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"Dans le management, l’influence des universités américaines est aussi forte que celle d’Hollywood dans le cinéma", selon Olivier Fournout

Christophe Bys , ,

Publié le , mis à jour le 11/10/2014 À 10H09

Entretien Olivier Fournout est maître de conférences à Télécom Paris Tech et chercheur au sein de l’Institut Interdisciplinaire de l’Innovation. Il vient de publier aux Presses des Mines "Héros, action, innovation, interaction dans les organisations et au cinéma". Il interviendra dans la conférence Lift à Marseille qui s’intéresse au futur du travail. Pour nous, il revient sur le lien qui unit le manager et le héros hollywoodien. Ils doivent concilier des exigences opposées. 

Dans le management, l’influence des universités américaines est aussi forte que celle d’Hollywood dans le cinéma, selon Olivier Fournout © D.R.

L'Usine Nouvelle - Comment vous est-venue l’idée de comparer les manuels de management et le cinéma, une idée somme toute singulière ?

Olivier Fournout - Ce n’est pas si singulier que ça. Cela fait plusieurs années que je vois passer des ouvrages de formation au management qui utilisent dans leurs exemples des films de fiction. De même, dans les cours dispensés dans les écoles spécialisées ou dans les entreprises, la projection de films se substitue parfois à l’analyse de cas pratiques. L’idée de mon étude est partie de ce constat : le cinéma est utilisé comme un ensemble d’exemples frappants, suffisamment forts pour qu’on puisse les intégrer dans un cursus de formation. Autrement dit, le lien entre cinéma et management existe. Mon originalité est dans l’hypothèse que j’ai faite : si le cinéma est autant utilisé, c’est parce que le manager ressemble au héros de cinéma. Regarder "le Faucon maltais" permet de saisir ce qu’est un bon manager. Je prends volontairement ce film parce que je le décortique dans mon livre, même si mon travail s’appuie sur un corpus plus étendu et sur l’étude de plus de cinquante traités de management.

Dans quelle mesure votre hypothèse se vérifie-t-elle ?

J’ai mis en évidence six thématiques correspondant à des attitudes, des comportements que l’on retrouve aussi bien dans les livres de management que dans les films que j’ai retenus. Ce que j’ai réalisé pendant mon étude, c’est que ces champs pouvaient être recoupés en trois paires d’opposés. Le héros ou le manager, c’est celui qui est confronté à un triple dilemme. Entre intériorité et extériorité des rôles joués. Entre capacité de négociation et volonté de toute-puissance. Enfin entre respect du cadre qui lui est donné et impératif d’innovation, c’est-à-dire qu’on attend de lui qu’il sache briser le cadre à certains moments.

Le héros comme le manager est cette personne qui selon les moments doit être l’un ou l’autre. C’est d’ailleurs cette plasticité qui fait que son rôle est difficile. Plus que la complexité des tâches qui lui sont confiées, même si bien sûr, un dirigeant doit affronter des problèmes qui ne sont pas simples. Ce qui fait qu’il n’est pas comme les autres, c’est qu’il peut passer d’un "rôle" à un autre : après avoir négocié avec son équipe, il peut reprendre les rênes et décider seul. Soit ce que j’ai appelé un système de prescriptions paradoxales.

Le héros de cinéma n’existe pas vraiment. N’y a-t-il pas un biais à votre travail quant aux managers, ceux dont on parle dans les livres sont des idéaux avant tout non ?

Les traités anglo-saxons s’appuient sur de massives études empiriques. Ils partent de témoignages de chefs d’entreprises qui racontent comment ils ont réussi. Ce n’est donc pas tant que ça des constructions chimériques. D’ailleurs, quand je fais cours à des managers, je vois que les thématiques qui émergent de ces ouvrages parlent à mes "élèves". Le paradoxe entre le rôle de négociateur et la nécessité d’avoir de l’autorité, les managers de la vraie vie savent très bien ce que ça veut dire.

Pourquoi vous être concentré sur des ouvrages et des films venant des Etats-Unis ? Aurait-on eu les mêmes résultats avec des films français ?

Dans le domaine des études de gestion et de management, l’influence des universités et des centres de recherches américains est aussi forte que celle d’Hollywood sur l’industrie du cinéma. Il y avait là une convergence.

Pour les résultats avec un autre corpus, je ne peux pas répondre de manière formelle, puisque, par définition, je n’ai pas fait cette étude. Ce que je perçois c’est qu’il y a forcément quelque chose de l’esprit nord-américain dans mes résultats. Il y a une forte tradition aux Etats-Unis autour du self help, soit cette idée que l’on peut devenir meilleur soi-même en suivant certains apprentissages, comme la prise de parole, la négociation… Cela s’est naturellement décliné en direction des managers qui ont un rôle d’intermédiaire entre les personnes qu’ils encadrent. Je ferais le lien avec cette idée du management de soi, qui est littéralement le fait de se prendre en main. L’étymologie de management renvoie justement à la main.

Avez-vous étudié des films avec des héros qui sont des managers ? Les critères sont-ils ou non renforcés ?

Mieux, j’ai trouvé une publicité pour une marque de prêt à porter londonnienne, qui utilise l’image de Pierce Brosnan, l’acteur qui jouait le rôle de James Bond. La mise en scène de la publicité utilisait tous les canons de l’affiche de cinéma, alors que Brosnan était habillé comme un manager. Le slogan de l’affiche entretenait le mélange "Hackett présent the leading man". Il y avait vraiment une fusion très intéressante de l’image du manager et du héros de cinéma.

Dans votre livre, vous relevez la présence du thème de la mort dans les traités de management, notamment dans "Le prix de l’excellence", un best seller des années 80. Est-ce parce que le manager est l’héritier  des guerriers ?

Il y a dans les livres de management que j’ai étudiés toute une thématique autour du rapport de force pouvant aller jusqu’à la mise en danger de la vie du manager. C’est l’expression du culte de la concurrence, avec l’idée d’une mort symbolique pour les entreprises ou les individus les moins performants.

Regardez actuellement tous les développements sur le burn-out. Indirectement, on parle bien de mise en danger de la vie de la personne, d’une sorte de flirt avec l’irrémédiable… Un autre exemple du vocabulaire guerrier qui m’a frappé est le recours à l’image de la war room . J’y vois une réelle fascination, un parallèle entre le monde des affaires et celui de la guerre.  D’ailleurs, les films de guerre montrent aussi un certain modèle de commandement, de relations humaines.

Votre étude porte sur presqu’un siècle de cinéma et de livres de management. Sur la durée, avez-vous observé des évolutions ?

Celle qui me frappe le plus, c’est qu’au cours du temps l’intensité entre les contradictions du héros ou du manager est de plus en plus forte. Par exemple, il doit de plus en plus être dans la négociation avec son équipe, mais en même temps être capable de décider seul et d’installer le rapport de forces. Idem pour la manière dont il doit à la fois préserver et reconfigurer en permanence le cadre.

Dans le cinéma, un film comme Avatar en est l’exemple parfait. Le héros est à la fois projeté dans l’extériorité la plus totale, puisqu’il est projeté dans un corps qui n’est pas le sien, et simultanément il doit travailler son intériorité puisqu’il est dans un fauteuil roulant. Dans la littérature managériale, on trouve la thématiques des X teams, qu’on peut traduire comme les équipes de l’extrême réussite, mises en avant par Deborah Ancona et Henrik Bresman.

Propos recueillis par Christophe Bys

La conférence LIFT Marseille se tiendra les 21 et 22 octobre. 

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