais. Un rapprochement capitalistique avec les chantiers de Saint-Nazaire n’est plus d’actualité.

DCNS sur la piste de rapprochements européens, mais pas avec STX © Matthieu Maury

Les entreprises citées

Relance du mouvement de consolidation de l’industrie navale militaire européenne. Le dossier traîne dans les bureaux de DCNS depuis plusieurs années, le ministre de la Défense incite une nouvelle fois à le faire avancer. La semaine dernière, à Lorient, à l’occasion du lancement de la construction de la deuxième frégate FREMM (baptisée Normandie) à destination de la Marine Nationale, Hervé Morin a souligné l’importance d’approfondir les coopérations européennes, notamment par des évolutions capitalistiques.

« Il faut accepter les dépendances mutuelles avec l’idée d'abandonner, au niveau européen, un certain nombre de compétences, lance le ministre, en insistant sur la forte concurrence mondiale, alors que les Européens sont eux-mêmes fragmentés. Sans nouvelles coopérations, il y aura des lendemains difficiles. »

TKMS au point mort, perspectives polonaises

Concrètement, les discussions avec le rival historique, l’Allemand TKMS, sont au point mort. « Pour un mariage ou pour des fiançailles, il faut être deux. Nous sommes ouverts et prêts à discuter. Ce qu'il faut, c'est qu'en face nous ayons des entreprises qui aient aussi envie de discuter », avertit le locataire de l’hôtel de Brienne. Autres partenaires possibles : l’Italien Fincantieri (qui participe au programme FREMM), l’Espagnol Navantia (qui collabore sur le sous-marin Scorpène) ou encore les chantiers polonais (comme Gdansk ou Gdynia). Ces derniers semblent les plus intéressés. Il s’agirait de nouer des partenariats industriels en profitant du renouvellement des navires de surface et des sous-marins de l’armée polonaise. DCNS avait d’ailleurs travaillé avec le chantier de Gdansk sur les deux premiers BPC (Bâtiments de Projection et de Commandement).

STX plus d’actualité

En revanche, l’idée d’un rapprochement capitalistique avec STX France, les anciens Chantiers de l’Atlantique de Saint-Nazaire et de Lorient, n’est plus d’actualité. Elle avait été (re)soulevée par Nicolas Sarkozy il y a plus d’un an et trouvait écho dans la nomination de Patrick Boissier (président des chantiers nazairiens de 1997 à 2006) à la tête du groupe public (détenu à 25 % par Thales). Certains salariés de STX voyaient l’opération d’un bon œil, au moment où le dernier grand constructeur civil français manque dangereusement de commandes. Pour le patron de DCNS, il y a « beaucoup de synergies. Avec le troisième BPC, nous sommes par exemple arrivés au meilleur montage industriel possible. Nous développons nos relations pour partager nos méthodes et nos pratiques. De là à imaginer un rapprochement capitalistique, il y a un pas qui n'est pas franchi. »

DCNS en pivot central

Rappelant que l’objectif tient une bonne place dans le mandat de Patrick Boissier, Hervé Morin estime que DCNS doit être le pivot central de la recomposition du paysage européen de la construction navale de défense. Et en possède les atouts : savoir-faire, technologies, outil industriel et commandes de la Marine Nationale. Pour autant, le ministre de la Défense précise que l’entreprise doit « améliorer sa compétitivité pour être la plus attractive possible ». Dix mois après son arrivée, Patrick Boissier tentera de répondre à ces attentes fin octobre, début novembre, lors de la présentation de ses orientations stratégiques. Un plan déjà baptisé « Championship ».
 

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1 commentaire

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14/10/2009 - 20h54 -

Le rapprochement avec les Polonais n’a qu’un avantage limité. Certes, l’apport de commandes de corvettes, de deux Scorpène ou le lancement du sous-marin côtier Andrasta seraient un bon point. Mais ce n’est que du court terme. Il faudra bien occuper cet arsenal polonais, l’alimenter en commandes. Et quel place pour cet établissement dans le groupe DCNS ? On trouverait peut-être là un écho aux discours sur la valeur ajoutée des sous-marins et la perte d’importance dans les bénéfices de la construction de navire de surface. Alors de là à imaginer que l’arsenal polonais pourrait réduire la facture des programmes navals sur la construction des coques, c’est une possibilité. La relance du programme de remplacement des navires de ravitaillement pourrait être un indice. Les Britanniques imaginaient jusqu’à en délocaliser une partie de la construction en Corée du Sud pour baisser la facture. La France s’était approché de ce programme britannique, appelé MARS. Et on n’est même pas assuré de la valeur ajouté diplomatique de l’arsenal polonais. Quand DCNS a conduit le programme Scorpène avec Navantia, le carnet d’adresses n’a pas été désagréable au vu des portes qui se sont ouvertes en Amérique Latine. On comprend que TKMS ne soit pas pressé. Malgré la taille relative de la marine allemande, les chantiers allemands cartonne dans le monde : MEKO, Type 209 et 214 sont les produits les plus vendus au monde. Alors à ce moment-là, pourquoi négocier avec les Français qui ont un marché domestique plus gros, une puissance financière plus grosse et qui ont plus à gagner que les Allemands ? On comprend moins le non-rapprochement avec STX. Certes, marier le civil et le militaire n’est pas évident au premier abord. Mais c’est bien ce que les Italiens ont fait. Et les avantages sont assez évidents en période de crise. Les différences cycliques entre les marchés militaire et civil font tourner les corps de métier quoi qu’il arrive, rationalisent les sous-traitants (et les font grandir tant qu’à faire) et peuvent permettre de rentabiliser plus vite de nouvelles solutions technologiques. Et d’autant plus que STX est le seul chantier ayant la taille de fabriquer un porte-avions par exemple (la version non-tronquée). En parlant des Italiens, le rapprochement avec ces derniers interdirait à DCNS de s’allier dans le civil français. On aurait à coup sûr la Commission européenne qui empêcherait le rapprochement pour garder une certaine concurrence. Ce n’est pas le plus cité, mais c’est peut être le plus réalisé dans les faits : programme FREMM, Horizon, Aster, etc… Les programmes franco-italiens s’accumulent et plaident plus que tout autre rapprochement. Mais ce rapprochement était censé être fait, TTU rapportait que la convergence entre Berlusconi et notre Président était tel que le rapprochement était déjà acté. Peut-être que les Italiens sont trop Américains… Enfin, les Espagnols de Navantia. Les plus compromis, ils ont commis le crime de la déloyauté. Dans le programme Scorpène lancé en commun, il devait en adopter 4 pour l’Armada. En fait, ce ne sera jamais le cas. La version pour la marine espagnole sera de « conception » espagnole, le S-80, avec un système de combat américain, un système AIP en partie américain et, jusqu’à peu, avec des Tomahawk américains. Ces derniers viennent d’être annulés comme le rapporte le portail des sous-marins. Justement cette annulation des Tomahawk serait-elle un signe ? La coopération avec Navantia d’ailleurs n’est pas la seule coopération, puisque Nexter s’est allié à un groupe espagnol pour proposer le VBCI à l’Espagne. Mais pour quoi faire ? Sur les sous-marins, la pilule passe mal avec le S-80. On voit mal DCNS repartager dans ces cas-là le programme Scorpène. Les frégates F100 évite tout programme commun de frégates, la France ayant déjà développé les FREMM et les Horizon. Il y aurait le conflit entre BPC et BPE. Il ne reste plus que le programme BAM (fourniture de 14 navires de souveraineté dont 3 gréer en navire de soutien de plongé et navire océanographique) pour occuper ce rapprochement.
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