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Dans l'antre du verrier français Arc, à Nankin

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Présent en Chine depuis 2003, le groupe verrier Arc international ne cesse de s'y développer. Partie de rien, l'usine de Nankin qui emploie 1 000 personnes s'est hissée aux meilleurs standards de qualité du groupe. Reportage exclusif.

Dans l'antre du verrier français Arc, à Nankin © D. R.

En Chine comme ailleurs, pénétrer dans une verrerie, c'est assister à la confrontation du feu et du fer : le feu du verre en fusion, et le fer des imposantes machines tournantes qui, en un clin d'œil, mettent la matière brulante en forme. Au bout d'une avenue impersonnelle, l'usine d'Arc International nimbée de ce léger brouillard couvrant Nankin une partie de l'année, ne déroge pas à la règle. Juste derrière le bloc de bureaux couverts de céramique, à l'intérieur d'un banal bâtiment industriel, on y produit 43 000 tonnes de verre par an pour les arts de la table mais aussi à 35% pour l'industrie (hublots de lave linge, notamment).

Pour cela, une imposante machinerie est donc à l'œuvre. Sitôt passé la porte de l'usine, on voit trôner d'emblée un four surélevé de la taille d'une maison. Alimenté au gaz, il crache tous les jours ses 100 tonnes et plus de verre blanc en fusion. Pour cela, il faut chauffer à 1360 degrés ce mélange qui fait le secret des verriers. Un « mix » composé de sable blanc et d'ingrédients minéraux, dont certaines de ces terres rares comme l'erbium sur lesquelles la Chine veille jalousement.

Au pied du four, dans la salle de contrôle vitrée, des opérateurs en uniforme discutent bruyamment en mandarin en surveillant sur des écrans le bon fonctionnement du process piloté par des automatismes Rockwell. Tout va bien, peut-on vérifier aussi sur les deux caméras qui filment en permanence l'intérieur du four. A sa sortie, une coulée alimente en continu les 9 lignes automatisées qui fabriquent 400 000 pièces de verrerie par jour en 3x8. « Ici en 2004, il n'y avait rien nous sommes partis de rien, y compris avec les opérateurs, aucun n'avait travaillé dans le verre », assure Antonio Villacampa, CEO Asie d'Arc International.

L'histoire d'Arc en Chine débute en 2003. Pour tester le marché, le groupe y envoie des verres en vrac pour du parachèvement. Mais vite une vérité s'impose : pour vendre en Chine que ce soit au grand public ou dans la restauration, il faut y produire. Arc décide d'implanter une usine à Nankin, capitale du Jiangsu à 200 km à l'est de Shanghai. La ville a été choisie pour son dynamisme, le réseau de fournisseurs potentiels et son université. Pour maximiser ses chances, le français s'associe (pour moins de 5%) à ce qui l'équivalent de la Chambre de commerce locale. Celle-ci a fournit le terrain et aussi ouvert des portes dans les dédales de l'administration. En Chine, un bon partenaire cela compte !

Gare au défauts

Depuis l'expansion a été continue. La capacité de ce site certifié ISO 9001 et 14001 a été accrue de 50% en 2010. Le chiffre d'affaires atteint 80 millions de dollars. La croissance cible est d'au moins 15% par an.

Pour cela il faut donc produire à plein. Dans l'usine, en une ronde infernale, des machines carrousels mettent en forme dans les moules, défilants à toute allure, le verre en fusion. Les techniciens s'activent au réglage des machines. Qu'un paramètre soit défaillant et la grosse goutte de verre rougeoyante qui tombe d'une goulotte se tord en tout sens au lieu de prendre la forme voulue avant d'éclater en refroidissant. Rien d'inquiétant, cela fait partie du métier. Et ces « bris de verre » sont de toute façon recyclés dans le four. « Cette alimentation en verre brisé est même nécessaire à la bonne tenue du process du four », lance notre guide Laurent Top, responsable des nouveaux projets. Mais pas question ici de recycler de banales bouteilles, les arts de la table nécessitent un verre d'une grande pureté. Sinon gare aux défauts : l'obsession de tout verrier.

