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Crise au Burkina Faso : quelles entreprises marocaines sont présentes?

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Le Burkina Faso a attiré ces dernières années des entreprises marocaines dans l'assurance, la banque, la téléphonie ou le ciment . La crise politique et la prise du pouvoir par l'armée rendent incertain l'avenir à court terme du pays. Présentation rapide des principales sociétés marocaines opérant dans cette économie enclavée d'Afrique de l'Ouest.

Crise au Burkina Faso : quelles entreprises marocaines sont présentes?
Ouagadougou.
© Jeff Attaway via Flickr cc

C'est l'un des pays qui figure sur la carte des ambitions internationales du Maroc en Afrique sub-saharienne. Le Burkina Faso traverse une grave crise politique après la révolte populaire contre l'ex-président Blaise Compaoré et la prise du pouvoir par l'armée. Si la situation sécuritaire semble maitrisée, l'incertitude règne en revanche sur l'issue politique après des semaines de fortes tensions.

Economie de taille modeste (environ 10% de celle du Maroc), le Burkina Faso (anciennement Haute Volta jusqu'au 4 août 1984) a néanmoins attiré ces dernières années quelques représentants du business chérifien notamment dans l'assurance, la banque, la téléphonie, l'immobilier ou le ciment. Selon les données du ministère des finances du Maroc, ce pays a même capté 8% des IDE sortants du pays en Afrique sur la période 2003-2013. Dans les faits, ce chiffre cache surtout une opération : le rachat d'Onatel en 2006 par Maroc Telecom dans le cadre de sa stratégie africaine. Hormis celle-ci, il n'y a eu aucune opération en capital vers le Burkina sauf en 2012 et 2013 pour un total d'à peine 7 millions d'euros.

Quant aux échanges commerciaux, favorables au Maroc, ils sont aussi très réduits. Le royaume chérifien exporte pour environ 20 millions d'euros vers le Burkina Faso et importe autour de 2 millions d'euros, essentiellement du coton.

Alors que le lieutenant-colonel Isaac Zida (formé en partie à Fès) a pris le pouvoir, et dans l'espoir d'un retour rapide à l'Etat de droit, il est bien sûr prématuré d'évaluer l'impact de cette crise sur les opérateurs étrangers, notamment marocains. En attendant, voilà, un rapide tour d'horizon de quelques entreprises présentes au "pays des hommes intègres".

Ciment d’Afrique Burkina (CIMAF-Burkina)

L'important projet CIMAF Burkina a été lancé par le groupe Ciment d'Afrique d’Anas Sefrioui, homme d’affaires marocain, promoteur immobilier (Addoha) et cimentier. En janvier 2013, Anas Sefrioui est là lors de la pose de la première pierre de sa 3e cimenterie d’Afrique sub-saharienne dans la zone industrielle de Kossodo près de Ouagadougou (photo ci-dessous).

D’un coût annoncé de 30 millions d'euros, cette unité de broyage et d’ensachage pour la production de ciment, étalée sur 8 ha aura une capacité de production de 500 000 tonnes par an avec la création d’un millier d’emplois dans sa phase de réalisation. Ciments d'Afrique compte réaliser à terme un chiffre d’affaires d'environ 50 millions d'euros avec cette usine.

Onatel filiale de Maroc Telecom

Onatel, l'ex-Office national est l’opérateur historique du Burkina Faso. Maroc Telecom en a pris le contrôle à 51% fin 2006. En 2013, Onatel a réalisé un chiffre d’affaires de 184 millions d'euros (+6,4%) à 80% dans le mobile sous sa marque Telmob en croissance de 8,5%. Son bénéfice net a bondi de 67% en 2013 à 30 millions d'euros. Onatel qui affronte Airtel, le leader du mobile, et Telecel Faso, a franchi ce début d'année le cap des 5 millions de comptes actifs sur un marché en forte croissance. 

A noter que le  31 octobre, l'agence africaine de rating Wara a mis sous surveillance les notes de l’Onatel pour 90 jours. "Les évènements violents ayant mené à la démission du gouvernement burkinabè entrainent la mise sous surveillance des entités notées par Wara au Burkina Faso, avec des implications négatives", a indiqué l'agence basée à Abidjan, place boursière où est coté Onatel.

