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L'Usine Matières premières

Emmanuel Macron dans les Vosges à la rencontre d'une filière bois en quête d'un nouveau souffle

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Publié le , mis à jour le 18/04/2018 À 10H24

Enquête Ce 18 avril, le président de la République se rend dans les Vosges. Il y visitera notamment la scierie Germain-Mougenot (46 salariés), à Saulxures-sur-Moselotte. A cette occasion, L'Usine Nouvelle vous propose de relire notre enquête sur la filière bois dans l'Est de la France. La ressource du massi vosgien n’y est pas encore assez valorisée, faute d’un tissu de transformation suffisamment fourni.

Emmanuel Macron dans les Vosges à la rencontre d'une filière bois en quête d'un nouveau souffle
Une partie du bois abattu dans les forêts vosgiennes est sciée et transformée en Allemagne, puis réimportée en France.

Le massif vosgien forme un poumon économique pour la région Grand Est. Un poumon vert qui manque parfois de souffle pour affronter la concurrence internationale. La fabrication locale de produits semi-finis pour la construction demeure sous-dimensionnée comparée à celle du voisin allemand, les investissements dans la régénération des peuplements baissent et d’importants volumes de grumes continuent d’être aspirés par l’Asie. La riposte s’organise. Le 17 juillet 2017, sur le site de Pavatex, un fabricant de panneaux isolants en fibres de bois (groupe Soprema) venu s’implanter en 2013 près d’Épinal (Vosges), les représentants de la Région, de l’État et de trois associations professionnelles ont adopté le contrat de filière forêt-bois 2017-2020. Son ambition : redonner des marges de compétitivité à la filière dans les Vosges et sur l’ensemble du Grand Est. Le temps de l’action est d’autant plus venu que les indicateurs du bâtiment sont au vert. De nombreux constructeurs vosgiens, à l’image de Passiv’Home (15 personnes) à Saint-Étienne-lès-Remiremont, importent toujours d’Allemagne les produits semi-finis nécessaires à la fabrication de leurs maisons en bois. "Nous ne trouvons pas de réponse compétitive auprès des scieurs locaux", regrette Julien Hocquart, le dirigeant de ce spécialiste de la maison passive.

Une "seconde transformation" trop faible

Le problème provient en partie de la faiblesse de l’industrie de la "seconde transformation", qui apporte de la valeur ajoutée aux bois sciés : rabotage, aboutage, contrecollage… Certes, ce secteur n’est pas absent de ce côté du Rhin. Vosges Lam (ex-Weisrock) figure parmi les pionniers des bois lamellés-collés. Propriété de l’allemand Haas, l’entreprise (60 personnes) est repassée en mars sous pavillon français. Le fabricant de maisons en bois Poirot Constructions Bois, à La Bresse, a également investi le champ de la seconde transformation, en implantant en 2010 une usine de rabotage et d’aboutage, Lorraine Industrie Bois (LIB). Mais le partenariat noué avec dix scieurs locaux pour garantir son approvisionnement a capoté. Résultat, LIB est aujourd’hui en sous-capacité : "Nous souhaitions transformer 10 000 mètres cubes par an, mais nous n’avons pas atteint le tiers en quatre ans", déplore Michaël Poirot, le gérant associé de Poirot Constructions Bois.

Une partie de la valeur ajoutée sur les grumes abattues dans les forêts vosgiennes continue d’être captée par les transformateurs allemands, mais aussi asiatiques, qui convoitent cette matière première. Le spécialiste mosellan du parquet Chêne de l’Est (170 personnes) en fait chaque jour l’expérience. L’industriel exploite deux scieries, à Hambach (Moselle) et Rambervillers (Vosges), pour fabriquer 250 000?mètres carrés de parquet massif et 100 000?mètres carrés de parquet contrecollé. Elles lui fournissent 80% de sa matière première, le reste étant acheté sous forme de planches. "Nous aurions la capacité de scier les volumes manquants, mais nous sommes concurrencés sur les achats de bois par des courtiers qui absorbent 40% des volumes locaux pour les revendre en Asie", se désespère Didier Daclin, responsable des achats de bois.

