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Dacia attend Renault dans un mélange d'angoisse et d'impatience

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Publié le

Renault espère conclure la reprise de Dacia d'ici à la fin du mois, à l'occasion de la privatisation du constructeur roumain. Après une collaboration avec le français entre 1968 et 1978, les Roumains attendent cette opération avec impatience mais ils craignent pour leurs emplois. Car Renault n'a pas caché son intention de supprimer près de 10 000 des 28 000 emplois que compte Dacia.

Les entreprises citées


En passe d'obtenir son diplôme de professeur de français, Michalea vient, avec trois de ces collègues, de se faire embaucher comme interprète à l'usine de Dacia. " On pense qu'avec la venue de Renault on devrait avoir de plus en plus de travail ", dit-elle. Parmi les 28 000 salariés de l'usine de Dacia, établie au pied des Carpates, à 150 kilomètres de Bucarest, Michaela est pourtant bien la seule à regarder l'avenir en toute sérénité. Car, dans les allées enfumées de l'usine, personne ne se fait guère d'illusions. Même si Renault est attendu avec impatience, beaucoup ont peur de perdre leur poste. Et donc leur salaire, d'environ 100 dollars par mois. Pourtant, Dacia n'a pas démérité. Ecoulant difficilement 20 000 véhicules par an au lendemain de la révolution, au début des années 90, le constructeur roumain a frôlé la mort. A cette époque, les meilleurs ingénieurs pliaient bagages pour s'envoler vers d'autres cieux de l'automobile, notamment américains. Aujourd'hui, Dacia est pourtant bel et bien vivant. Il produira cette année 108 000 voitures. Un record ! Son président, Constantin Stroe, a même déclaré que l'entreprise gagnerait en 1998 de l'argent (entre 5 et 6 millions de dollars). Nul doute que dans une économie roumaine sinistrée (un PIB en récession de 5 % cette année), le constructeur roumain fait figure de miraculé.

" Le président de Daewoo, Kim Woo-choong, est venu quinze fois à l'usine pour comprendre comment nous faisions pour produire des voitures si peu chères ", s'amuse Doru Coman, le directeur des opérations internationales. Selon lui, le secret de cette renaissance ne fait aucun doute : un prix de vente défiant toute concurrence étrangère (entre 3 500 et 4 000 dollars) et une politique d'élargissement de sa gamme. Car, à partir de l'historique R12, lancée par les ingénieurs de Renault entre 1968 et 1978, et qui représente aujourd'hui encore 52 % de la production, le constructeur roumain a progressivement multiplié les versions : break, utilitaire, pick-up. Et finalement trouvé ses clients : en trois ans, la vente des utilitaires a ainsi plus que doublé, pour représenter environ 20 000 unités cette année. Mais la grande fierté du constructeur roumain reste sa Nova Dacia, un véhicule " 100 % Dacia ", sorti voilà maintenant trois ans, après presque neuf années de développement. Pourtant, aujourd'hui, sur la nouvelle ligne de montage de l'usine, a priori réservée à la nouvelle star, les vieilles Dacia 1310 (la version roumaine des R12) restent majoritaires. Indéboulonnables, près de trente ans après leur lancement... " Les Roumains sont très conservateurs dans leurs goûts, et aiment avant tout des voitures à usages multiples ", tente d'expliquer, un peu résigné, Dinu Cioroianu, le directeur de fabrication de Dacia. Avec seulement 20 000 Dacia Nova produites en trois ans, le constructeur a pris conscience de ses limites.

Encore très intégré, Dacia devra réaliser sa révolution

" En prenant la responsabilité de tout faire tout seul, nous avons dû nous confronter à une multitude de difficultés. Nous avons beaucoup souffert de notre manque d'expérience ", reconnaît Viorel Sandru, à la tête des 700 personnes (mais seulement 250 ingénieurs) du centre de recherche-développement. Avec les futures normes antipollution européennes (Euro 2) appliquées à tous les véhicules vendus sur le marché roumain à partir du 1er janvier 2000, Dacia sait qu'il ne pourra pas continuer tout seul. " En matière de motorisation et de sécurités passive et active, nous ne serons jamais au niveau sans collaboration avec un constructeur comme Renault ", poursuit Viorel Sandru. Aujourd'hui, des activités de fonderie aux fabrications de boîtes de vitesses, en passant par la machine- outil, Dacia touche encore à presque tous les métiers de l'automobile. Très intégré, dans la pure tradition des anciens combinats socialistes, le constructeur roumain n'a pas vraiment réalisé de mue culturelle. " Beaucoup assimilent encore performance et production. Les notions de stocks et de qualité restent encore abstraites. Pour changer, il faudra une véritable révolution mentale ", reconnaît Dinu Cioroianu. Même sur la nouvelle ligne de montage de la Dacia Nova, on reste à des années-lumière des préceptes du " toyotisme " qui gouvernent la majorité des grandes usines d'automobiles. Foin du " kanban ", du " kaizen " et d'autres " poka-yoke " ! Dans les ateliers de Dacia, éclairés de néon très années 50, on cogne à grands coups de marteaux et on visse encore avec des tournevis à main... Sur les bords de la ligne d'assemblage règne un joli " foutoir ", tandis que les Dacia 1310, suspendues par des chaînes, oscillent, après chaque opération, comme de lourdes balançoires. Et quand on demande à Ion Moise, le responsable du montage de la Dacia Nova, ce qu'il attend de l'arrivée de Renault dans l'usine, il répond, après un long silence de réflexion : " La livraison de pistolets visseurs avec contrôle de couple électronique... ". De notre envoyé spécial en Roumanie,



Dacia en chiffres

Date de création 1968

Capital 51 % public et 49 % privé

Nombre d'employés 28 000

Moyenne d'âge 35 ans

Production en 1998 106 000 (dont 52% adaptation de la R12 de Renault)

Nombre de versions produites 7

Part de marché roumain en 1998 environ 65 % (autres constructeurs en Roumanie : Daewoo et Aro)
 

 

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