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L'Usine Aéro

DCNS submerge l’allemand TKMS sur le marché naval

Hassan Meddah , , , ,

Publié le

Diversification accélérée dans les navires de surface, percée sur le marché des sous-marins conventionnels, solide carnet de commandes...DCNS est désormais mieux placé que son grand rival allemand TKMS pour mener la consolidation des chantiers européens de naval de défense.

DCNS submerge l’allemand TKMS sur le marché naval © D.R. - DCNS

Patiemment, l'expert naval DCNS tisse sa toile et attend son heure. Le groupe vient d'annoncer la création d'une société commune avec les chantiers navals Piriou basé à Concarneau (Finistère) pour attaquer le marché prometteur des navires publics affectés aux missions de sécurité et de surveillance. Tout en continuant de développer son activité première de fabricant de frégates et de sous-marins, il poursuit tambour battant sa stratégie de diversification dans les petits navires de surface (corvettes, patrouilleurs…) ou les énergies marines renouvelables. Avec un succès indéniable.

DCNS en 5 chiffres

Chiffre d'affaires, en euros : 2,6 milliards
Carnet de commandes, en euros : 14,2 milliards
Part de l'Etat dans le capital : 65%
Effectif : 13 000 salariés
Investissement en R&D : 10% du chiffre d'affaires (250 millions d'euros)

TKMS en 4 chiffres

Chiffre d'affaires, en euros : 1,5 milliard
Carnet de commandes, en euros : 7 milliards
Part de l'Etat dans le capital : 0%
Effectif : 3 600 salariés

Trois années de progression du chiffre d’affaires (2,6 milliards d’euros en 2011), 14,2 milliards de commandes en soute, soit cinq ans d’activité, et même jusqu’à dix ans de travail pour le site de Lorient grâce aux onze frégates multi-missions commandées par la Marine Nationale ; sans compter une commande de près d’un milliards qui pourrait venir d’Arabie Saoudite dans les prochaines semaines…
Le PDG de DCNS, Patrick Boissier, est en position de force pour mener une consolidation du secteur naval de défense que tout le monde sait inévitable en Europe pour espérer faire le poids face aux champions qui émergent en Corée ou en Chine.

"L'Europe ne peut plus se payer le luxe de développer simultanément 6 programmes de frégates, 4 programmes de sous-marins, 3 programmes de torpilles...Il faudra d'une manière ou d'une autre qu'il y ait une rationalisation en Europe. Mais pour se rapprocher il faut être deux. Aujourd'hui, force est de constater que nous n'avons pas en face de nous des partenaires désireux de faire des rapprochements", a réaffirmé Patrick Boissier lors de son audition le mercredi 5 décembre devant la commission de la défense nationale et des forces armées de l’assemblée nationale. Selon lui, l'Europe ne peut pas rester divisée comme elle l'est aujourd'hui. Aux Etats-Unis, 4 grands acteurs se partagent un marché de 10 milliards d'euros par an; en Europe, il y a au moins 15 acteurs majeurs pour un marché inférieur à 8 milliards d'euros.

"Notre stratégie nous permet d'être dans la meilleure position possible pour faire face aux mouvements de consolidation qui seront inéluctables un jour ou l'autre. Pour cela, nous voulons nous développer pour dépasser la taille critique et améliorer notre performance pour être dans la meilleure position de solidité financière possible", expliquait-il récemment à l’Usine Nouvelle en amont du dernier salon Euronaval.

Rapport de force

Face à lui, son grand rival TKMS, la division marine du géant allemand de l’acier ThyssenKrupp (49 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour un effectif de 170 000 salariés). Si le rapport de force était plutôt équilibré ces dernières années, la situation tourne aujourd’hui en faveur du français avec un chiffre d’affaires presque deux fois supérieur à l’Allemand qui totalise 1,5 milliard d'euros de ventes depuis qu'il a cédé en février 2012 ses chantiers civils au fonds d’investissement britannique Star Capital Partners.

Mais au-delà du rapport de taille, DCNS est en train de prendre l’ascendant sur son rival allemand.

Sa percée sur le marché des sous-marins conventionnels, auparavant un point fort de TKMS (l’activité pèse pour près de 70 % de son chiffre d’affaires), est à ce titre exemplaire. "Avant TKMS décrochait les deux tiers des commandes sur le marché mondial et nous un tiers. Aujourd’hui c’est l’inverse", indique-t-on chez le français. Si TKMS a remporté des contrats en Turquie et en Israël, le groupe français a multiplié les références à l’international (Chili, Inde, Malaisie, Brésil, etc.) avec sa gamme de sous-marins Scorpene.

