Dans l’alimentaire, des négociations commerciales au goût amer

Une loi devait permettre de mieux réguler le prix auquel la grande distribution achète les produits alimentaires. Mais la promesse d’Emmanuel Macron n’a pas été prête à temps pour les négociations commerciales annuelles, qui se bouclent ce 1er mars dans un climat très tendu.

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 Dans l’alimentaire, des négociations commerciales au goût amer
les négociations commerciales annuelles entre l’industrie agroalimentaire et la grande distribution, débutées en octobre dernier, se bouclent jeudi 1er mars avec un goût amer.

Les promesses d’il y a quelques mois – entre la signature d’une Charte et la clôture des Etats Généraux de l’Alimentation -, ne semblent pas avoir été tenues. A l’issue d’un nouveau round, les négociations commerciales annuelles entre l’industrie agroalimentaire et la grande distribution, débutées en octobre dernier, se bouclent ce 1er mars avec un goût amer.

Du côté des fabricants de produits alimentaires (agriculteurs ou transformateurs privés), on regrette que la loi promise par Emmanuel Macron et présentée en Conseil des ministres le 31 janvier - visant à revaloriser le salaire des producteurs, mieux prendre en compte l’évolution des prix des matières premières agricoles… – ne soit toujours qu’un projet. Le texte devrait en effet être promulgué au cours du premier semestre…

Or, faute de loi, rien n’a changé, estime-t-on notamment à la FEEF, qui représente les PME fournissant la grande distribution, soit 700 000 emplois. Son président, Dominique Amirault, s’inquiète des conséquences : "visibilité réduite, dégradation des marges et, de fait, érosion des capacités d’investissement, d’innovation et de création d’emplois." Lui préfère signer des accords en direct avec chaque enseigne, "pour progresser dans la « différenciation PME »".

Perquisitions et contrôles de l’Etat se multiplient

Sur son stand du Salon de l’Agriculture, Coop de France n’est pas à la liesse. La fédération des 2 500 entreprises coopératives agricoles et agroalimentaire a enregistré, du côté de ses adhérents, des "demandes de déflation généralisée sans contrepartie de la part des grandes surfaces allant de 3 à 12%", quasiment "aucune discussion sur les leviers de valorisation des produits", "la multiplication des menaces de déréférencement, parfois mises à exécution" (comme sur le groupe Bel, voir ci-dessous)… Sans compter les demandes abusives de promotions. Elle en appelle aux services de l’Etat pour faire la police et réprimander des comportements illégaux.

La DGCCRF, qui dépend du ministère de l’Economie, vient d’ailleurs d’épingler Intermarché pour sa récente promotion géante sur le Nutella, l’accusant d’avoir pratiqué de la revente à perte. Tandis que des perquisitions ont été menées cette semaine par ses agents au siège de Leclerc, à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne). "Regardez-moi bien dans les yeux: il y aura des contrôles et des résultats concrets, a promis, samedi 24 février, Emmanuel Macron à un agriculteur lors de l’ouverture du Salon de l’Agriculture. Vous verrez des sanctions fortes sur ce sujet !"

Des hausses de prix "entre 0,7 et 2%", jure la grande distribution

A l’issue d’une nouvelle réunion tendue du Comité de suivi des relations commerciales, le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation Stéphane Travert avait d’ailleurs promis le 22 février qu'un groupe de travail réunirait prochainement l'ensemble des observatoires de prix mis en place par les industriels et distributeurs (Ania, Ilec, FCP, Coop de France, etc.) pour comparer leurs données, sous l'égide de FranceAgriMer ou de l'Observatoire des prix et des marges.

A la Fédération du Commerce et de la Distribution - qui représente toutes les grandes surfaces sauf Leclerc et Intermarché - on assure proposer, selon les produits, des hausses situées "entre 0,7 et 2%. Les augmentations sont significatives, en particulier sur les produits laitiers", avec également une croissance des prix des produits de charcuterie.

Les confidences de Danone et Intermarché

Grâce à "notre vision à 360 degrés, nous agissons via notre pôle industriel et avons aussi passé à nos acheteurs des consignes d’inflation sur les produits agricoles", assure à L’Usine Nouvelle Thierry Cotillard, président d’Intermarché, seul distributeur à disposer en interne d’un bras armé industriel, Agromousquetaire. Il jure avoir accepté de payer plus cher les produits des entreprises se montrant transparentes sur la répercussion de la valeur auprès des agriculteurs, comme le fromager Bel.

Qu’en dit François Eyraud, le directeur général de Danone Produits Frais en France, qui fut également coprésident de l’atelier sur la répartition de la valeur aux Etats Généraux ? "Un certain nombre de distributeurs l’ont pris en compte de façon significative, d’autres le font moins que ce qu’ils font croire…, confie-t-il. Mais sans les Etats Généraux, cela aurait été encore pire. Il y a vraiment eu un consensus général sur le fait que le modèle dans lequel nous nous trouvons est à bout de souffle, qu’il n’est pas possible de continuer ainsi."

Bel victime des tensions avec la grande distribution

Il est présenté par les éleveurs comme un pionnier, pour avoir joué le jeu de la transparence et de la visibilité sur le prix auquel il achète leur lait. Le groupe français Bel, qui fait partie des leaders mondiaux des fromages (avec ses marques Vache-qui-rit, Kiri…), a justement souffert l’an dernier de "fortes tensions des négociations annuelles avec les distributeurs qui ont pu entraîner des déréférencements de certains de nos produits". Faute d’être parvenu à l'époque à leur répercuter les hausses des prix du lait et des matières premières, le groupe s’attend à un résultat opérationnel (qu’il ne dévoile pas encore) "en retrait marqué", alors que son chiffre d’affaires est passé de 2,9 milliards à 3,3 milliards d'euros en 2017 (grâce également à l'intégration de Mont-Blanc Materne).

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