Face à cette fragilité de la filière, les scieurs ne restent pas les bras croisés. Après avoir investi dans la seconde transformation, la scierie Germain-Mougenot (46 salariés), à Saulxures-sur-Moselotte (Vosges), a injecté 15 millions d’euros pour doubler sa production de bois sciés. La nouvelle ligne mise en service cet automne lui garantit souplesse et gains de productivité. "Les scieurs français commercialisent des gammes très larges, un atout concurrentiel face aux Allemands, plutôt monoproduits", souligne Hervé Olivier, l’un des trois associés.

Une ressource à pérenniser

L’industrie de l’ameublement investit également. Pour apporter de la valeur ajoutée à ses panneaux de particules, l’usine Egger à Rambervillers, très gourmande en produits connexes de scierie, s’est équipée d’outils de rainurage, de perçage et de pose de chanfreins. Consommateurs de hêtre, plusieurs petits fabricants de sièges de la région de ­Liffol-le-Grand (Vosges) ont récemment intégré la démarche usine du futur portée par la Région pour faire évoluer leurs outils industriels. "Les grands hôtels nous sollicitent pour meubler leurs suites, mais pas les 200 chambres situées en dessous. Nos entreprises doivent donc gagner en productivité pour élargir leurs marchés", explique Didier Hildenbrand, le directeur général du Pôle lorrain de l’ameublement bois (Plab).

Chêne de l’Est, qui a repris cette année son confrère Huot à Troyes (Aube), s’inquiète de la baisse des volumes disponibles sur pied. Cette pérennité de la ressource préoccupe aussi les scieurs et d’importants industriels vosgiens, gros consommateurs de produits connexes, sciure et plaquettes de scierie. Le fabricant de papier journal Norske Skog, à Golbey (Vosges), achète chaque année 500 000 tonnes de plaquettes et rondins d’éclaircie non valorisables en sciage. Avec dix autres industriels, le papetier abonde le Fonds d’aide à la reconstitution de la ressource résineuse (FA3R) créé il y a cinq ans sur le massif. "C’est un cercle vertueux à petite échelle : les adhérents du fonds sont privilégiés pour le placement des produits forestiers", assure ­Jean-François Serre, le directeur achats et logistique de Norske Skog Golbey. Préserver la ressource et encourager l’investissement industriel tout en contrecarrant les exportations de grumes, une équation à trois inconnues difficile à résoudre.


« Des investissements colossaux pour la transformation des bois »
Gilles Somme, président du Groupe interprofessionnel de promotion de l’économie du bois en Lorraine (Gipeblor)

Quel est le principal enjeu pour la filière ?

Nous voulons éviter que nos bois partent à l’export pour revenir sous forme semi-finie. La valeur ajoutée doit être produite dans les Vosges. Cette transformation implique des investissements colossaux, or le tissu local est composé de PME familiales. Mais une jeune génération émerge, avec l’envie de faire bouger les choses.

Pourquoi cette initiative d’un fonds privé de reboisement ?

La suppression en 2000 du Fonds forestier national a entraîné un renouvellement insuffisant de la ressource en résineux. Onze transformateurs se sont associés pour soutenir les propriétaires privés. Depuis sa création en 2012, le Fonds d’aide à la reconstitution de la ressource résineuse (FA3R) a soutenu la plantation de 550 000 arbres dans le massif vosgien. L’enjeu serait de l’étendre à d’autres essences et d’autres massifs.

Quels sont les atouts du territoire ?

Le feuillu représente 42% de la ressource en bois sur pied, mais n’est pas assez exploité. Nous bénéficions d’un haut potentiel en formation et recherche avec le centre régional de transfert de technologie Critt Bois, l’école d’ingénieurs Enstib, le pôle de compétitivité Fibres-Énergivie, des lycées professionnels… Des start-up font aussi parler de la filière : In’Bô avec des lunettes en bois, Biolie avec des principes actifs extraits d’aiguilles de sapin…

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