Economie

Croissance : une course contre la montre

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Tribune Quelles filières industrielles françaises peuvent être dans le peloton de tête de l'économie mondiale et jouer la victoire d’étape chez les "dragons" du monde émergent ? Pour répondre à cette question, Ludovic Subran, chef économiste de l’assureur crédit Euler-Hermès, utilise la métaphore du cyclisme et analyse les clés de la croissance de demain pour l'industrie française.

Croissance : une course contre la montre © DR

Une reprise en faux plat

Le Made in France et le Made in Monde. Quel beau titre de conférence pour la 4e édition des Assises de l’industrie, le 6 novembre 2013. Quels pays vont en effet tirer l’activité des entreprises françaises que l’on exhorte à aller chercher la croissance là où elle se trouve ?

Le tour du monde des opportunités (et des risques) a un tracé plus accidenté qu’auparavant : la reprise à feu doux en zone euro ne tirera que légèrement la croissance du chiffre d’affaires des entreprises exportatrices, et lorsqu’on parle du grand export, on préfère aujourd’hui parler du risque de change et d’une émergence industrielle partielle, plutôt que des chiffres de croissance du PIB toujours aussi alléchants.

De la "route de la tablette" à celle du plastique ?

Exportez qu’ils disaient ! Oui mais vers où ? Dans un récent rapport intitulé les nouvelles routes du commerce mondial, nous évoquions les "next 18", ces dix-huit pays qui représentent de vrais potentiels pour les exportateurs français : de la Chine au Brésil, en passant par l’Equateur, le Ghana, mais aussi l’Indonésie ou l’Arabie Saoudite. Mais la véritable question est bien celle-ci : quelles filières industrielles françaises peuvent être dans le peloton de tête et jouer la victoire d’étape chez ces dragons, jaguars et autres tigres du monde émergent ? Le retail ou les biens d’équipement ? La pétrochimie ou l’auto ?

Dans les secteurs phares, on retrouve la pétrochimie, la pharmacie, l’auto (équipementiers et constructeurs), l’agroalimentaire... Des secteurs sur lesquels la France n’a pas à rougir. Au total on parle d’un potentiel équivalent (à peu de choses près) au PIB des Pays-Bas, ce n’est pas rien. Bien sûr certains pays sont gourmands, en Asie on retrouve plus de 75% du chiffre d’affaire total des entreprises de l’électronique, les marchés des matières premières restent aux mains d’une poignée de pays, mais au final, il s’agit bien d’aller chercher la croissance là où elle se trouve pour nos belles entreprises françaises.

À quoi les secteurs se dopent-ils ?

Lorsqu’on fait un zoom sur l’industrie (pas celle du vélo mais bien les secteurs d’activités au sens large), notre tour du monde ressemble en grande partie au tour de France. On peut en effet se demander quels sont les secteurs qui se dopent et surtout à quoi tournent-ils – plus facile à déceler que pour les coureurs cyclistes !

Sans grande surprise, l’EPO de la plupart des secteurs d’activité reste la consommation, notamment dans l’industrie agro-alimentaire (et la grande distribution), la chimie ou la pharmacie, et l’informatique (matériels et services). Cependant, cette course folle pourrait être en partie ralentie par les cols sinueux qui se profilent à l’horizon. Le "col du Lautaret" de ces secteurs est sans aucun doute le ralentissement de nouveaux marchés, notamment celui des classes moyennes en Amérique Latine et en Europe de l’Est.

Cette promesse de nouveaux débouchés a en effet été mise à mal par les tensions économiques (Brésil, Turquie), mais aussi par le ralentissement naturel des importations de pays phares comme les Etats-Unis et la zone euro. Si l’on ajoute à cela des changements plus structurels : la société de consommation qui devient une société d’usage, la déflation liée à l’obsolescence programmée de certains produits, ou encore le regain de protectionnisme, il devient plus difficile pour les entreprises d’envisager une croissance à deux chiffres de leur chiffre d’affaires à l’export.

D’autres secteurs ont aussi connu ces dernières années le contrecoup de l’arrêt de substances illicites : les subventions fiscales et bancaires qui leur donnaient des ailes, en Europe, en Chine, au Maroc pour ne citer que quelques exemples. Dans le transport, les infrastructures et la construction, le dopage financier est désormais de l’histoire ancienne : désendettements public et privé – et la fin annoncée des politiques monétaires accommodantes – constituent une menace bien plus grande que les taux d’équipements déjà important dans les pays avancés.

Une vraie différence se fera alors entre les secteurs qui ont les moyens de leur endettement (chimie, construction aéronautique) et les autres. Ou plutôt entre les entreprises voire les types d’entreprises de ces secteurs… Un exemple ? Les Leveraged Buy-out (LBO), ces opérations de financement d’une partie du rachat d'une entreprise via l'endettement bancaire ou obligataire. Si elles ont été montées juste avant la crise, ces acquisitions génèrent, pour leur remboursement, une ponction sur le chiffre d’affaires qui n’est plus du tout en ligne avec le dynamisme de l’activité anticipé, lors de la mise au point des montages financiers.

Pour certaines entreprises de la construction ou du commerce de gros, cela pourrait être la crevaison.

Ludovic Subran, chef économiste de l’assureur crédit Euler-Hermès

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