Un groupe familial très intégré
Réalisant 1 milliards d'euros de chiffre d'affaires avec 12200 salariés, Arc international est un groupe familial basé à Arcques (Pas de Calais). il dispose de 5 usines en France (2) aux Etats-Unis à Dubaï. A partir de 2006, il a connu des difficultés financières. Celles-ci l'on conduit à revoir sa stratégie industrielle en France où il a supprimé 3000 postes. Arc aujourd'hui redressé s'est parallèlement développé dans la distribution. Il produit jusqu'à 5 millions d'articles chaque jour dans le monde avec 20 000 références commerciales sous les marques Luminarc, Cristal d'Arques, Paris, Arcoroc, Chef & Sommelier et Pyrex (sous licence).
Comme à Arcques, l'usine de Nankin dispose de son propre atelier mécanique qui emploie plus de 70 personnes. Cette « usine dans l'usine » fabrique dans le plus grand secret la plupart des machines de production pour le site et même d'autres pour des groupes verriers non concurrents.
En parcourant les lignes au milieu d'un vacarme assourdissant Laurent Top énumère « nous fabriquons ici des produits soufflés, pressés, pressés soufflé et centrifugé». Les formes sont simples comme des gobelets, plus complexes comme des carafes ou nécessitent plusieurs opérations successives comme les verres à pied. Plus loin une machine éjecte un gros objet d'apparence incongrue, en fait un hublot de machine à laver. Cette spécialité en forte croissance pèse environ 25% des tonnages avec des clients comme Haier ou Bosch Siemens. Parmi les autres clients BtoB, le site compte aussi notamment Coca-Cola pour des verres promotionnels.

Un peu plus avant, dans l'atelier de conditionnement, le tintement de régiments de verres qui s'entrechoquent doucement sur les convoyeurs couvre peu à peu le bruit des machines. Les lots y sont mis manuellement en carton. Direction la Chine à 60%, et les autres marchés d'Asie Pacifique pour le reste. Avant cela les verres font l'objet d'un contrôle visuel en ligne et de tests de qualité par sondage, notamment bien sûr pour la résistance au choc. « Nos standards de qualité sont identiques à ceux de nos autres sites assure Antonio Villacampa : « en la matière, la performance ne vient pas de simples statistiques. On y parvient par une manière de faire, par le partage et la confiance dans les qualités humaines. Nous sommes fiers d'avoir pu réaliser ce transfert de compétences en deux ou trois ans ».

une nouvelle norme sur le verre trempé

Pour cela, Arc met en place des méthodes de production dernier cri et à déployé le 5S, mais le fait d'être « chinois en Chine » est aussi un éléments clés. Hormis quelques cadres occidentaux de passage, le site n'emploie en permanence que 4 expatriés sur 1 000 salariés. « Les chinois, notamment les cadres, aiment les entreprises fortes qui ont des valeurs, c'est notre cas. Nous nous appuyons sur les talents locaux : notre directeur commercial Chine est chinois et il n'y a pas un étranger dans l'équipe commerciale et marketing de ce pays. Pour être performant, il faut s'appuyer sur des chinois à fort potentiel capable de marier les habitudes de leur pays aux valeurs du groupe ». Signe de son intégration en Chine, le groupe français se félicite même d'avoir vu ses cadres participer à l'élaboration d'une nouvelle norme nationale sur le verre trempé.

Autre élément positif, le turn-over ne dépasse pas 10% par an, un bon niveau dans cette Chine de l'est où les ouvriers changent de job pour 100 yuans (11 euros) par mois. Et  où l'environnement change vite. Le 1er avril la province du Jiangsu va relever le salaire minimum de 12% pour le porter à 1 000 yuans. « Nous sommes vigilants sur les coûts mais nous ne sommes pas dans un course aux bas salaires, la rémunération moyenne de nos opérateurs est bien au dessus du salaire minimum », note Antonio Villacampa.

La crise au Japon où Arc est présent depuis longtemps aura-t-elle des répercutions sur le site? Non car très peu de produits y sont expédiés. En tout cas tout à coté du vaste bâtiment de production, un grand terrain est prêt pour accueillir une nouvelle extension. « Mais attention conclut Antonio Villacampa, la croissance est là, mais la bataille est rude : tous nos grands concurrents sont présents en Chine ».

L'usine Arc, à Nankin, en Chine

"Produire en Chine", un supplément de l’Usine Nouvelle

A bientôt dix ans de l’entrée de plain pied de la Chine dans la mondialisation avec son adhésion à l’OMC, L’Usine Nouvelle est parti à la découverte des industriels français qui ont fait le pari de produire dans ce pays continent. Loin des clichés sur les délocalisations, nos reportages exclusifs auprès des grands groupes ou de PME mettent en lumière le développement de ces entreprises sur l’un des marchés les plus dynamiques du monde. Mais la Chine c’est aussi une compétition féroce, la montée des coûts, le délicat pilotage des ressources humaines ou les dédales administratifs. 42 pages pour découvrir, comprendre, se comparer, piocher des idées ou des conseils.
 

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