 

 

Pour opérer un tel renversement, DCNS a joué sur plusieurs leviers. Débarrassé de son statut d’administration au début des années 2000 pour devenir une société de droit privé, il est devenu plus agressif sur le terrain commercial. "Nous avons repris le contrôle de notre force commerciale à l’international. L’entrée de Thales au capital DCNS (à hauteur de 25 % en 2007, puis à 35 % fin  2011 – NDLR) a également agi comme un booster pour les ventes", explique un cadre du groupe.

Atout technologique

DCNS use également doublement de l’arme technologique. Fabricant des sous-marins nucléaires - contrairement à TKMS - il fait bénéficier à ses sous-marins conventionnels Scorpene de ses technologies de discrétion acoustique. Mais la technologie est également une arme commerciale : DCNS assume sa politique décomplexée en matière de transferts de technologies. Au terme de son contrat avec le groupe français, le Brésil saura fabriquer ses propres sous-marins. Lors de la vente de six sous-marins à la marine indienne, DCNS a transféré à son partenaire local MDL la technologie pour réaliser des coques étanches de sous-marins.

"Il n'y a quasiment plus de contrats qui se gagnent sans faire de transferts de technologies. Vous ne pouvez pas vendre en Inde ou au Brésil si vous n'acceptez pas que ces pays se dotent de leur propre industrie. Quand un client veut acquérir une technologie et si cette technologie est détenue par au moins deux fabricants, il l'acquerra forcément. Soit vous êtes celui qui fait le transfert. Vous en tirez alors un bénéfice tout en le contrôlant, par exemple grâce à des accords de zones de commercialisation. Soit vous refusez. Vous n'en tirez aucun bénéfice, aucun contrôle, mais un nouveau concurrent", confiait Patrick Boissier à l’occasion du dernier salon Euronaval. 

TKMS, lui, est passé par des temps difficiles. La revente compliquée de ses chantiers navals civils avec le désistement du repreneur Abu Dhabi Mar en 2011 après deux ans de négociation, a largement monopolisé l’attention de l’équipe dirigeante. Sur le segment des navires de surface, il subit une concurrence encore plus nombreuse du fait des nombreux acteurs sur ce marché (BAE Systems au Royaume-Uni, Damen aux Pays-Bas, Fincantieri en Italie, etc.). la vente de deux frégates armées et équipées aux autorités algériennes l’été dernier lui a apporté une bouffé d’oxygène à l’Allemand, sevré de contrats.

Rapprochement en vue sur les torpilles

Sur les neuf premiers mois de l’exercice 2011/2012, les ventes de TKMS ont reculé de plus de 25%. Au point qu’en France, certains imaginent, du côté du ministère de la Défense, que le durcissement du marché pourrait faciliter un rapprochement entre TKMS et DCNS qui tournerait désormais à l’avantage du Français. Ce ne fût pas toujours le cas.

Lors de la dernière tentative pour rapprocher leurs activités de sous-marins, DCNS avait refusé le schéma envisagé par son rival. "La seule proposition de coopération formulée il y a quelques années consistait à ce que DCNS se concentre sur la fabrication de sous-marins nucléaires et abandonne la construction de sous-marins classiques à ThyssenKrupp qui lui sous-traiterait la fabrication de coques. Cette proposition était tout à fait inacceptable !", expliquait ainsi Jean-Marie Poimboeuf président du Gican (groupement des industries de construction et activités navales) lors de son audition devant les sénateurs en mars 2011.

L’Allemand n’est toutefois pas aux abois. Il affiche encore un carnet de commandes record évalué à 7 milliards d’euros. Il doit livrer quatre frégates de type F125 à la marine allemande entre 2016 et 2018 pour un montant de 2,3 milliards d'euros. Et la commande de sous-marins par la Turquie va faire travailler les chantiers de Kiel sur la mer Baltique pour plusieurs mois.

Pour l’instant, plutôt qu’un grand mariage, les deux grands rivaux préfèrent nouer des flirts moins engageants. Ils envisagent de regrouper durant le premier semestre 2013 leurs activités de torpilles dans une société commune détenue à part égales par DCNS et l’allemand Atlas, filiale elle-même de TKMS à 51% et d’EADS à 49%. Un premier début.

Hassan Meddah

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