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L'Usine Agro

Dans la Drôme, l’agriculture bio encore en recherche de compétences techniques

Franck Stassi , ,

Publié le

Reportage Le bio, la solution aux maux de l’agriculture ? Encore faudrait-il pouvoir bénéficier de compétences et de bonnes pratiques adaptées. Dans la Drôme, leader français des surfaces converties, des agriculteurs mettent en garde face aux défis techniques d'une conversion, voire à un manque de maturité du marché du vin. Pour tenter d'y répondre, le salon Tech et Bio, Salon professionnel international des techniques agricoles bio et alternatives, ouvre aujourd'hui à Valence pour deux jours.

Dans la Drôme, l’agriculture bio encore en recherche de compétences techniques © Franck Stassi

Premier département français en termes de surfaces consacrées à l’agriculture biologique, la Drôme illustre les paradoxes d’un modèle pour qui, de l’extérieur, tout semble aller pour le mieux, avec une progression de 14% des ventes de produits au premier semestre selon l’Agence Bio, ainsi qu’une hausse continue des conversions. "Des agriculteurs qui étaient à la peine en conventionnel le sont aussi en bio, qui est très technique, tandis que certaines productions agricoles sont en avance sur la demande, comme la vigne, alors que d’autres sont en retard, à l’instar des grandes cultures", observe Etienne Gangneron, référent de l’Assemblée permanente des Chambres d’agriculture sur le bio et vice-président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA).

A Montélier, sur la plaine de Valence, l’exploitation de Sébastien Blache illustre cette nécessité de prendre en compte les spécificités liées à l’agriculture biologique. "La limite de notre système est de demander beaucoup de travail. Nous réfléchissons à l’embauche d’un salarié l’an prochain", indique-t-il en racontant le parcours qui l’a amené, en 2006, à quitter son poste à la Ligue de protection des oiseaux pour reprendre une ferme jusqu’alors occupée par son oncle, principalement en maïs irrigué (une culture qui n’a plus cours sur ses terres). Sur 25 hectares (ha), il fait cohabiter 17 ha de grandes cultures, un verger, 120 brebis et une centaine de poules pondeuses, dont les œufs sont écoulés "dans les dix minutes qui suivent leur mise en vente".

Un manque de compétences et de références

"Travailler avec la biodiversité n’est pas une chose simple, reconnait l’agriculteur. Peu de personnes possèdent les savoir-faire nécessaires. Quels sont les éléments dont les oiseaux ont besoin pour s’approcher de mes haies ? Comment réalise-t-on correctement un déprimage, en faisant passer les animaux au début de la pousse ? Les questions sont techniques." La cohabitation entre animaux et végétaux lui permet notamment de valoriser sa luzerne et ses tourteaux de colza. Les brebis lui sont ainsi utiles en termes de gestion de l’enherbement. Chaque année, elles fournissent 70 tonnes de fumier destinés à la fertilisation des parcelles.

Pour produire des œufs à l’année, afin de répondre à un objectif économique, il a installé des équipements permettant de faire profiter les poules d’un ensoleillement (semi-artificiel, certes) de 14 heures par jour. L’installation de nichoirs dans les vergers est quant à elle un tel succès qu’elle est étendue à d’autres exploitations drômoises, sur les conseils de Sébastien Blache. Seuls les abricotiers sont encore victimes de maladies, tandis que le risque est écarté pour les pommiers et les poiriers. Sébastien Blache a dégagé, en-dehors du maraîchage lié à un contrat d’installation, 18 000 euros de résultat net l’an dernier. Il ne faut toutefois pas avoir peur de mettre la main à la pâte : création de haies sur une surface jusqu’alors totalement plane, rallongement d’un ruisseau, réalisation prochaine d’un réseau de mares…

Le maïs semence à la peine sur le bio

Ce défi humain et technique est aussi souligné par Christian Veyrier, président du regroupement de producteurs Top semence, dont 100 ha sur les 3500 que compte le réseau sont convertis à l’agriculture biologique, soit 12 agriculteurs sur un total de 550. "Le problème numéro un en bio, c’est l’enherbement ! Jusqu’à la récolte, il nous est difficile de lutter contre. Les semis s’effectuent souvent de manière plus tardive qu’en agriculture conventionnelle. Les semences bio sont deux fois plus chères à l’achat. Les parcelles sont plus petites ", énumère-t-il. Il estime le chiffre d’affaires moyen d’un agriculteur en maïs semence à 6000 euros par ha en bio, contre 4000 euros par ha en conventionnel. Pour autant, "cela ne suffit pas à gagner sa vie", estime-t-il.

"Il est encore plus compliqué, pour les agriculteurs multiplicateurs de semences, de réaliser leur conversion au bio", explique Etienne Gangneron, qui pointe du doigt certaines dérives qui consistent à recourir aux dérogations permettant, si les semences bio n’existent pas, de se fournir en matériels non-traités. Sur le maïs, de telles pratiques sont désormais proscrites. "Il faut essayer de développer la productivité de cette culture. Si les agriculteurs ultra-performants entraient dans le système, le maïs bio se développerait bien plus vite en France", complète Christian Veyrier. Seulement 1% de la surface de maïs semence française est en bio. L’Autriche en est le premier producteur européen. Pour l’anecdote, l’agriculteur souligne que certaines techniques développées pour l’agriculture bio inspirent leurs confrères en conventionnel, tel le trichogramme, qui consiste à attacher des cartons remplis de milliers de micro-œufs de guêpes aux feuilles afin de lutter contre l’action des parasites.

Tout n’est pas au vert dans les vignes

A Beaumont-Monteux, Jean-Michel Borja, président de la cave coopérative Clairmont, qui produit du Crozes-Hermitage, porte quant à lui un regard plus critique sur le développement du bio dans son secteur. "Dans le vin, la progression de la production va plus vite que celle de la consommation. Habituellement, lorsqu’un produit est lancé, il est précédé par une étude de marché. Ici, un nouveau marché a été créé sans demande préexistante", regrette-t-il. 30% de ses volumes sont commercialisés en bio, un niveau stable. "Dans la vigne, je n’encouragerais pas de suite les conversions en bio !", appuie-t-il.

En cause, selon le vigneron, les spécificités du modèle de distribution des produits biologiques, en magasins spécialisés, où se côtoient des consommateurs rebutés par l’alcool, quelques tenants purs et durs du bio, et une large proportion de personnes… qui expriment une "peur" du bio dans le vin, cette technique agricole étant pour eux associée à la santé et au goût. Le surcoût des produits freine quant à lui les ventes effectuées au caveau, les volumes en vrac étant, eux, contractualisés. La cave sort d’une expérience difficile dans un réseau de jardineries bio, où, à l’issue d’un an de commercialisation dans toute la France, ses produits ont été déréférencés au profit de gammes moins chères émanant de plus gros acteurs. D’après Jean-Michel Borja, certaines caves de la région déclasseraient jusqu’à 30% de leur production en conventionnel. De quoi refroidir l’appétit pour le célèbre logo vert.

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