Dans l'alimentaire, une loi présentée le 31 janvier…mais des négociations commerciales qui patinent

En attendant la loi présentée le 31 janvier en Conseil des Ministres, le gouvernement espérait des négociations commerciales annuelles plus apaisées dans l’agroalimentaire. Or, les prix proposés sont toujours aussi bas, dénoncent agriculteurs et industriels. Alors que la grande distribution promet de respecter l’esprit des Etats Généraux de l’Alimentation.

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Dans l'alimentaire, une loi présentée le 31 janvier…mais des négociations commerciales qui patinent

La "trêve des confiseurs" aura été de courte durée… dans le secteur de l’alimentaire. A l’occasion de ses vœux à la presse mardi 9 janvier, Christiane Lambert, la patronne de la FNSEA, principal syndicat agricole, a renouvelé son inquiétude sur l’état des négociations commerciales en cours. "Ça ne va pas bien !", assure-t-elle au sujet de ces discussions annuelles entre les industriels de l’agroalimentaire et la grande distribution pour fixer les prix de leurs produits.

Malgré la "Charte d’engagement" signée par tous les acteurs de la filière en novembre afin de revaloriser les prix et in fine les revenus des agriculteurs (qui se limitent à 354 euros mensuels pour 30% d’entre eux), certains commerciaux de la grande distribution "disent clairement qu’ils s’assoient dessus, ce qui est proprement scandaleux !", dénonce Christiane Lambert. Ils exigent des baisses de prix "trop importantes", supérieures à 2%, refusent de reconnaître l’inflation du prix de certaines matières premières, "comme le bœuf ou le beurre"

Laisser le temps…jusqu’au 1er mars

Certes, lors de ces discussions qui s’étendent du 1er novembre au 1er mars, "on sait que cela commence toujours très durement, forcément. La question est : comment cela évolue après ?", confiait-on au ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation fin décembre. "Pas de jugement hâtif", relativisait donc au même moment Jacques Creyssel, le patron de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), qui représente les grandes enseignes, sauf Leclerc et Intermarché. "L’engagement de la grande distribution sur la charte sera respecté. Notre très forte implication avec les fédérations de producteurs pour la signature des plans filières le démontre." Pour tenter de mettre fin à la guerre des prix entre grandes surfaces, c’est d’ailleurs aussi au consommateur de jouer le juge de paix, alors que, dans l’Hexagone, ce sont Leclerc et Lidl, promoteurs des prix bas, qui gagnent des parts de marché…

Des industriels "très inquiets", mais la peur de remontrances

Et qu’en pensent les premiers concernés, les industriels ? A l’Ania, le syndicat de l’agroalimentaire, on se dit "très inquiet" des situations rencontrées dans les boxes de négociations. Mais le syndicat entend "jouer le jeu" pour l’instant, et collecter suffisamment d’informations pour pouvoir prendre position. "La bonne santé des industries alimentaires et des exploitations agricoles en dépend", rappelait-il fin décembre, alors que la déflation en GMS depuis 2014 aurait conduit à une destruction de valeurs de l'ordre de trois milliards d’euros à l’échelle de la filière.

"Les négociations commencent durement avec certaines enseignes. L’une d’elles en particulier a dit aux fournisseurs : avec les Etats Généraux de l’Alimentation, on attend que vous donniez vos prix de revient, pour mieux les décortiquer", confiaient les porte-paroles de Coop de France, la fédération des coopératives agricoles, mi-décembre. Qui veillent aussi à recouper un maximum de témoignages, tout en respectant l’anonymat des entreprises, afin qu’elles ne puissent être mises à l’amende par les distributeurs…

Des « actions » dès cette semaine, côté FNSEA

"Il y a un marchandage actuellement, que je déplore, où les distributeurs sont complètement excessifs dans la demande de baisse de prix et où les transformateurs sont aussi excessifs dans la demande de hausse de prix", estimait pour sa part Serge Papin, le patron de Système U, sur RMC/BFM TV le 22 décembre. Tout en se montrant confiant. "Concernant le lait, les engagements pris, y compris par les grands transformateurs, - j'ai vu les prix proposés par Danone, par Savencia, par Sodiaal, ils sont de l'ordre de 35, 37 centimes -, signifient qu'il va y avoir une hausse pour les producteurs de lait".

Mais pas question pour la FNSEA de laisser faire d’ici le 1er mars. Elle promet "des actions syndicales dès cette semaine". Elle annonce avoir écrit aux ministères de l’Agriculture et de l’Economie, et demandé à Emmanuel Macron de s’exprimer sur le sujet avant le Salon de l’Agriculture.

Ce que promet la future loi...

Quelle peut être la réponse du gouvernement ? A l’occasion de la clôture des Etats Généraux de l’Alimentation, le 22 décembre, le Premier ministre Edouard Philippe avait promis de réunir "le groupe de suivi des négociations commerciales en début d'année, pour faire un point précis sur leur déroulement. Nous en tirerons les conséquences sur les contrôles à effectuer et sur le contenu des textes en préparation".

Allusion à la loi issue de ces Etats Généraux, qui devrait passer dès le 31 janvier en Conseil des Ministres, mais pourra difficilement être promulguée avant la fin de ces négociations. Elle prévoit l’expérimentation pour deux ans du relèvement du "seuil de revente à perte" à 10% (ce qui oblige les grandes surfaces à revendre un produit alimentaire au minimum au prix où elles l’auront acheté, majoré de 10%, afin de couvrir les frais de logistique et de transport auparavant assumés par les industriels et agriculteurs), et l’encadrement des promotions à 34% en valeur (soit trois articles achetés au prix de deux) et 25% en volumes. Mais comment faire respecter ces dispositions à la grande distribution, régulièrement condamnée pour mauvaises pratiques ? Il faudra se contenter des moyens de l’Etat : entre la DGCCRF, le ministère de l’Agriculture et un nouveau pouvoir de contrôle donné aux agents de FranceAgrimer.

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