L'Usine Santé

Dans la pharma, le Pacte de responsabilité ne passe pas

Gaëlle Fleitour ,

Publié le

Les syndicats des salariés de l’industrie pharmaceutique reprochent à leur chambre patronale, le LEEM (les entreprises du médicaments), de bénéficier de l’aide de l’Etat… tout en repoussant depuis deux ans les contreparties. Ce dernier conteste et dit chercher un compromis.



Dans l'industrie pharmaceutique, le Pacte de Responsabilité a du plomb dans l’aile. L’intersyndicale des salariés reproche à la chambre patronale, le LEEM (les entreprises du médicaments), de bénéficier de l’aide de l’Etat… tout en repoussant depuis deux ans les contreparties. "Du Pacte de responsabilité au poker menteur", dénoncent les six syndicats (CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, CGT-FO et UNSA) dans un communiqué commun, fait rarissime.

"L’aide financière de l’État était conditionnée aux créations d’emplois, à la formation des salariés, à l’amélioration des grilles de classification, à la réduction de la précarité du travail et à l’investissement. Il a fallu attendre le 18 juin 2014 pour que le LEEM amorce un début de tour de table des organisations syndicales de salariés. S’en est suivie une succession de réunions paritaires… sans que la question de ces contreparties ne figure à l’ordre du jour du LEEM !", affirment-ils. 

"Nous ne traînons pas des pieds", réplique Pascal Le Guyader, directeur des affaires générales, industrielles et sociales du Leem, interrogé par L’Usine Nouvelle. "Cette négociation a été fixée par un cadre inter-professionnel, et devait permettre de parler emploi, avec des engagements quantitatifs mais aussi qualitatifs, et dialogue social. Nous avons commencé les négociations dès juin 2014 et proposé un projet d’accord contenant notamment des engagements quantitatifs sur l’emploi des jeunes et sur les contrats d’apprentissage".(voir encadré)

Les effectifs de la pharma en baisse depuis 2008

Problème, l’intersyndicale lui reproche de tenter de négocier en dehors du Pacte un texte non contraignant sur la question de l’emploi. En 2014, ce dernier a encore reculé de 0,6% dans l’industrie pharmaceutique, selon le Baromètre Emploi établi par le Leem, pour atteindre 98 810 salariés. 

Plus de jeunes et d’apprentis, mais moins d’emplois
Un accord en faveur des contrats de génération a été signé en 2013, et le sera à nouveau cette année pour tenter d’atteindre 3% de jeunes de moins de trente ans (contre 2,7% actuellement) au sein d’une industrie pharmaceutique vieillissante, car aux niveaux de qualification élevés. Des partenariats avec les universités et de grands acteurs, comme Sanofi, ont aussi été mis en place pour faciliter l’apprentissage et l’insertion en entreprise. En 2014, ce sont 8 400 personnes au total, dont 5000 en CDI et 3 400 en CDD, qui ont été recrutés. Ce qui n’a pas empêché l’effectif global du secteur de continuer à chuter.

"Fin 2015, nous avons rencontré les organisations syndicales en bilatéral afin de faire le point sur les négociations collectives 2016 et le Pacte, explique Pascal Le Guyader. Nous leur avons proposé de continuer les discussions sur l’emploi dans un cadre plus souple que le Pacte, auquel certains syndicats étaient fermement opposés, ce qui permettait aux six syndicats d’y participer. Et d’auditionner d’ici mars six experts sur cette question, dont trois choisis par eux, afin de voir quels leviers doivent être réunis pour que l’activité économique soit au rendez-vous. L’emploi dans la pharmacie est en décroissance depuis 2008 et son chiffre d’affaires depuis 2011-2012 : il y a bien une corrélation, même si elle n’est pas algorithmique !"

Priorité à la compétitivité, pour le Leem

Problème, aucune sanction ne sera prévue en cas de non-respect des engagements convenus, dénonce l’intersyndicale : "si aides de l’État il doit y avoir, c’est contre l’engagement formel des entreprises à investir et relancer l’emploi." Pas si simple estime le Leem, qui, dès 2014, n’avait pas caché ses réticences vis-à-vis du Pacte de Responsabilité.

"Il ne peut pas y avoir d’engagement sur l’emploi si les nouvelles molécules ne sont plus inventées et fabriquées en France !, estime Pascal Le Guyader. Les baisses de charges sont données aujourd’hui sans condition expresse puisque toutes les entreprises en bénéficient. Elles étaient d’abord là pour redonner de la compétitivité, qui avait été perdue par une charge fiscale importante sur les entreprises françaises entre 2010 et 2014. L’industrie du médicament n’a pas demandé ces baisses de charges. Les 234 millions d’euros dont nous bénéficions ne sont pas l’élément déterminant pour créer de l’emploi et doivent être mis en perspective avec la masse salariale du secteur, qui représente plus de cinq milliards d’euros." Les discussions à venir s’annoncent musclées…

Gaëlle Fleitour

 

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