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Croatie, adhérente à la peine

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Croatie, adhérente à la peine © Canolais - Flickr - C.C.

Demandez à un Croate ce que changera l’entrée de son pays dans l’Union européenne ce 1er juillet, il répondra sans doute : "Bruxelles veut fermer nos chantiers navals." De fait, à Split ou à Trogir, la restructuration de ce secteur, symbolique dans un pays pour moitié étiré tel un élastique sur l’Adriatique, a été l’un des sujets sensibles du processus d’adhésion. Dans une négociation marathon de dix ans et 35 chapitres, Zagreb a dû mettre en ordre d’innombrables dossiers : crimes de guerre, justice, agriculture ou gouvernance économique – dont le sujet des aides publiques.

Ainsi, l’État va devoir stopper son soutien à ses chantiers navals moribonds qu’il n’a pas réussi à privatiser même pour 1 kuna (la monnaie locale) ! Dans l’aérien, la compagnie Croatia Airlines aux lourdes pertes subira le même sort. Mais l’arrivée de la Croatie, ce n’est pas que cela. C’est d’abord une bonne nouvelle au plan politique, car un facteur de stabilisation des Balkans. L’Europe, avec tous ses défauts, sert à cela. Pour le reste, avec un PIB de 44 milliards d’euros et une population en déclin de 4,4 millions d’habitants, cette adhésion, qui sera fêtée à Zagreb le 30 juin (Angela Merkel sera là), n’arrive pas au meilleur moment.

Car le futur vingt-huitième État membre de l’Europe est à la peine. Après la fin du conflit de l’ex-Yougoslavie en 1995, la plus riche des républiques du pays de Tito après sa voisine la Slovénie (aujourd’hui en difficulté) s’était pourtant muée en pays de Cocagne pour les investisseurs. Témoin ? Son stock d’investissements directs étrangers (IDE) : 30 milliards de dollars soit la moitié du PIB… une manne qui s’est déversée en dix ans à la faveur de privatisations ! Inbev, qui a acquis la première brasserie du pays en 1994, fut pionnier. Une ribambelle d’investisseurs ont suivi pour moitié autrichiens en une sorte de retour des Habsbourg.

En 2008, le flux d’IDE culmina même à 9 % du PIB. À cela s’est ajouté 1,56 milliard d’euros d’aides de préadhésion. Mais la fête est finie. Pour donner le frisson à ses compatriotes, grands amateurs d’îles dalmates, le tabloïd allemand "Bild" a titré il y a peu que la Croatie, peu compétitive, corrompue et endettée, sera une Grèce bis. On n’en est pas là ! Le déficit et la dette publics (4,7 % et 57 % du PIB) sont sous contrôle, jure Zoran Milanovic, Premier ministre de centre gauche. Les plantureuses recettes touristiques permettent de combler le lourd déficit commercial, et tout le pays, qui se modernise peu à peu, espère qu’elles s’envoleront avec l’adhésion. Car la Croatie, qui vient d’encaisser six trimestres de récession de suite, n’a pas connu d’année de croissance depuis 2008. Derrière l’apparente douceur de vivre de Dubrovnik, le chômage pointe à 20 %. Les 13 milliards d’euros de fonds européens promis sur 2014-2020 ne seront pas de trop !

Pierre-Olivier Rouaud

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