Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Santé

"Dans le contexte actuel, GSK n'aurait pas construit en France son usine de vaccins", estime son patron France

Gaëlle Fleitour , , , ,

Publié le

Entretien Prix du médicament, budget de la Sécurité Sociale, plan social en France… Patrick Desbiens, président du laboratoire britannique GSK en France, revient sur les grands enjeux qui secouent actuellement l’industrie pharmaceutique.

Dans le contexte actuel, GSK n'aurait pas construit en France son usine de vaccins, estime son patron France © Thomas Deron

L'Usine Nouvelle - Selon une récente étude, seulement un tiers des usines pharmaceutiques françaises sont agréées pour exporter vers les Etats-Unis. Pourtant, c’est le cas de vos trois usines ?

Patrick Desbiens - Selon cette étude réalisée pour le Leem, la majorité des usines homologuées appartient à de grands laboratoires. Comme nos usines, qui exportent à plus de 80% hors de France ! Mais beaucoup de PME ne sont pas agréées car elles sont beaucoup plus dépendantes du marché français…

GSK sous pression dans la lutte contre Ebola

Son vaccin est un des deux seuls jugés "prometteurs" par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) contre le virus qui a déjà fait plus de 4 500 victimes. Une source de fierté, mais aussi de stress pour GSK, qui appelle à la prudence. "Je ne sais pas si cela sera concluant, comme cela a été le cas pour la grippe H1N1 pour laquelle nous avons été capables d’offrir une solution et de limiter l’impact de l’épidémie, estime Patrick Desbiens. Nous jouons notre rôle de chercheur mais il ne faut pas sur-promettre." La direction anglaise du laboratoire vient d’ailleurs de préciser que les données sur l’efficacité et la sécurité du vaccin - dont les premiers tests sur l’homme ont récemment débuté - ne seraient pas disponibles avant la fin 2015. Et qu’une production à grande échelle n’interviendrait pas avant 2016.

Comment se porte votre production ?

Nos trois sites continuent de croître en volume. Celui de Mayenne, où nous fabriquons des antibiotiques, a beaucoup gagné en efficacité ces dernières années. Grâce aux quelques millions d’euros que nous investissons chaque année pour augmenter la compétitivité de ce site et à nos collaborateurs, nous sommes parvenus à gagner des appel d’offres pour les pays émergents !

A Evreux (Eure), où nous produisons des médicaments respiratoires, nous avons annoncé en avril un investissement de 45 millions d’euros sur trois ans, dont 10 millions chez nos fournisseurs. Nous nous sommes aussi engagés à garder l’emploi stable, malgré la baisse de prix de 15% sur trois ans sur les médicaments du portefeuille respiratoire que nous avons consentie aux autorités. Nous avons décidé d’absorber cet impact sur l’ensemble de notre revenu local France pour préserver à tout prix cet outil industriel phare.

Vous venez malgré tout de supprimer une centaine d’emplois dans votre filiale France…

Nous avons conclu un accord avec les représentants du personnel majoritaires en avril, et le plan est actif depuis le 1er août. GSK France a connu l’an dernier sa dixième année de décroissance du chiffre d'affaires, liée à des pertes de brevets sur plusieurs produits, des baisses de prix - la France est dans la fourchette basse des pays européens - et à un accès au remboursement retardé de plusieurs mois par rapport à d’autres pays, comme l’Allemagne et l’Angleterre.

Dans le contexte actuel, je doute même que notre groupe aurait accepté de construire en France l’usine de vaccins de Saint-Amand-les-Eaux (Nord) que nous avons inaugurée en 2011. Pourtant, nous continuons d’y embaucher et elle est située à un emplacement stratégique, proche de la Belgique où se trouve le centre mondial de R&D de GSK pour les vaccins.

Comment l’expliquez-vous ?

L’an dernier, plus d’une vingtaine de PSE  [plans de sauvegarde de l'emploi, ndlr] ont été conduits en France dans la pharmacie. Les emplois industriels sont pour l’instant peu affectés mais il va y avoir un point de basculement face au déclin progressif des investissements industriels et du fait que la majorité des usines ne fabrique plus de médicaments récents… C’est là qu’il faut vraiment que le gouvernement se pose la question : est-ce qu’on veut faire de cette industrie un levier de contribution important ? Si on veut couper de moitié le budget des médicaments, on peut le faire, mais les conséquences seront drastiques : nous aurions, certes, des prix plus bas à court terme, mais les produits seraient fabriqués hors de France et l’accès à l’innovation serait compromis…

La question du prix est à nouveau au cœur du débat?

Nous venons de publier une plateforme de propositions pour une nouvelle économie du médicament, autour de trois axes : compétitivité, accès, performance. Pour moi, le prix d’un traitement, qu’il soit de 1 ou 100 000 euros, est justifié à partir du moment où son efficacité médicale et économique est avérée. Mais un dispositif comme celui inventé en catastrophe par le gouvernement dans le budget de la Sécurité Sociale pour prendre en charge les médicaments contre l’hépatite C ne résout rien.

Comment agir sur le prix dans le contexte actuel ?

On peut changer le paradigme de l’accès au marché ! Aujourd'hui, il faut compter plus d’un an entre l’homologation européenne d’un médicament et l’obtention de remboursement en France. Dans environ 80% des cas, on lui attribue d’ailleurs le niveau le plus bas d’Amélioration du service médical rendu (ASMR5), ce qui engendre une efficience de coût pour la sécurité sociale avec un prix inférieur jusqu’à 20%. Pour faire gagner du temps à l’industriel et aux patients, on pourrait offrir d’emblée l’accès au marché mais à un prix plus bas que les comparateurs. Et, si l’industriel pense que son médicament vaut plus, lui demander de prouver par des études en vie réelle sur les premières années l’efficacité de son produit et les économies qu’il peut générer pour le système de santé. Pour l’hépatite C, cela marcherait ! Tout en envoyant un message différent aux entreprises mondiales, en leur disant que la France est ouverte à l’innovation…

Et comment relancer les investissements industriels ?

En France, le secteur pharmaceutique est soumis à onze taxes sectorielles, d’où un taux d’imposition général supérieur à 40% ! Comme le Crédit Impôt Recherche marche bien, on pourrait imaginer un Crédit d’Impôt Production pour soutenir de nouvelles lignes de fabrication en France…

Mais le budget de l’Etat ne lui permet plus de jouer sur la fiscalité...

On peut imaginer des mesures ciblées. Nous avons une taxe sur le chiffre d'affaires des laboratoires : pourquoi ne pas exonérer les revenus des produits fabriqués en France ? Il faut donner une impulsion pour tenir compte de l’apport économique de notre secteur. Car la valeur sociétale de l’emploi du secteur pharmaceutique en France est estimée à 30,5 milliards d’euros au total, sans compter notre R&D et notre excédent commercial.

Propos recueillis par Gaëlle Fleitour

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle