Crises sanitaires et hausse des prix de l'énergie, le scénario du pire pour la viande bovine dans trente ans

A l’horizon 2035-2040, la filière viande bovine française n’évoluera pas dans le même contexte qu’aujourd’hui. Un exercice de prospective rappelle l’importance de la prise en compte des enjeux énergétiques et environnementaux.

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Crises sanitaires et hausse des prix de l'énergie, le scénario du pire pour la viande bovine dans trente ans
L'identification des morceaux de viande utilisés dans les produits préparés constitue une des pistes explorées en faveur d'une meilleure information des consommateurs.

A l’heure où la consommation de viande fait l’objet de fréquentes remises en cause et a baissé de 12% en dix ans en France (viande brute), l’établissement des produits de l’agriculture et de la mer France AgriMer a conduit, pour l’interprofession de la viande Interbev, un exercice de prospective en cinq scénarios à l’horizon 2035-2040.

De telles études ont déjà été menées pour les filières pêche et lait de vache. Les impacts d’une éventuelle crise économique (sous l’effet d’une crise du pouvoir d’achat) et d’une hausse du coût de l’énergie sont au centre des hypothèses soulevées dans les groupes de travail organisés entre juillet 2016 et mars 2018.

Le retour de la crise économique

C'est le premier des scénarios envisagés. Dans un environnement marqué par un "repli national dans un contexte de crise globale", économique et énergétique, la filière française de la viande bovine subirait elle aussi l’impact de la diminution de la consommation mondiale, qui profiterait aux céréales et aux protéines alternatives. Les acheteurs français privilégieraient les produits d’origine locale pour contrebalancer les peurs liées aux crises sanitaires. Des méthodes de production davantage tournées vers le respect de l’environnement se mettent en place après une phase d’intensification de l’élevage. Les importations de viande sont en repli en France, tandis que les débouchés en Europe se raréfient pour la viande française.

Le virage climatique

Second scénario envisagé, celui d’une "viande à bas coût et d’importations dans un contexte de crise économique et de limitation des émissions de gaz à effet de serre" . La lutte contre les émissions de GES s’affirme comme une priorité nationale. "La taille du cheptel national est limitée pour éviter que l'intensification de l'élevage ne s'accompagne d'un niveau d’émissions de gaz à effet de serre plus élevé", imaginent les auteurs de l’étude. Les consommateurs, eux, se rassurent en privilégiant les pièces de viande identifiables, au détriment des abats. Des viandes plus compétitives que celles produites en France sont importées. L’effondrement des prix du pétrole permet une stabilité des importations d’Amérique du sud.

L'exigence sanitaire

Troisième scénario, celui d’une "montée en gamme sous fortes contraintes sanitaires et sociétales". De nouvelles maladies bovines apparaissent dans la foulée de l’essor des échanges internationaux (touristiques et commerciaux). En réponse, les pratiques d’élevage évoluent en faveur d’une meilleure prise en compte du bien-être animal. Le prix de la viande bovine augmenterait pour les consommateurs finaux. Le système d'élevage à l'herbe se développerait au détriment du système intensif hors sol. La part des approvisionnements locaux dans la restauration s’accroîtrait elle aussi.

L'explosion des cours du pétrole au service de la qualité

Quatrième scénario envisagé, celui de la "compétitivité (concentration et intensification à l’herbe) et de la différenciation dans un marché international freiné par le coût de l’énergie". "L’augmentation délibérée du prix des énergies fossiles dans un contexte de limitation volontaire des gaz à effet de serre freine les échanges internationaux", conçoivent les auteurs. Les importations de viande sont limitées par la hausse du prix du pétrole et des coûts de transports. Les services environnementaux rendus par l’élevage sont pris en compte par les différentes politiques publiques d’accompagnement de la filière. L’élevage à l’herbe s’intensifie. Toutes les pratiques liées à l’élevage sont réglementées à l’échelle européenne. Dans un souci de transparence, "les morceaux utilisés pour élaborer la viande hachée ne sont pas un minerai anonyme mais construisent une offre de viande sur laquelle des informations existent".

Une offre premium dans un contexte de croissance

Cinquième et dernier scénario mis sur la table, celui d’une "filière organisée et innovante, avec une offre segmentée, dans un marché mondial porteur". De nouveaux champs pétrolifères et les progrès techniques dans l’extraction permettent de desserrer l’étau sur l’approvisionnement en pétrole. Les énergies renouvelables poursuivent leur développement. Les accords commerciaux entre l’Union européenne et les autres pays, dont les Etats-Unis, exigent davantage de transparence sur l’origine et la qualité de la viande. Les prix de gros tiennent compte des efforts fournis en matière de bien-être animal. Face au développement d’épizooties, la filière française s’efforce aussi de faire monter en gamme son offre, et de jouer la carte du meilleur rapport qualité-prix.

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