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Danone à l’étroit dans ses usines au Brésil

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Reportage Malgré le ralentissement de l’économie brésilienne, Danone semble épargné, enregistrant encore des taux de croissance de 15 % par an sur ses marchés. N’ayant pu racheter le leader local Brasil Foods récemment, le français agrandit et construit des usines pour ses quatre métiers, produits laitiers, eaux, nutrition infantile et nutrition médicale.

Danone à l’étroit dans ses usines au Brésil
Embouteillage d'eau Bonafont au Brésil
© Thomas Haley

A une dizaine de kilomètres du site historique de Danone Brésil à Paços de Caldas, au nord de Sao Paulo, pelleteuses et tracteurs sont en plein travaux de terrassement au milieu des champs. Sur ce terrain situé dans une future zone industrielle, le groupe français débute la construction de sa première usine de produits de nutrition infantile au Brésil. Tout un symbole. Alors que la croissance du PIB de la septième puissance économique mondiale est désespérément atone (+0,3 % attendu en 2014 selon le FMI), Danone connait une forte augmentation de la consommation pour ses produits, de l’ordre de 15 % chaque année depuis quatre ans, soit un taux deux à trois fois supérieur à la moyenne du groupe dans le monde.

Avec presque un milliard d’euros de chiffre d’affaires, le Brésil est le dixième pays du groupe en valeur. Il fait partie de ses six pays stratégiques, baptisés "Micrub", aux côtés du Mexique, d’Indonésie, de la Chine, de la Russie et des États-Unis. "Les produits de nos quatre métiers sont encore sous-consommés au Brésil, même dans le secteur laitier, mais le potentiel est immense", a commenté le 16 novembre, Emmanuel Faber, le nouveau directeur général du groupe, lors la finale du tournoi sportif Danone Nations Cup à Sao Paulo. Surtout au regard de la population de 202 millions d’habitants dont le niveau de vie augmente chaque année. "En France, un consommateur mange 25 kg de produits laitiers frais chaque année. Au Brésil, le niveau n’était que de 7,5 kg en 2013, mais cela augmente fortement", insiste Dario Marchetti, le directeur général de l’activité produits laitiers de Danone au Brésil. Il y a moins de dix ans, en 2005, un Brésilien ne consommait seulement que 5kg de produits laitiers frais par an !

Augmenter les capacités de production

Face à une demande en forte hausse pour les produits de ses quatre divisions (produits laitiers frais, eaux, nutrition infantile et nutrition médicale), Danone cherche de nouvelles capacités. L’échec en septembre des négociations pour racheter Brasil Foods et ses onze usines de produits laitiers, tombées finalement dans l’escarcelle du compatriote Lactalis, pousse aujourd’hui le groupe à opter pour la croissance interne. "Notre outil de production est saturé. Il faut absolument que l’on augmente nos capacités de production. Nous réfléchissons à construire une nouvelle usine de produits laitiers", assure-t-on du côté de la direction du groupe. Le site viendrait compléter à moyen terme l’immense usine de Poços de Caldas, et celle de Maracanaú, dans l’état de Ceará au  Nord-est. En attendant, une seconde ligne d’encas Danio sera installée en 2015 à Poços de Caldas pour doubler la production. Le produit lancé il y a tout juste un an, connaît un vif succès, au point d’avoir propulsé le Brésil premier pays de consommation de Danio dans le monde.

Si les produits laitiers de Danone représentent toujours l’essentiel de l’activité brésilienne de Danone (77 % en 2013), en raison de leur présence historique, les autres divisions connaissent également de fortes croissances. Dans les eaux en bouteilles (5,5 % du groupe), Danone connait des hausses de consommation de 50 % par an, qui le poussent aussi à s’agrandir. Introduite en 2008, sa marque d’origine mexicaine, Bonafont, est devenue numéro un du marché dans l’Etat de Sao Paulo, le seul où elle présente aujourd’hui. Mais l’acquisition d’une quatrième usine en début d’année, à Nova Iguaçu, dans l’état de Rio de Janeiro, va lui permettre à court terme de commencer à se déployer hors de l’état de Sao Paulo, qui représente 40 % du marché brésilien des boissons non alcoolisées.

Réduire les importations en nutrition infantile et médicale

Un des enjeux de la course à la capacité à laquelle se livre Danone au Brésil actuellement, est notamment de réduire ses importations. Un objectif particulièrement important pour la nutrition médicale, second métier du groupe au Brésil, avec 9,5 % du chiffre d’affaires, et la nutrition infantile (8 %). La division nutrition médicale, qui enregistre une croissance de 24 % depuis le début de l’année, selon son directeur Miguel Devoto, a acquis une usine en juillet 2013, à Fortaleza, au Nord du pays, suite au rachat du brésilien Nutrimed. "Posséder un outil de production au Brésil est très important. Cela réduit le coût de nos importations des Pays-Bas et nous permet d’offrir des produits complémentaires en terme de prix sur le marché", explique Miguel Devoto. Le Brésil fait ainsi partie des 4 seuls pays au monde où Danone possède une usine de nutrition médicale, avec les Pays-Bas, la Grande-Bretagne et la Chine. Actuellement, la production locale brésilienne ne couvre que 10 % des besoins du groupe pour le marché brésilien de la nutrition médicale. L’objectif de Danone est d’atteindre 50 % en 2020. D’ici au mois d’août 2015, le groupe prévoit d’augmenter de 20 % les capacités de son site, ce qui portera à 20 % le taux de couverture de ses besoins dans le pays. Une nouvelle technologie de conditionnement sera déployée, avec la mise en place de nouveaux contenants en métal.

L’enjeu est identique pour la nutrition infantile, segment sur lequel Danone est présent sur place depuis 2007, suite au rachat de Numico. Sans usine au Brésil, Danone importe d’Argentine et des Pays-Bas ses poudres de lait vendues sous les marques Milnutri et Aptamil, et fait appel à des sous-traitants brésiliens pour certaines spécialités aux céréales et au chocolat. La nouvelle usine, à Poços de Caldas, dont le montant de l’investissement est tenu secret, aura une capacité annuelle de 30 000 tonnes de poudre de lait. Soit le triple de ce que la division vend aujourd’hui en volume dans le pays. De quoi prendre de l’avance sur le marché encore jeune de la nutrition infantile au Brésil, mais qui devrait atteindre un milliard d’euros en 2014, soit une hausse de 50 % en sept ans.

Adrien Cahuzac, à Sao Paulo (Brésil)

40 ans de présence au Brésil
1970 : Gervais-Danone s’implante au Brésil, en prenant une participation dans le fabricant Laticinios Poços de Caldas
2007 : Lancement des activités de nutrition infantile et médicale, suite au rachat de Numico
2008 : Lancement de la marque d’eau de sources Bonafont
2014 : Danone est numéro un du pays dans les produits laitiers, les eaux en bouteille et la nutrition médicale et numéro deux, derrière Nestlé, en nutrition infantile

10ème marché de Danone dans le monde en valeur

4 % du chiffre d’affaires du groupe
Six usines (4 pour les eaux de source et 2 pour les produits laitiers)
4 500 salariés
 

 

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