Dans le Grand Est, Philippe Richert va devoir résoudre des antagonismes

Le candidat Républicain Philippe Richert a bénéficié d’un important report de voix pour remporter la présidence de la région Est. Il se trouve en face d’un important chantier de reconstruction.

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Le nouveau président du conseil régional, Philippe Richert, (à droite) avec Philippe Choukroun, de l’Agence d’attractivité de l’Alsace (à gauche) lors d'une visite chez Würth.

Le caractère hétéroclite et les dimensions géographiques de la nouvelle grande région représentent des défis majeurs pour Philippe Richert (LR) premier président de la nouvelle région Grand Est. Aux écarts existant du point de vue économique et démographique entre l’ex Champagne-Ardenne et la région de Strasbourg ou le sillon mosellan, s’ajoute désormais un clivage politique profond. Le vote Front National s’est cristallisé autour des espaces les moins développés économiquement de Haute-Marne, Ardennes, Vosges, mais aussi dans les régions frontalières du sud et du nord Alsace où le chômage ne dépasse pas 6 ou 7 %.

Le Grand Est se réveille avec des antagonismes extrêmement profonds. Philippe Richert aura du mal à créer une dynamique dépassant le cadre de son camp politique, malgré les appels de la tête de liste EELV Sandrine Bélier et du PS strasbourgeois, notamment, à voter pour la liste LR. L’électorat de gauche risque d’imploser : entre le PS strasbourgeois, habitué depuis des années à travailler en bonne entente avec la droite et la liste Masseret, restée campée sur son opposition au parti Républicain comme au Front national, la distance mettra du temps à se résorber.

La question des transports

Charge au nouvel exécutif de doter la région de grands projets communs à cet espace dont personne ne voulait, hors des parlementaires et le gouvernement… mais qui reste à faire exister. Un constat : du Medef à l’UIMM en passant par la CGPME et plusieurs instances consulaires, la grande région s’est imposée à l’économie bien avant que la politique ne lui donne une existence.

"La région est très vaste et la question des transports devra être résolue très vite pour rapprocher les centres de décision des usagers, expose Olivier Klotz, président du Medef du Bas-Rhin. Un autre défi sera de nous distinguer des autres régions du monde : un atout pour nous est de compter une université de rang mondial, celle de Strasbourg. Nous espérons que la région saura en tirer profit pour développer notre tissu économique par l’intermédiaire de contrats de projets. C’est un vrai bonus pour les entreprises de toute la grande région."

Autre défi : la grande région Est figure comme la plus frontalière de France. Elle devient aussi l’espace où la confrontation entre les niveaux de rentabilité des entreprises françaises et leurs voisines sera le plus visible, et peut-être le plus problématique. Au-delà des 175 000 salariés qui travaillent quotidiennement en Belgique, Luxembourg, Allemagne et Suisse, la question de la localisation des entreprises pose un vrai problème. "La question n’est plus la délocalisation des entreprises de haute technologie vers des pays à bas coût, mais vers la Suisse et l’Allemagne", souligne un spécialiste de l’économie frontalière dans une structure de développement régional.

Le soleil se lève à l’Est

Dans une région Grand Est marquée par tant de distances et de méfiances restent des intentions claires du monde économique : des entreprises exportatrices champenoises se réjouissent d’une ouverture vers l’Est… où se lève le soleil, comme Alexandre Rambaud, dirigeant de l’éditeur de logiciels Agendize (Troyes).

Début janvier, Philippe Richert devra éviter le grand écart. Parvenir à maintenir des centres de décision décentralisés sans créer une usine à gaz, réconcilier les frères ennemis des oppositions, persuader les territoires écartés des zones urbaines de leur importance : sans oublier l’essentiel. Redonner du tonus à une région dont les statistiques sont tirées vers le haut par les vallées rhénanes et mosellanes, mais dont d’autres espaces sont en grande souffrance économique et sociale.

Didier Bonnet

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