Daniel-Eric Marchand, société Unigrains

« Avant d'arriver à la deuxième génération de biocarburants, il faut bien passer par la première.»

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Daniel-Eric Marchand, société Unigrains
Créée dans les années 1960 par les céréaliers français, Unigrains est une société financière spécialisée dont l'activité d'investisseur s'exerce spécifiquement dans les entreprises agroalimentaires et agro-industrielles, dans les biotechnologies et dans les services connexes.

Quelle quantité de bioéthanol produit-on en France aujourd'hui ?
Un peu plus de 5 millions d'hectolitres de bioéthanol ont été produits en France en 2007. Les objectifs fixés par le gouvernement français pour 2008 sont d'incorporer 5,75% de bioéthanol dans l'essence, calculé en équivalent énergie, soit environ 8,7% en volume.
On consomme plus de 9 millions de tonnes d'essence en France, soit plus de 11 millions de mètres cube. Il faudra donc environ 1 millions de mètres cubes de production d'éthanol pour atteindre l'objectif national, le double de ce qui a été produit en 2007.

Pourquoi n'atteint-on pas encore les objectifs ?
Tout cela va monter en puissance. Les usines qui ont fait l'objet d'un programme d'investissement de plus d'un milliard d'euros, ont démarré pour certaines en 2007,pour d'autres en 2008, ou vont démarrer au printemps 2009.

Quelles sont les nouvelles usines en France qui produisent du bioéthanol ?
AB Bioenergy (Groupe ABENGOA) à Lacq produit du bioéthanol de maïs, Cristanol (Groupe Cristal Union) à Bazancourt au Nord de Reims comporte une ligne de production à partir de betteraves qui fonctionne déjà, celle à partir de blé démarrera en mars 2009. Le Groupe sucrier TEREOS exploite une unité à Origny Ste-Benoîte à partir de betteraves depuis 2006, et une usine à partir de blé à Lillebonne près de Tancarville (Havre) depuis juillet 2007. Près de Strasbourg, Roquette, un amidonnier, produit aussi du bioéthanol à partir de blé.

Les champions du flex fuel

Les véhicules flex fuel possèdent un moteur permettant de rouler indifféremment avec toutes les concentrations de bioéthanol comprises entre 0 et 85%, voire 100% pour certains constructeurs.
Deux tiers des voitures neuves en Suède fonctionnent au flex fuel. Au Brésil, il s'agit de la moitié du parc automobile, et de quasiment toutes les voitures neuves. En France, seules 6250 voitures roulaient au flex fuel fin août 2008 sur un parc de 30 millions d'automobiles.
La première génération de biocarburants a été critiquée pour ses mauvais rendements et sa concurrence alimentaire. Quid de la deuxième génération, qui utiliserait de la biomasse non comestible, dans la production de bioéthanol actuelle ?
Avant d'arriver à la deuxième génération, il faut bien passer par la première. C'est la seule façon de répondre très rapidement à la nécessité de diminuer les rejets de CO2 fossile dans l'atmosphère. La deuxième génération ne sera industrialisable au mieux qu'entre 2012 et 2015 : il fallait une alternative avant. Les recherches vont dans le bon sens. Et puis les usines qui utilisent la voie fermentaire ont le bon goût d'être réutilisables pour la deuxième génération !
En Europe, le débat alimentaire/non alimentaire est un faux débat parce que la production est marginale. Moins de 2% des surfaces de céréales sont concernés par le bioéthanol aujourd'hui. L'augmentation des rendements de la campagne 2008 a couvert à elle seule les besoins. L'objectif d'incorporer 10% de biocarburants dans les carburants d'ici à 2010 est un objectif raisonnable qui ne posera pas de problème en termes de concurrence alimentaire.

Les objectifs en valeur absolue sont moindres pour le bioéthanol que pour le biodiésel, à cause de la diésélisation du parc automobile français ?
En effet. D'ici à 2010, les usines de biocarburants devront couvrir 7% en PCI (équivalent énergie) de la production de carburant. Compte tenu du déséquilibre entre les voitures diésel et essence en France, il faudra produire beaucoup plus de biodiésel que de bioéthanol : 33 millions de tonnes de gazole sont consommées par an en France, contre 9 millions de tonnes d'essence. Côté bioéthanol, nous serons aux objectifs en 2009.

Quels sont les défis à relever aujourd'hui pour les industriels du bioéthanol ?
Le défi pour les industriels est d'optimiser les process pour augmenter les rendements de fermentation, la production des usines et diminuer la consommation d'énergie.
L'Europe va demander un bilan CO2 environnemental « du champs à la roue ». Mais l'intérêt environnemental de la filière bioéthanol est confirmé par les premiers résultats de l'étude méthodologique récente ADEME/IFP/MEEDAT/MAP/ONIGC. D'autre part, on a aussi montré que les critères de durabilité qui pourraient être fixés par Bruxelles pour les unités de production de biocarburant sont déjà atteints dans nos unités françaises . Le bioéthanol permet une réduction de 60% des émissions de CO2 par rapport à la filière essence. Nous pouvons aussi réaliser des économies d'énergies en faisant fonctionner nos chaudières à partir de paille et améliorer ainsi le bilan global CO2.

Le bilan énergétique de la production pétrolière montre qu'avec une unité d'énergie fossile on ne produit que 0,85 unité énergétique "essence". Car pour faire tourner une raffinerie, pour transporter le carburant, il faut aussi de l'énergie. C'est le bilan dit « du puit à la roue ». Dans le cas du bioéthanol, avec une unité d'énergie fossile on produit deux unités de bioéthanol. Ce bilan peut être d'autant meilleur que nous mettrons en place des unités de cogénération pour fournir de l'énergie aux unités de production de bioéthanol. Mais les investissements sont lourds : la filière a dépensé plus d'un 1 milliard d'euros pour se développer, la filière du biodiésel a dépensé des montants du même ordre. Or un dispositif de cogénération coûte entre 60 et 80 millions d'euros.

On en parle beaucoup moins, mais le grand débouché de la biomasse, outre les biocarburants, sont les bioplastiques ?
Oui, les bioplastiques et toute la chimie du carbone à partir de la biomasse ont beaucoup d'avenir. La chimie des sucres en C5,ou C6, c'est tout simplement de la chimie du carbone. C'est finalement comme la chimie du pétrole. A partir de la chimie du glucose d'origine végétal, il est possible de produire des molécules de base, qui transformées ou polymérisées serviront in fine à produire des intermédiaires pour l'industrie chimique, dont des bioplastiques .On sait produire aujourd'hui, par exemple de l'acide lactique par fermentation du glucose, qui, polymérisé, donne du PLA (acide polylactique), bioplastique permettant la fabrication de barquettes pour l'agro-alimentaire. De très nombreuses applications sont envisageables et cette nouvelle chimie prendra beaucoup d'essor dans les années qui viennent.

Ana Lutzky

Lire aussi :
Refiscalisation des biocarburants : la filière Bioéthanol réagit au Mondial de l'auto, le 06/10/2008
Biocarburants 2G : les micro-algues gagnent la course , le 25/09/2008





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