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Croisade chinoise d’Alstom pour le captage de CO2

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Alstom poursuit sa stratégie d’alliances afin de mettre la main sur le marché très prometteur de la capture et du stockage de carbone. Cible de choix : la Chine, et son « eldorado carboné ».

Croisade chinoise d’Alstom pour le captage de CO2
Pilote de captage et stockage du CO2 en aquifère salin sur la centrale au charbon de Montaineer, US.
© Ana Lutzky

Le China Daily a vendu la mèche, citant le Philippe Joubert, président d’Alstom Power. « Alstom est en discussions avec différents partenaires chinois pour développer en Chine des applications CSC » (captation et stockage de carbone, CCS en anglais), a ainsi déclaré le président de cette branche du groupe industriel français, en inaugurant une nouvelle usine du groupe jeudi à Wuhan. Moyennant un investissement de 90 millions d'euros, éclairage basse consommation, réchauffeurs d’eau solaires, panneaux isolants en bois et revêtements de sol recyclables, ou encore échangeurs de chaleur géothermiques utilisant la température constante du sous-sol pour réchauffer ou refroidir l’air devraient permettre à cette nouvelle usine d'économiser 6.000 tonnes de CO2 par an, selon un communiqué du groupe.

La Chine, eldorado du charbon… et du CCS

La Chine est le plus gros marché du monde pour les chaudières utilisées dans les centrales à charbon. Il s’y construit une centrale électrique par semaine ! L'usine de Wuhan a été inaugurée deux ans après que le groupe industriel français a annoncé avoir pris le contrôle du fabricant chinois de chaudières pour centrales thermiques Wuhan Boiler Company (WBC). Un fabricant des plus stratégique : il doit produire des chaudières faisant appel à la technologie "supercritique" et "ultra-supercritique" qui "permettront d'augmenter de près de 50% l'efficacité des centrales à charbon conventionnelles ». Précisément, l’usine de Wuhan, sous couleurs WBC, est le plus important site de fabrication de chaudières d’Alstom dans le monde. Elle produira des équipements de pointe, notamment des grandes chaudières à lit fluidisé circulant, des chaudières supercritiques à haut rendement de 600 MW et des chaudières ultra-supercritiques de 1 000 MW.

Or l’AIEA le rappelait dans son rapport annuel publié mardi : entre 2007 et 2030, les combustibles fossiles resteront les sources d’énergie primaire prédominantes, et représenteront plus des trois quarts de la hausse totale de la consommation durant cette période. C’est l’usage du charbon qui connaîtra la plus forte croissance, suivi du gaz et du pétrole. D’ici 2030, l’augmentation de la capacité électrique installée pourrait représenter 4.800 gigawatts (GW), soit près de 5 fois le parc existant aux Etats-Unis. Gaz et le charbon  devraient assurer 44% de la production électrique en 2030, et 28% de cette hausse aura lieu en Chine (qui dépend aujourd’hui à 70% de l'anthracite).

Alstom, qui se présente comme "leader mondial des solutions d'énergie propre", estime qu'il va gagner avec sa nouvelle usine "un accès direct au marché chinois". Préoccupation climatique oblige, même super-critiques et plus efficaces que nos vieilles centrales européennes promptes au gaspillage énergétique, chacune de ces centrales chinoises devra intégrer un dispositif de CCS. « La Chine et l’Inde, qui construisent massivement des centrales au gaz et au charbon, seront les plus gros demandeurs. Quant aux centrales neuves nécessitant des dispositifs de CCS intégrés, elles seront à construire en Russie, en Europe de l’Est, en Asie du Sud Est (Vietnam, Indonésie…) et bien sûr en Inde et en Chine », listait ainsi Philippe Joubert interrogé par l’Usine Nouvelle.com sur le marché du CCS. Précisant que ce marché constituerait la plus grande partie du chiffre d’affaires d’Alstom Power dans les 10 ans à venir, le patron de la branche énergie du groupe avait ajouté : « les industriels chinois se positionnent dès aujourd'hui sur le CCS. Leurs moyennes d’efficacité énergétique sur les centrales au charbon sont déjà supérieures aux nôtres en Europe. Ils sont en avance sur nous dans la prise de conscience de ces enjeux ».

L'annonce de discussions en vue de créer des partenariats n'est donc pas surprenant de la part de l'industriel français désireux de s'assurer le leadership sur le CCS. Le groupe estime que les technologies CCS devraient être pleinement commercialisables en 2015. Il a inauguré voici peu un pilote de 30 MW sur une centrale au charbon à Montaineer en Virginie, aux Etats-Unis, et annoncé deux intégrations stratégiques : le rachat d’une équipe d’ingéniérie chimique en Allemagne, pour améliorer le bilan énergétique du captage, et une alliance avec Schlumberger, pour sécuriser la phase « stockage » du processus.



 

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