Dans le naval, "il y a une place à prendre pour tout jeune qui serait motivé", selon le délégué général du GICAN

À l’occasion du salon Euronaval, le Campus des industries navales va inaugurer le 25 octobre le “Navire des Métiers”, un espace itinérant destiné à faire le tour de la France pour sensibiliser les jeunes aux professions du secteur. Malgré une embellie de son activité économique, la filière peine à recruter. François Lambert, délégué général du GICAN (Groupement des Industries de Construction et Activités Navales), détaille à L’Usine Nouvelle les aspects du problème.

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Dans le naval,
Il y a un besoin immédiat de 1 500 à 2 000 salariés dans le naval en France.

L'Usine Nouvelle - Quels sont les besoins en recrutement dans le naval en France ?

François Lambert, délégué général du GICAN - Il y a un besoin immédiat qui est de l’ordre de 1 500 à 2 000 salariés, c’est ce qui ressort de nos discussions avec les industriels. Tendanciellement, ce seront des embauches de l’ordre de 1 000 personnes par an pendant dix ans.

Par ailleurs, un engagement a été pris en 2017 par quatre grands donneurs d’ordre du secteur (Naval Group, Piriou, CMN et les Chantiers de l’Atlantique) pour embaucher 1 000 personnes dans les trois ans à venir sur quatre régions dans le cadre du Campus des industries navales.

Où sont les besoins ?

Il y a des compétences critiques autour de différents métiers : la chaudronnerie, l’emménagement, les tuyauteurs, les soudeurs, les mécaniciens, les mécatroniciens, certains architectes navals... Cela touche au process industriel donc nous ne sommes pas forcément dans le domaine des start-up mais il n’y a pas que des grosses entreprises qui ont besoin de recruter. Par exemple CMN compte 375 personnes, c'est une petite ETI ou une grosse PME. Les start-up aussi ont besoin de monde mais pas forcément sur les mêmes compétences.

Est-ce que tous ces postes s’adressent véritablement aux jeunes ou y a-t-il également besoin de profils plus expérimentés ?

Un jeune peut être expérimenté lorsqu'il dispose d'une formation solide. Ce sont des formations liées aux besoins industriels que nous développons, donc il y a une place à prendre pour tout jeune qui serait motivé pour venir travailler dans le secteur. Avec à la clef une formation dans un dispositif adapté qui lui permettrait de commencer sur ces métiers en tension et ensuite d’évoluer dans la profession navale.

"L'industrie navale, ce n’est pas nécessairement les trois-huit et un système de castes"

Comment expliquez-vous que ces métiers du naval se retrouvent en tension ?

C’est principalement à cause d’une mauvaise image: ces métiers sont vus comme très difficiles et avec peu d’évolution professionnelle. Ils sont mal expliqués et mal présentés, à la fois par l’Éducation nationale et par certains parents. Ce sont pourtant des professions dans lesquelles on gagne plutôt bien sa vie, ainsi qu'une vraie fierté à contribuer à la construction de grands objets assez exceptionnels et de voir des réalisations concrètes avec les sous-marins, les bateaux de croisière, les bateaux de guerre ou les patrouilleurs. Et il y a la possibilité d'évoluer grâce à de nouveaux modes de production. Nous voulons sortir du côté “Germinal”. L’industrie navale, ce n’est pas nécessairement les trois-huit et un système de castes. C’est complètement faux.

Est-ce qu’il n’y a pas l’inquiétude de la disparition de certains métiers avec l'automatisation et le numérique ?

Les métiers du naval ne sont clairement pas amenés à disparaître. Au contraire, puisque tout cela va de pair avec une bonne santé de notre économie maritime et plus particulièrement de la construction navale. Elle représente actuellement 8,9 à 9,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires et nous atteindrons sans doute 12 milliards d’euros dans les années 2020. Très clairement, c’est un secteur qui est amené à embaucher, à maintenir des compétences, à les spécialiser et à faire évoluer dans des parcours professionnels variés.

Quand on s’engage aujourd’hui sur la soudure de haute précision, il y aura toujours l’acte de soudure. Mais est-ce qu’il sera commandé par ordinateur, est-ce qu’il y aura une compétence complémentaire à avoir par rapport à l’acte de soudeur des années 1980-1990 ? C’est justement aux jeunes d’avoir cette implication dans le secteur pour pouvoir nous permettre d’inventer ces nouvelles compétences en tant qu’industriels.

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