Dans son centre R&D de Lyon, Bayer veut concilier innovation et transparence sur ses pesticides

Bientôt numéro un mondial de l’agrochimie, avec le rachat de Monsanto, le groupe allemand Bayer a inauguré un centre d’innovation pour mieux collaborer sur son site R&D de La Dargoire, près de Lyon. Et promet plus de transparence sur ses molécules.

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Dans son centre R&D de Lyon, Bayer veut concilier innovation et transparence sur ses pesticides

Aux portes de Lyon, le site de La Dargoire abritait, il y a une quinzaine d’années, le leader mondial de l’agrochimie, Rhône-Poulenc Agro. Depuis, le site est passé sous pavillon allemand : détenu par le pharmacien-chimiste Bayer, dont la division CropScience est devenue le numéro un des pesticides en France, et dans le Top trois mondial. Bientôt, Bayer sera même le leader mondial des produits de protection des plantes, des semences et des OGM. Car le groupe allemand a décidé de s’emparer de Monsanto - une acquisition sur laquelle enquête la Commission européenne avant de donner son feu vert - , "avec l’ambition de construire un champion européen pour l’agriculture, et contrebalancer les géants américain et chinois qui vont se créer", assure Frank Garnier, le président de Bayer France, allusion à la concentration mondiale en cours dans l’agrochimie.

Un investissement de 2 millions d’euros

Mais pour consolider sa position de numéro un du secteur, Bayer devra innover. Or la pression réglementaire se fait de plus en plus forte en Europe, avec un nombre croissant de pesticides et de molécules chimiques interdits ou mis sur la sellette, comme le glyphosate, tandis que les nouvelles technologies explosent à travers le monde, à travers l’Agtech ou les nouvelles techniques d’obtention de plantes (NPBT).

D’où l’impossibilité d’y parvenir seul, reconnaît Adrian Percy, le directeur de la R&D mondiale de Bayer CropScience. Seul site de recherche privé dédié à la protection des cultures dans l’Hexagone, avec 220 chercheurs, la Dargoire vient donc d’institutionnaliser son ouverture à l’extérieur, en inaugurant un "centre d’innovation" le 17 novembre. Soit deux millions d’euros d’investissement, et environ 300 000 euros de budget annuel. Un concept déjà initié par Bayer en Allemagne et aux Etats-Unis.

Accueillir les parties prenantes, puis des start-up

Les peintures sont encore toutes fraiches dans ce bâtiment blanc lumineux où un chercheur de Bayer a été détaché à plein temps, et trois collègues –en biologie, chimie et biochimie – à mi-temps. Dans l’immédiat, il sera donc surtout un lieu d’accueil des parties prenantes (agriculteurs, politiques, grand public…) et des partenaires : entreprises, universitaires, académiques (un laboratoire mixte accueille déjà le CNRS).

Mais Bayer ambitionne aussi d’y héberger des start-up aux technologies complémentaires des siennes, notamment dans le numérique pour l’aider à analyser les considérables quantités de données générées par ses machines et robots, omniprésents dans les laboratoires de biologie et de chimie de La Dargoire. Ici, 30 000 molécules sont passées au crible chaque année, afin de mettre au point de nouveaux fongicides s’attaquant aux champignons, y compris des solutions moins toxiques que les pesticides. Sont ainsi testés des produits naturels ou de synthèse permettant de doper les défenses immunitaires des plantes.

Publier le résumé des études sur la sécurité de ses produits

De ce centre d’innovation, Bayer espère aussi faire un lieu de communication, à l’heure où la méfiance voire la défiance vis-à-vis des produits phytosanitaires ne cessent de grimper, et que les ventes souffrent sur le marché européen. En tant que futur leader mondial du secteur, il promet de jouer la "transparence". A La Dargoire, technologies et recherches à l’appui, ses chercheurs s’efforcent de désamorcer les inquiétudes suscitées par l’emploi de leurs produits, et stopper le développement de ceux générant un impact négatif sur l’environnement et la santé.

Le groupe s’engage d’ailleurs à publier dès le mois prochain des résumés des études portant sur la sécurité de ses substances actives, sur un site internet public. En attendant, l’an prochain, la publication des études entières… dont il est néanmoins moins clair de savoir si elle sera ouverte à tous. Une pratique initiée dans l’industrie pharmaceutique, mais une première dans le monde de l’agrochimie, se félicite Adrian Percy. En cas de rachat par Bayer, Monsanto devra aller dans le même sens. Or pour l’instant, l’industriel américain est englué dans l’affaire des Monsanto Papers

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