Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine de l'Energie

Crise ukrainienne : un après gaz russe ?

, , , ,

Publié le

La crise ukrainienne a relancé le débat sur la fiabilité de la Russie comme fournisseur de gaz. Pourtant un "après gaz Russe" ne se fera ni à court terme et ni sans douleur, constatent Anne-Lorène Vernay et Joachim Schleich, enseignants-chercheurs à  Grenoble école de management, également auteurs du baromètre du marché de l'énergie.

Crise ukrainienne : un après gaz russe ? © GEM

La Russie n’est pas seulement le plus grand voisin de l’Union européenne (UE). Elle est aussi, après les Etats-Unis et la Chine, son troisième partenaire économique. Le gaz et le pétrole jouent une part importante dans les échanges commerciaux. Les importations de gaz n’ont cessé d’augmenter depuis que ces transactions ont commencé, il y a une quarantaine d’années.

Dans une Europe assoiffée d’énergie, la dépendance au gaz Russe varie d’une région à l’autre. C’est en Europe centrale et dans les pays baltes qu’elle est la plus forte, représentant parfois la totalité des importations. L'Allemagne, deuxième plus gros consommateur de l’UE après le Royaume-Uni, importe plus de 80% de son gaz naturel, dont environ 37 % depuis la Russie. La production nationale en France représente quant à elle moins de 2% de la consommation. Toutefois, les importations en provenance de Russie ne représentent qu'environ 15% du total. Près de 50% du gaz consommé dans l’Hexagone provient de Norvège (31%) et des Pays-Bas (18%).

Les relations entre l’UE et la Russie n’ont jamais été stables et la crise ukrainienne n’est que le dernier évènement en date venu perturber les échanges commerciaux. La fiabilité du pays en tant que fournisseur et la sécurité des approvisionnements en gaz dans l'UE et ses États membres font l’objet d’intenses débats. Dans ce contexte, Grenoble école de management (GEM) et le Zentrum für Europäische Wirtschaftsforschung (Centre pour la recherche économique européenne - ZEW) ont demandé leur avis aux experts français et allemands de l’énergie.

DICHOTOMIE FRANCO-ALLEMANDE

Les trois quarts des experts français du panel interrogés jugent qu’avec le conflit ukrainien, la fiabilité de la Russie en tant que fournisseur de gaz naturel est remise en cause. A ce sujet, les experts allemands sont plus optimistes. Seuls 47 % considèrent le pays comme un fournisseur moins fiable. Malgré une plus forte dépendance au gaz russe, seuls 37% des experts allemands estiment que la situation s’est détériorée en Allemagne. En ce qui concerne l’approvisionnement énergétique de la France, les experts français sont divisés. La moitié pense que la situation a empiré soit légèrement (47%), soit fortement (3%), l'autre moitié pense que la situation n'a pas changé.

Cette différence de perspective est liée au fait que la Russie a été un partenaire énergétique fiable pour l'Allemagne par le passé. Le pays a longtemps été le premier partenaire commercial de Moscou et tous deux entretiennent un lien profond depuis la fin de la guerre froide, tout particulièrement dans le domaine énergétique.

DES RÉPONSES POSSIBLES

En réponse à la crise ukrainienne, l'UE a publié en mai 2014 un rapport préconisant une nouvelle stratégie européenne pour la sécurité énergétique. Dans ce document, plusieurs mesures sont proposées. Les résultats du baromètre indiquent qu’une grande majorité des experts français approuvent les trois mesures suivantes : renforcement de l'intégration du marché européen de l'énergie (77% des sondés considèrent cette mesure appropriée), investissements dans les gazoducs d'autres pays de l'UE, hors de France, (67%), investissements dans les infrastructures relatives au gaz naturel liquéfié (66%)

Les experts sont par contre plus divisés sur la question de l’augmentation de la production nationale, en exploitant le gaz de schiste par exemple. Quant aux mesures visant à réduire la consommation de gaz naturel, l’amélioration de l'efficacité énergétique fait quasiment l’unanimité. Le taux d'approbation pour l'utilisation des énergies renouvelables est également très élevé (73%).

EFFICACITÉ ET DÉCARBONISATION

Malgré un fort soutien des politiques et l’approbation d’un certain nombre d’experts, la partie n’est pas jouée : la consommation de gaz en Europe a baissé ces dernières années et l’amélioration de l’efficacité énergétique risque d’encore accentuer cette tendance. Cela pourrait mettre à mal la rentabilité des milliards d’investissements requis afin de diversifier les sources et les voies d’approvisionnement en gaz. 

Pour conclure, la sécurité des approvisionnements n’est pas le seul axe considéré comme prioritaire dans la politique énergétique française actuellement. La majorité des spécialistes approuvent également l’accent mis sur l’efficacité énergétique et sur l’augmentation de la part des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique tricolore. Un système énergétique plus efficace et moins carboné : peut-être est-ce vraiment cela l’après gaz Russe.

Anne-Lorène Vernay et Joachim Schleich sont enseignants-chercheurs à Grenoble école de management

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Les entreprises qui font l'actu

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle