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L'Usine de l'Energie

Daniel Verwaerde (CEA) : "Cette crise nous engage à repenser le nucléaire"

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L’administrateur général du CEA réaffirme les missions de l’organisme de recherche dans le nucléaire et le transfert de technologie à l’industrie.

Daniel Verwaerde (CEA) : Cette crise nous engage à repenser le nucléaire © photo pascal Guittet

«En mars, Reuters a classé le CEA comme l’organisme public de recherche le plus innovant au monde, devant le Fraunhofer (Allemagne) et le JST (Japon). Cette distinction est un indicateur de la capacité du CEA à déposer et exploiter des brevets, et donc à valoriser les résultats de ses recherches auprès de l’industrie. Mais je pense qu’elle est surtout révélatrice, au-delà du nombre de brevets déposés, du rôle essentiel joué par le CEA dans le développement de technologies clés génériques, venues souvent du nucléaire, mais applicables à de nombreux domaines. Ainsi, lorsque j’étais responsable du programme Simulation à la Direction des applications militaires, j’ai été à l’origine de la relance d’une industrie des gros calculateurs en France, par Bull (aujourd’hui dans Atos). Une technologie qui répondait à un besoin très restreint, mais qui a débouché sur toute une gamme de produits chez le constructeur informatique : des supercalculateurs utilisables pour différents domaines d’application, mais aussi des serveurs pour le cloud… De même, il ne faut pas oublier que nombre de technologies nées au Leti, notre centre de R & D en microélectronique de Grenoble qui travaille pour de nombreux domaines, ont d’abord été développées pour des applications nucléaires.

Depuis sa création en 1945, le CEA est passé du tout nucléaire à des champs de recherche beaucoup plus larges, sur les énergies bas carbone en général, les technologies de l’information, et les biotechnologies pour la santé. Le principal changement a été un grand coup de barre vers les énergies renouvelables, qui a eu pour inconvénient de rendre presque “honteuse” la recherche sur le nucléaire. Depuis ma nomination au poste d’administrateur général il y a dix-huit mois, j’insiste, même si cela crée quelques remous, pour que les développements – justifiés – sur les énergies renouvelables, le numérique et la santé se fassent en harmonie avec la recherche sur le nucléaire.

Au moment où l’industrie nucléaire civile française est dans une mauvaise passe, si l’on veut conserver ce qui est, quoi qu’on en pense par ailleurs, un fleuron technologique, il faut garder un lien fort entre la R & D du CEA et cette industrie. L’industrie nucléaire ne peut se développer sans le CEA, et la réciproque est aussi vraie. La crise actuelle est une occasion de repenser le nucléaire. Il faut se poser la question de la taille des réacteurs – on a besoin d’EPR à 1 600 MW, mais pas seulement –, réfléchir au meilleur mix énergétique, avoir une approche système qui comprend le stockage de l’énergie (un point faible aujourd’hui). Par ailleurs, depuis l’arrêt de la construction de nouvelles centrales, à la fin des années 1990, le principal point faible de la filière nucléaire est d’avoir perdu sa capacité à gérer de très grands projets. Une expertise qui existe toujours au CEA…

On peut même aller plus loin, et parler pour l’avenir d’un nucléaire durable. La recherche au CEA sur les réacteurs nucléaires dits de quatrième génération a pour but d’aboutir à la production d’énergie en minimisant la consommation de matières premières et la production de déchets. Pour jouer ce rôle, le CEA s’appuie aussi sur une direction de la recherche fondamentale, qui a un lien fort avec les trois autres directions axées sur la recherche appliquée (applications militaires, énergie nucléaire, recherche technologique). C’est très important d’avoir cette approche de la recherche non guidée par les applications, car ce sont souvent des recherches fondamentales apparemment sans applications précises qui, dix ans plus tard, vous permettent de rebondir dans votre domaine.

En fait, la plupart de nos chercheurs en sciences fondamentales appartiennent à des laboratoires mixtes (avec le CNRS, l’université, l’Inserm…), ce qui est pour nous un moyen d’être à l’écoute de la recherche nationale et mondiale. Ensuite, et c’est là que l’on retrouve notre fonction de passerelle technologique, qui est l’ADN du CEA, une bonne idée ébauchée en laboratoire pourra entrer en maturation dans l’une des directions d’applications et finalement être transférée à un industriel. C’est l’ensemble de ce processus qui me permet d’affirmer que le CEA est le berceau de la souveraineté technologique de la France : on y réalise la R & D qui permettra à notre pays de continuer à se protéger et à se développer. »

Propos recueillis par Thierry Lucas

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Usine Nouvelle N°3496-3497

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