L'Usine Matières premières

Dans le caoutchouc, le dynamisme industriel "pas à la hauteur des espérances mais la France conserve les centres de décision"

Myrtille Delamarche ,

Publié le

Entretien Soulagée par la baisse des prix des matières premières, l'industrie européenne du caoutchouc peine tout de même à conserver ses emplois, dans un contexte de ralentissement de la demande. Bruno Muret, directeur Economie et Communication du Syndicat national du caoutchouc et des polymères (SNCP) et auteur du bilan "Intelligence caoutchouc 2014-2015", revient pour l'Usine Nouvelle sur une année en demi-teinte.

Sommaire du dossier

L'Usine Nouvelle: Vous venez de publier le bilan "Intelligence caoutchouc 2014-2015". Quel est le ressenti de la filière ?

Bruno Muret: Nous venons de vivre une année en demi-teinte, avec des volumes quasiment stables par rapport à 2014. Les résultats 2015 sont mitigés, en osmose avec l’ensemble de l’industrie. Dans la filière, nous avons la chance d’avoir en France et en Europe de belles entreprises, qui ont acquis des positions fortes, aux premiers rangs mondiaux dans leurs spécialités respectives.

Comment s’explique, alors, la dégringolade de la consommation de caoutchoucs en France ? Seulement par la fermeture du site Goodyear d’Amiens Nord ?

La baisse de consommation du caoutchouc, à la fois naturel et synthétique, est liée à des fermetures de sites mais aussi à une moindre activité sur les sites restants, plus une tendance au sourcing lointain de la part des donneurs d'ordres. Pour la période récente, ce mouvement est lié à la fermeture d’un gros site de production, mais il a démarré il y a une dizaine d'années. L’industrie a été impactée par la baisse du principal marché client, l’automobile, dont le nombre de véhicules produits en France a été divisé par deux entre 2003 et 2015. Aujourd’hui, les matières premières sont revenues à des prix très faibles, c’est une bouffée d’oxygène pour cette industrie. Et il n’est pas du tout certain qu’on sorte de ces prix très faibles rapidement.

L’industrie française du caoutchouc peine tout de même à conserver ses emplois…

Les effectifs de l'industrie du caoutchouc baissent effectivement de 2% à 3% par an. Néanmoins, ce mouvement s'accompagne d'une déformation de l'emploi au profit de postes plus qualifiés. Mais au-delà du dynamisme industriel, qui n’est pas à la hauteur des espérances, les gros centres de décision restent en France. La R&D et les caoutchoucs de spécialité sont aussi restés en Europe grâce à la présence de ces entreprises de niveau mondial que sont Michelin ou Continental dans les pneus, Continental, Hutchinson (filiale de Total) et le groupe allemand Freudenberg dans les pièces techniques en caoutchouc.

Quelles sont les pistes de développement pour l’industrie française du caoutchouc ?

Du côté des matières premières, une réflexion s’est enclenchée suite aux difficultés de 2011. Les prix étaient alors extrêmement élevés et la pérennité des sources d’approvisionnement questionnée. Nous avons donc commencé à travailler sur la diversification, en ayant recours à des biomatériaux. Il faut encore accélérer la recherche sur les biomonomères pour le caoutchouc synthétique.

Et du côté des produits ?

Le caoutchouc est une famille de matières dont les usages sont très variés : étanchéité, amortissement, traitement de surface. Le secteur le plus important reste le transport, et l'offre de pneumatiques continue à évoluer et s'avère très dynamique. Sur les autres segments, les caoutchoutiers sont au premier rang des filières d’approvisionnement, c’est du BtoB donc les innovations sont plus masquées, plus discrètes.

Le recyclage est-il une préoccupation importante ?

C’est une grosse thématique, et il y a de l’investissement en R&D sur la potentialité des matières recyclées : dans quelle proportion les intégrer ? Avec quel impact ? Quelles performances ? Il y a une convergence et une cohérence entre les actions collectives et la recherche privée des opérateurs.  Le recyclage du caoutchouc reste plus compliqué que celui des plastiques. Beaucoup de choses se font néanmoins : il existe une filière pneus usagés, soumise à une "responsabilité élargie du producteur" (REP) qui traite l'intégralité des pneumatiques usagés. La collecte des produits en fin de vie permet leur valorisation énergétique, mais également matière, souvent pour des applications autres que celle du produit initial : aires de jeux, terrains synthétiques, etc.

Quels sont les principaux facteurs influençant les prix des caoutchoucs, naturel et synthétique, et comment sont-ils liés ?

Ce sont vraiment deux filières d’approvisionnement différentes. Le caoutchouc naturel, qui  représente plus de 40% des besoins mondiaux (pneus, supports moteurs et autres applications), est soumis aux aléas de la filière agroindustrielle : climatiques, phytosanitaires. Le caoutchouc synthétique (60% de la demande) est issu de la pétrochimie, donc lié aux cours du pétrole. Mais via les marchés financiers, on retrouve entre ces deux cours une similitude dans les courbes avec des pics en 2008, un creux en 2009/10… Comme dans les matières premières en général. L’autre facteur, commun, c’est la demande chinoise, qui représente un tiers de la consommation mondiale. Par contre, le jeu de substitution entre ces deux grandes familles est limité : je ne ferais pas en caoutchouc synthétique ce que je fais en caoutchouc naturel. Et vice versa.

Comment évoluent les relations entre les producteurs de caoutchouc synthétique et leurs fournisseurs de monomères ? Les tensions sur la répercussion des variations du cours du pétrole sont-elles régulières, comme dans la plasturgie ?

Notre métier diffère quelque peu de celui de la plasturgie dans la mesure où les caoutchoutiers formulent leurs mélanges. Au delà des gommes brutes, de nombreuses matières premières entrent dans cette formule. La relation entre les transformateurs et leurs fournisseurs de matières premières est globalement bonne.

Propos recueillis par Myrtille Delamarche

Voir aussi: Le caoutchouc en chiffres: production en hausse et prix en baisse

 

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