Crise et recrutement (2) : les précaires en première ligne

Eric Heyer est directeur adjoint au département analyse et prévision à l'OFCE. Il analyse les liens entre croissance, intérim et emploi. Et bouscule au passage quelques idées reçues sur le marché du travail.

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Crise et recrutement (2) : les précaires en première ligne
Dans quelle mesure la dégradation de l'intérim annonce-t-elle une aggravation à venir du chômage ?

Longtemps, cette relation a été vérifiée, mais il ne faut pas non plus sur interpréter. Dans le passé, face aux changements de conjoncture, les entreprises ajustaient d'abord par les heures supplémentaires, l'intérim ou les CDD, puis l'emploi. Il fallait deux trimestres pour qu'un changement dans le rythme de la croissance se reflète dans les statistiques de l'emploi. L'explication est simple : quand l'activité repart, les chefs d'entreprise n'embauchent pas tout de suite. Ils augmentent le volume d'heures supplémentaires ou le recours à l'intérim avant d'embaucher en CDI. Le raisonnement symétrique vaut en période de ralentissement conjoncturel.

Vous dites que c'était vrai dans le passé. En quoi cela a-t-il changé ?

Dans les années 90, la France comptait environ 300 000 intérimaires. Aujourd'hui, ils sont 650 000. L'intérim est devenu plus qu'une variable d'ajustement. Quand la croissance a donné des signes de faiblesse, on a assisté à une légère hausse des heures supplémentaires qui n'ont donc pas joué leur rôle de variable d'ajustement. C'est l'intérim qui a été immédiatement touché.

La loi Tepa en détaxant les heures supplémentaires conduit-elle les entreprises à préférer augmenter les heures supplémentaires à l'intérim ?

Peut-être, il faut rester prudent. Nous manquons de recul. Les chiffres de l'Acoss pour le second semestre ne tiennent pas compte des variations saisonnières. S'ils se confirment, on pourra dire que les heures supplémentaires se substituent à l'intérim.

En revanche, une chose est certaine. Par rapport à la dernière récession, l'intérim s'est développé. De même, les contrats à durée déterminée de moins d'un mois représentaient un tiers du total des contrats signés. Aujourd'hui, ils atteignent 55%. Les salariés précaires représentent aujourd'hui 15% du total des employés. Ils sont les plus exposés car ils sont la variable d'ajustement.

Que faudrait-il faire pour améliorer le fonctionnement du marché du travail ?

On nous rabâche que le problème du marché du travail français tient à sa rigidité. D'un point de vue global, notre marché est aussi flexible que celui des Etats-Unis ou du Royaume-Uni. Le problème du marché français est sa dualité : 15% des personnes doivent supporter toute la flexibilité.

Propos recueillis par Christophe Bys

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