Saham Assurance

Créée en 1999 alors comme filiale du groupe Colina, Saham Assurance Burkina Faso a réalisé environ 8 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2013. Depuis le 1er avril, Colina Assurance est devenu Saham Assurance et se classe deuxième sur le marché des assurances du pays. L'entreprise est présente dans 7 villes du Burkina à travers 15 agences et emploie 40 salariés. Le groupe Saham, détenu par le ministre marocain de l'Industrie Moulay Hafid Elalamy, soutenu notamment par Wendel est présent dans plus de 20 pays en Afrique et au Moyen Orient. Saham Assurance Burkina Faso se revendique n°2 du marché.

Bank of Africa (BOA) /  BMCE 

Détenue majoritairement par la Banque marocaine du commerce extérieur (deuxième réseau privé du Maroc) Bank of Africa est implanté dans 8 pays d'Afrique de l’Ouest, dont le Burkina Faso depuis 1998 où elle possède 17 Agences.

BOA Burkina Faso détenue à 52% par BOA emploie 280 personnes. La banque a enregistré en 2013, un produit net bancaire (PNB) de 36 millions d'euros. Son total de bilan était fin 2013 de 630 millions d'euros.

Un pays pauvre
Le Burkina Faso compte 16 millions d’habitants et s’étend sur 274 200 km². C’est l’un des pays les plus pauvres du monde avec un PIB moyen per capita de l’ordre de 700 dollars par an, soit un PIB global de 11 à 12 milliards de dollars, selon les sources. Ses principales ressources sont le coton, les mines d'or et les transferts financiers de burkinabés expatriés. Selon les estimations FMI (antérieures au coup d’état), ce pays enclavé au sud du Mali devait connaitre 6,7% de croissance cette année et 6,8% en 2015.

Attijariwafa bank

L'installation d'un réseau bancaire au Burkina Faso a été faite à travers la filiale sénégalaise de la Compagnie bancaire de l'Afrique occidentale (CBAO), elle même filiale du leader marocain Attijariwafa bank. Aujourd'hui, elle dispose d'une simple succursale CBAO dans la capitale burkinabée et emploie une quinzaine de personnes


Groupe banque atlantique (Banque centrale populaire)

Le groupe Banque Populaire du Maroc et Atlantic financial group ont signé en juin 2012 un partenariat qui a donné naissance à la holding Atlantic business international (ABI). Cette dernière est présente dans différents pays de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) au travers de son réseau Banque atlantique dans lequel figure notamment Banque atlantique Burkina Faso (BABF) créée en mars 2006. Banque populaire déclare dans son rapport annuel détenir 28% de BABF. Selon l'agence Ecofin, BABF réalisait, en 2011, un PNB de 13 millions d'euros (+21%) avec 21 agences et 170 collaborateurs.

ROYAL AIR MAROC

La compagnie nationale marocaine assure plusieurs vols par semaine vers Ouagadougou. Et dispose d'une agence à Ouagadougou.

A ces grands groupes s'ajoutent quelques opérations ponctuelles sur des contrats de projets. Ainsi, par exemple, DLM Maroc avait réalisé en 2007 des structures métalliques pour une mine d'or exploitée par un groupe canadien, lié à Managem qui s'est depuis retiré de ses opérations au Burkina. Le groupe minier marocain indique dans son rapport annuel 2013 avoir toujours des projets d'exploration dans ce pays. L'entreprise casablancaise d'équipement de haute et moyenne tension Fabrilec (MMK) a emporté, pour sa part, en 2012 un contrat de près de 20 millions d'euros pour électrifier 87 villages burkinabés.

Par ailleurs, en septembre dernier, Maroc Export avait entamé à Ouagadougou  une mission africaine avec les entreprises de l’électronique et des énergies renouvelables (Fenelec) dénommée «Action Lumière » et menée par Mohamed Abbou, ministre délégué chargé du Commerce extérieur. Selon Maroc Export, plus de 200 entreprises burkinabées et marocaines avaient ainsi pu se rencontrer. Avec plus de 1,2 million d’euros de contrats conclus et d'autres coopérations en vue. Mais pour cela, il faudra, hélas, sans doute attendre.

Nasser Djama et Pierre-Olivier Rouaud

 

Pose de la première pierre de la cimenterie du

groupe Sefrioui en janvier 2013 près d'Ouagadougou

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