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Dans l'intimité de Renault Billancourt

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Avec son livre "Ceux de Billancourt", Laurence Bagot fait revivre l’Ile Seguin, site mythique du constructeur automobile Renault fermé en 1992. Loin des généralités ou d’une étude sociologique aride ce récit transcrit avec sensibilité le témoignage de vie de 10 ouvriers. La petite et la grande histoire se mêle dans une fresque parfois triste, souvent savoureuse, pleine de vie.

Dans l'intimité de Renault Billancourt

Une galerie de personnages, une plongée dans leurs souvenirs, la vérité d’une certaine époque. Dans "Ceux de Billancourt" l’écrivain Laurence Bagot a retranscrit la vie de 10 ouvriers ou employés de Renault. Tous ont travaillés chez le constructeur national entre la fin des années 60 et des années 90. Ils racontent, à la première personne, leur travail, leur aspirations, leurs frustrations, leur satisfactions. Nous voilà embarqués dans la vie de ces hommes et de ces femmes qui ont fait vivre l’industrie automobile pendant 40 ans. On sent que Laurence Bagot a passé du temps avec chacun, fouillant les mémoires, accouchant les anecdotes savoureuses, tentant de remettre de l’ordre dans les dates, les lieux.

Histoires d’exil

Renault, c’est d’abord pour beaucoup l’histoire d’un exil, il y a Mohamed Amri, le marocain d’Oujda, Giovani Brucoli, le sicilien beau gosse et fan de voitures de courses, Seydou-Michel Ouatara, l’ivoirien passionné de couture recyclé finalement dans la mécanique... Eux doivent gérer le travail et tout le reste : la galère pour trouver à se loger, les compagnons de routes croisés, le retour au pays pour se marier, l’installation avec sa femme dans ce nouveau pays qu'est la France. Du côté des français, Renault c’est, à l’inverse, souvent une histoire de famille. Si un problème intervient avec le fils, l’encadrement convoque le père également salarié. Les engueulades mélangent le personnel et le professionnel. Si étrangers et français se retrouvent côte à côte dans l’usine, la répartition sexuée des rôles est très claire : les filles sont secrétaires dans les bureaux, les garçons travaillent dans les ateliers.

On picole sec

Les témoignages de tous font revivre les us de relations de travail dont certaines semblent étrange aujourd’hui : le pool discipliné des dactylos, où Christiane Antoine-Brousse, comme toutes les jeunes filles n’a pas le droit de se maquiller, les conflits avec des petits chefs qui manage comme à l’armée, la discrimination syndicale de la part des employeurs et la violence des syndicats envers ceux qui refusent la grève. Les rares accidents du travail sont dramatiques (le récit ne nous épargne pas les corps déchiquetés par les presses). Le petits sabotages pour arrêter la ligne et grappiller une pause quand il faut quémander celle qui permet de simplement soulager ses besoins physiologique sont courant. Le racisme envers les arabes ou les "ritals" y est ordinaire, tout comme la solidarité. 

Le livre retrace aussi la vie incroyable de l’île Seguin, son site immense qui est un monde. On y picole sec jusque sur les lignes de production, on s’y bagarre souvent, on fait du business aussi, l’un vend les poussins qu’il élève chez lui en couveuse, l’autre improvise un salon de coiffure, tandis qu’un autre dépèce un lapin pour une fête.

Si les conditions physiques et les relations hiérarchiques sont dures au quotidien, Renault, à l’époque, soigne aussi son personnel. La paie y est meilleure que dans les petites entreprises, l’entreprise trouve les appartements, le CE organise les loisirs, les ouvriers découvrent le théâtre avec le TNP. Et puis, il y a aussi la parenthèse de mai 68 ou les petites histoires de chacun rencontrent la grande. Les Lambertistes croisent les maoïstes, les cégétistes et autres syndicalistes... tous ces noms en "iste" aujourd’hui disparus ou qui cherchent encore leur voie au 21 ème siècle.

Anne-Sophie Bellaiche

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