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L'Usine Santé

Dans le sillage de Withings, racheté par Nokia, 49 pépites françaises de l'e-santé à découvrir

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Chercheurs, ingénieurs et développeurs web ont pris le virage numérique de la santé. En pleine effervescence, l’écosystème français se structure peu à peu. Trop tard pour Withings, en train de se faire racheter par le finlandais Nokia? L'Usine Nouvelle est partie à la recherche des pépites de demain: 50 start-up à découvrir.

Dans le sillage de Withings, racheté par Nokia, 49 pépites françaises de l'e-santé à découvrir © Christian Morel/Inria

En janvier, au Consumer electronics show (CES) de Las Vegas, l’incontournable rendez-vous mondial de la high-tech, les pépites françaises de l’e-santé étaient venues en force. Parmi elles, Auxivia, Care Labs, MyBiody, FeetMe… Ces start-up s’inscrivent dans le sillage de Withings, fondé il y a huit ans et qui compte devenir le leader mondial des objets et services connectés en santé. Elles ont la même ambition : utiliser les potentialités du numérique pour révolutionner un secteur très traditionnel. Les promesses sont gigantesques. Améliorer le parcours de soin en facilitant le suivi à distance des malades chroniques et désengorger les hôpitaux tout en faisant faire des économies aux systèmes de soins. Promouvoir l’activité physique et diminuer les décès prématurés liés à la sédentarité. Perfectionner le diagnostic, réduire les déserts médicaux grâce à la télémédecine…

Des opportunités dont veulent se saisir des entrepreneurs de toute la France, comme le prouve notre sélection de 100 start-up innovantes créées il y a moins de dix ans. Leurs profils sont hétérogènes : jeunes diplômés de Polytechnique, chercheurs d’instituts de recherche d’excellence comme l’Inria, médecins issus d’un système hospitalier mondialement reconnu, geeks passionnés par la santé, ou encore parents contraints d’innover face à la maladie de leur enfant… Leurs solutions ? Des applis smartphone ou des plates-formes web reposant sur des algorithmes et conçues pour rassurer ou rapprocher les patients des médecins ; des serious games et des outils favorisant le suivi des traitements et améliorant les soins à l’hôpital ; des objets connectés évaluant en temps réel votre état de santé ou votre bien-être… L’an passé, l’ancien ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy s’est, lui aussi, lancé dans l’aventure avec un partenaire pour fonder Honestica, une start-up censée concrétiser le dossier médical numérique partagé, initié par son ministère en 2004.

Collaborer pour construire une filière

Restent de nombreux obstacles à franchir. Comme le rappelle, annoncé ce 26 avril, le passage sous pavillon finlandais de notre champion français des objets connectés, Withings, que Nokia a décidé de racheter pour 170 millions d'euros d'ici la fin du troisième trimestre. Alors, que faut-il régler dans l'Hexagone? "L’e-santé est polluée par de nombreux développeurs web qui la voient simplement comme une opportunité de marché", estime Enguerrand Habran. Directeur du Fonds recherche et innovation de la Fédération hospitalière de France, il a aussi cofondé New Health, une association visant à soutenir l’innovation en santé grâce aux nouvelles technologies. Il encourage les start-up à faire homologuer leurs produits comme dispositifs médicaux, afin de démontrer leur intérêt pour les patients et faciliter leur éventuel remboursement par l’assurance-maladie. Voluntis, créé par Pierre Leurent en 2001, a entrepris cette démarche. Ses logiciels d’assistance à la prise en charge des maladies chroniques ont séduit les grands laboratoires (Sanofi, Roche, AstraZeneca) ainsi que le premier marché mondial de la pharmacie : les États-Unis. Selon Enguerrand Habran, l’innovation réside également dans la "co-construction". La recette idéale ? Associer les expertises des développeurs, des médecins et des designers, "trois domaines dans lesquels nous figurons dans le top trois mondial !"

A découvrir, notre mur intéractif sur les 50 start-up de la e-Santé 

Un avis partagé par le député Gérard Bapt (PS), le président du groupe d’étude parlementaire Numérique et santé à l’Assemblée nationale. En janvier, il a organisé la première édition des Prix Blaise Pascal de l’innovation technologique en santé pour récompenser des projets numériques favorisant l’accès de tous à la santé publique, la qualité des soins et la coopération médico-industrielle, dans un contexte budgétaire de plus en plus contraint. À ses yeux, la récente loi santé, qui met à disposition les données de santé anonymisées pour la recherche et le développement d’applications, et le programme étatique Territoires de soins numériques constituent des opportunités. Elles permettront de "construire des filières de santé numérique dans un cadre français et européen, afin que nos systèmes de santé ne soient plus dépendants des grands groupes anglo-saxons !"

Passer à l’échelle supérieure

Car la France doit encore rattraper son retard. L’an dernier, elle n’a hébergé que 2 % des opérations de fusions-acquisitions dans la santé connectée, selon une étude de la banque d’affaires GP Bullhound. Fin mars, c’est en Italie, à Milan, qu’IBM a choisi d’investir 135 millions d’euros pour implanter son premier centre européen d’intelligence artificielle, Watson, dédié à la santé. L’action du premier ministre italien, Matteo Renzi, a payé, estime Pascal Sempé, responsable santé Watson d’IBM. Selon lui, la régionalisation de l’organisation des soins dans l’Hexagone offre toutefois l’occasion de tester des projets à grande échelle et de dépasser enfin le stade de l’expérimentation… talon d’Achille de nos start-up de l’e-santé. Pour aider les pépites françaises à bâtir des solutions pérennes, IBM s’est engagé dans le projet collaboratif HealthShapr. Il met à leur disposition sa plate-forme Bluemix, qui facilite le développement d’apps, et les incite à tirer parti des technologies du cloud et de la gestion de données de Watson, en collaborant avec d’autres industriels mondiaux de la santé.

En parallèle, l’écosystème français de l’e-santé se structure. Depuis décembre, une soixantaine de jeunes pousses (plus de 700 emplois) font front commun via l’association France eHealthTech. Objectif : partager réseaux, expériences et influer jusqu’au plus haut niveau pour faire émerger des licornes françaises et casser les silos. Signe de l’intérêt qu’elles suscitent auprès des acteurs traditionnels, le géant français de la pharmacie Sanofi a rejoint l’association en février. Tout en participant, à travers son syndicat, le Leem, au regroupement de cinq fédérations – représentant les fabricants de médicaments, équipements, logiciels, systèmes d’information et prestataires de service pour le médical – au sein de l’alliance eHealth France. Ses priorités pour 2016 : « établir nos recommandations pour développer certains usages en e-santé, créer de nouvelles modalités d’interface avec les pouvoirs publics, et promouvoir la filière française de la santé numérique », précise Pierre Leurent, le coordinateur de l’alliance. Avec, pourquoi pas, un catalogue de l’offre hexagonale à destination des pays étrangers… 

Gaëlle Fleitour

des marchés prometteurs

L’internet des objets dans le monde 24 milliards de dollars en 2014. 38 % de croissance annuelle d’ici à 2020.

L’e-santé en France 2,7 milliards d’euros en 2014. 3,5 à 4 milliards d’euros d’ici à 2020. 30 000 emplois directs.

Sources : P & S Market Research, Xerfi-Precepta, Asip Santé

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